Une longue butte de terre brune en forme de coque de bateau, au creux d'un vallon aux collines sèches
  • Archéologie

Mont Ararat et arche de Noé : ce que disent les dernières recherches

Depuis deux siècles, des explorateurs cherchent l'arche de Noé sur le mont Ararat et à ses pieds. En 2026, une équipe a foré pour la première fois le site de Durupınar. Voici ce que l'on sait, ce qui reste à prouver, et comment voir la montagne.

Crédit : Zorka Sojka · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Par Publié le 9 min de lecture

Le mont Ararat (Ağrı Dağı en turc, Masis en arménien) est le plus haut sommet de Turquie : 5 137 mètres, à l'extrême est du pays, près des frontières de l'Arménie et de l'Iran. Depuis le Moyen Âge, on l'identifie au lieu où s'est posée l'arche de Noé, d'après la Genèse : « l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat » (Genèse 8:4).

Des expéditions ont fouillé son sommet glacé, puis une étrange formation en forme de bateau à 29 km au sud, le site de Durupınar. En 2026, une équipe internationale y a mené, avec l'autorisation des autorités turques, les premiers forages profonds. Au 29 septembre 2026, la réponse à la question « l'arche de Noé a-t-elle été retrouvée ? » reste la même : aucun vestige de l'arche n'a été authentifié. Les résultats de laboratoire sont attendus pour l'hiver 2026-2027.

Le mont Ararat, un volcan aux confins de la Turquie

  • Altitude5 137 m (Grand Ararat) et 3 896 m (Petit Ararat)
  • NatureVolcan endormi à deux cônes
  • Dernière éruption2 juillet 1840
  • Première ascension connue9 octobre 1829

L'Ararat est un volcan composé de deux cônes : le Grand Ararat, couvert d'une calotte glaciaire, et le Petit Ararat, au sud-est. Il se dresse entre les provinces turques d'Ağrı et d'Iğdır, presque au point de rencontre de la Turquie, de l'Iran, de l'Arménie et de l'enclave azerbaïdjanaise du Nakhitchevan. Sa dernière éruption, le 2 juillet 1840, s'est accompagnée d'un violent séisme : un glissement de terrain a enseveli le village arménien d'Akhouri et le monastère Saint-Jacob, sur le versant nord.

La première ascension connue date du 9 octobre 1829 : le naturaliste Friedrich Parrot et l'écrivain arménien Khatchatour Abovian atteignent le sommet. Depuis 2004, la montagne est protégée par un parc national turc.

Le mont reste un symbole pour les Arméniens : il domine l'horizon d'Erevan, à une soixantaine de kilomètres, et figure avec l'arche sur les armoiries de l'Arménie, alors qu'il se trouve en Turquie depuis 1921.

« Les montagnes d'Ararat » : ce que dit la Bible

Le récit du Déluge (Genèse 6–9) ne nomme pas un sommet mais une région. Après cent cinquante jours, les eaux baissent et l'arche se pose :

« Le septième mois, le dix-septième jour du mois, l'arche s'arrêta sur les montagnes d'Ararat. »

Genèse 8:4

וַתָּנַח הַתֵּבָה בַּחֹדֶשׁ הַשְּׁבִיעִי בְּשִׁבְעָה־עָשָׂר יוֹם לַחֹדֶשׁ עַל הָרֵי אֲרָרָט

בראשית ח, ד

Ararat est le nom biblique de l'Ourartou, un royaume connu par les textes assyriens, centré autour du lac de Van et puissant du IXe au VIe siècle av. J.-C. La Bible le cite ailleurs comme un pays : les fils de Sennachérib, après avoir tué leur père, « s'enfuirent au pays d'Ararat » (2 Rois 19:37), et Jérémie appelle contre Babylone « les royaumes d'Ararat, de Minni et d'Aschkenaz » (Jérémie 51:27). Le texte parle donc d'un massif montagneux dans cette région, sans préciser lequel.

Plusieurs montagnes pour une arche

Dans l'Antiquité, le lieu n'était pas fixé. L'historien Flavius Josèphe (Ier siècle), citant le prêtre babylonien Bérose, rapporte que des restes de l'arche se voyaient encore « en Arménie, sur la montagne des Cordyéens ». La traduction araméenne d'Onkelos rend Ararat par « les montagnes de Kardou », et la tradition syriaque comme le Coran (sourate 11:44) placent l'arche sur le mont Djoudi (Cudi Dağı), à environ 300 km au sud-ouest de l'Ararat. L'identification du sommet actuel, le Masis des Arméniens, à la montagne de Noé s'impose à partir du XIe siècle, et la tradition occidentale l'a reprise.

Tableau aux tons clairs : Noé, sa famille et les animaux descendent vers une plaine inondée, avec la silhouette de l'Ararat au loin
Ivan Aïvazovski, La Descente de Noé du mont Ararat (1889), Galerie nationale d'Arménie — une évocationCrédit : Ivan Aivazovsky · domaine public · Wikimedia Commons

Pour le récit complet du Déluge et ses parallèles mésopotamiens (Atrahasis, Gilgamesh), voir notre page sur les Origines, de la Création à Babel.

Au sommet : deux siècles d'expéditions

Le sommet de l'Ararat, pris dans la glace et souvent fermé aux grimpeurs pour raisons de sécurité, a nourri plus d'un siècle de recherches et d'annonces. Aucune n'a résisté à l'examen.

  • 1876 — Le juriste britannique James Bryce gravit l'Ararat et rapporte un morceau de bois trouvé bien au-dessus de la limite des arbres. Il se demande s'il pourrait venir de l'arche, sans pouvoir le prouver.
  • 1949 — Des photos aériennes de l'armée de l'air américaine montrent une forme sombre dans la glace, vers 4 700 m sur le versant nord-ouest : l'« anomalie de l'Ararat ». Déclassifiées en 1995 à la demande du chercheur Porcher Taylor, elles n'ont jamais permis d'identifier autre chose que de la roche et de la glace.
  • 1955 — L'explorateur français Fernand Navarra rapporte une poutre de chêne extraite de la glace. Datée au carbone 14 par plusieurs laboratoires, elle remonte à peu près aux VIIe-VIIIe siècles de notre ère : bien trop récente pour être l'arche. Elle pourrait provenir d'un ancien sanctuaire bâti sur la montagne.
  • Années 1980 — L'ancien astronaute James Irwin, qui avait marché sur la Lune, mène plusieurs expéditions sans résultat.
  • 2010 — Un groupe évangélique de Hong Kong, Noah's Ark Ministries International, annonce une structure en bois vers 4 000 m, datée de 4 800 ans. Un ancien partenaire du projet, l'archéologue américain Randall Price, accuse des guides locaux d'avoir installé du bois ; aucune étude scientifique n'a été publiée.

🧊 Un obstacle géologique

L'Ararat est un volcan actif à l'échelle géologique, dont les coulées et les glaciers remodèlent sans cesse les pentes. Un objet de bois conservé plusieurs millénaires au sommet serait, pour les géologues, très improbable.

Durupınar, la « coque » de pierre à 29 km du sommet

Le site de Durupınar se trouve près du village d'Üzengili, à une vingtaine de kilomètres au sud-est de Doğubayazıt, vers 2 000 m d'altitude et à 29 km au sud du sommet. Vue d'en haut, c'est une butte allongée en forme de coque, longue d'environ 160 m. Ses partisans la mesurent à 157 m, soit 300 coudées si l'on prend la coudée royale égyptienne de 52,4 cm : la longueur donnée par Genèse 6:15.

  • 1948 — Après de fortes pluies et des secousses sismiques, la forme apparaît sur la pente. Un berger kurde la signale.
  • 1959 — Le capitaine İlhan Durupınar, de l'armée turque, la repère sur des photos aériennes. Elle porte depuis son nom.
  • 1960 — Une expédition américaine, avec le spécialiste de photogrammétrie Arthur Brandenberger, creuse la butte et conclut à une formation naturelle, sans vestige archéologique.
  • 1977-1990 — L'Américain Ron Wyatt, archéologue amateur, en fait la « véritable arche ». Les autorités turques classent le site et y ouvrent un point d'accueil pour les visiteurs.
  • 1996 — Le géologue Lorence Collins et l'explorateur David Fasold, longtemps associé à Wyatt, publient une étude qui décrit la butte comme un synclinal : un pli naturel de roches sédimentaires, que l'érosion a sculpté en forme de bateau.

Le site n'a jamais convaincu les géologues, qu'ils soient croyants ou non. Même des chercheurs créationnistes, qui tiennent le Déluge pour historique, estiment que Durupınar est une formation naturelle.

Les dernières recherches (2019-2026)

Depuis quelques années, Durupınar fait l'objet d'un nouveau programme de mesures. Trois équipes se sont succédé, et leurs annonces ont été très relayées. Voici ce qu'elles ont réellement établi.

Radar et tomographie (2019-2025)

Un groupe américain, Noah's Ark Scans, mené par le chercheur indépendant Andrew Jones, sonde la butte au géoradar et par tomographie électrique depuis 2019. En 2025, il annonce des structures à angles droits jusqu'à 6 m de profondeur, trois niveaux qu'il interprète comme des ponts et un couloir de 13 m au centre. Andrew Jones reconnaissait alors : « Est-ce vraiment une construction humaine, ou une formation naturelle extraordinaire ? Il nous faut plus de données pour le comprendre. »

Analyses de sol (2023-2026)

En octobre 2023, une équipe de l'université d'Ağrı İbrahim Çeçen, de l'Université technique d'Istanbul et de l'université américaine Andrews présente l'analyse d'une trentaine d'échantillons : argile, dépôts d'origine marine et restes de mollusques. Selon elle, ils indiquent une activité humaine dans la région au Chalcolithique, entre 5500 et 3000 av. J.-C. Son responsable, Faruk Kaya, précise que ces résultats ne suffisent pas à prouver la présence de l'arche.

En avril 2026, Noah's Ark Scans publie une nouvelle étude, avec le spécialiste des sols australien Bill Crabtree et le géologue turc Mehmet Salih Bayraktutan : 88 échantillons prélevés en 22 points, analysés à l'université Atatürk d'Erzurum. Le sol situé à l'intérieur de la formation contiendrait environ trois fois plus de matière organique et 38 % de potassium en plus que le sol juste à l'extérieur.

Les forages de 2026

En juin 2026, les autorités turques ont autorisé un programme de recherche dirigé par l'archéologue Cenker Atila, de l'université Cumhuriyet de Sivas, avec Andrew Jones comme vice-président. Environ vingt chercheurs de cinq pays ont travaillé sur le site pendant près de 90 jours, de fin juin à septembre :

  • des carottages jusqu'à 18 m de profondeur, à l'intérieur et à l'extérieur de la formation, une première ;
  • près de 1 000 échantillons de sol prélevés en 150 points, avec environ 40 % de carbone en plus à l'intérieur de la formation ;
  • des fragments de poterie, dont l'âge n'a pas encore été mesuré ;
  • une foreuse qui s'est brisée vers 4 à 5 m sur un matériau « plus dur que le calcaire », que l'équipe présente comme du bois pétrifié possible, sans analyse à ce stade.

Les résultats de laboratoire sont annoncés pour l'hiver 2026-2027, et l'université de Sivas prévoit de publier un premier volume, Durupınar Formation 2026 Research, en 2027.

⚠️ Où en est-on au 29 septembre 2026 ?

Aucune de ces études n'a été publiée dans une revue scientifique à comité de lecture. Aucun morceau de bois, aucun clou, aucun élément de construction n'a été extrait et daté. Les annonces de presse titrées « l'arche de Noé retrouvée » vont donc au-delà de ce que les chercheurs eux-mêmes ont établi.

Peut-on authentifier l'arche ? Notre analyse

Authentifier l'arche demanderait des preuves d'un autre ordre que celles avancées jusqu'ici :

  • Un matériau de construction daté : du bois travaillé, des assemblages, des traces d'outils, datés par plusieurs laboratoires indépendants.
  • L'exclusion des causes naturelles : un sol plus riche en carbone ou en potassium, ou des échos radar à angles droits, peuvent avoir des causes géologiques (couches plissées, fractures, eau piégée dans une cuvette). Ces mesures ne disent pas, à elles seules, ce qui les a produites.
  • Une publication vérifiable : des données complètes, soumises à des spécialistes qui ne participent pas au projet.

Il faut aussi se souvenir que la Bible ne désigne ni le mont Ararat ni Durupınar : elle parle des « montagnes d'Ararat », c'est-à-dire d'une vaste région. Même pour un lecteur qui tient le récit pour historique, rien n'oblige à chercher l'arche à cet endroit précis. La recherche géologique, de son côté, n'a trouvé aucune trace d'une inondation qui aurait couvert toute la terre ; elle connaît en revanche de grandes crues en Mésopotamie, là où sont nés les plus anciens récits de déluge.

Les forages de 2026 ont un mérite : ils sont autorisés, documentés et annoncés avec leurs limites. Leurs résultats méritent d'être attendus avant d'être commentés. Quelle que soit leur issue, le sens du récit ne dépend pas d'une coque de pierre : la Genèse en fait l'histoire d'une alliance entre Dieu et tous les vivants, dont la tradition juive tire les sept lois noahides. Nous mettrons cet article à jour dès la publication des analyses.

Voir le mont Ararat et le site de Durupınar

Le mont Ararat se prévoit comme un voyage à part, dans l'est de la Turquie. La ville de Doğubayazıt (province d'Ağrı), au pied de la montagne, sert de point de départ ; elle possède aussi le palais d'İshak Pacha, un palais ottoman du XVIIIe siècle perché au-dessus de la plaine.

  • Le site de Durupınar est aménagé pour la visite, avec un point d'accueil à Üzengili et une terrasse d'où l'on voit toute la formation. Une voiture ou un taxi depuis Doğubayazıt est nécessaire.
  • L'ascension du sommet exige un permis délivré par les autorités turques, obtenu par une agence agréée, et un guide. Elle se fait en général en été, en quatre à cinq jours, avec un passage sur la calotte glaciaire près du sommet. Vérifiez les conditions et les délais auprès d'une agence avant de réserver.
  • Depuis l'Arménie, la vue la plus célèbre est celle du monastère de Khor Virap, au pied de la montagne. La frontière terrestre entre l'Arménie et la Turquie n'est pas ouverte aux voyageurs : on ne passe pas de l'un à l'autre par la route.
Le mont Ararat enneigé derrière le monastère de Khor Virap, perché sur une colline au-dessus d'un champ
Le monastère de Khor Virap, en Arménie, face au mont AraratCrédit : Vyacheslav Argenberg · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

La Turquie compte une autre étape biblique importante : Harran, près de Şanlıurfa, où la famille d'Abraham s'installe avant Canaan (voir notre article sur Abraham). Selon la tradition rapportée par Maïmonide, Noé aurait offert son sacrifice à la sortie de l'arche sur le mont Moriya, à Jérusalem, là où fut bâti le Temple. Pour visiter les lieux bibliques d'Israël, composez votre itinéraire avec Créer mon tour.

Sources et références

Questions fréquentes

L'arche de Noé a-t-elle été retrouvée ?

Non. Au 29 septembre 2026, aucun vestige de l'arche n'a été authentifié. Les recherches les plus récentes, au site de Durupınar en Turquie, ont produit des mesures radar, des analyses de sol et des carottages dont les résultats de laboratoire sont attendus pour l'hiver 2026-2027. Aucune n'a été publiée dans une revue scientifique à comité de lecture.

Où se trouve le mont Ararat ?

Dans l'extrême est de la Turquie, entre les provinces d'Ağrı et d'Iğdır, près des frontières de l'Arménie et de l'Iran. Le sommet culmine à 5 137 m. La ville la plus proche pour une visite est Doğubayazıt.

La Bible dit-elle que l'arche s'est posée sur le mont Ararat ?

Pas exactement. Genèse 8:4 parle des « montagnes d'Ararat », c'est-à-dire d'une région, l'Ourartou des textes assyriens, autour du lac de Van. L'identification au sommet actuel date du Moyen Âge ; d'autres traditions, dont le Coran, placent l'arche sur le mont Djoudi, plus au sud.

Qu'est-ce que le site de Durupınar ?

Une butte en forme de coque d'environ 160 m de long, à 29 km au sud du mont Ararat, près du village d'Üzengili. Repérée en 1959 sur des photos aériennes, elle est présentée par certains comme l'empreinte fossilisée de l'arche. Les géologues y voient un pli naturel de roches (synclinal) sculpté par l'érosion.

Qu'ont trouvé les forages de 2026 à Durupınar ?

L'équipe dirigée par Cenker Atila (université de Sivas) a foré jusqu'à 18 m, prélevé près de 1 000 échantillons de sol et recueilli des fragments de poterie non datés. Elle signale plus de carbone à l'intérieur de la formation et un matériau très dur vers 4 à 5 m de profondeur. Aucun de ces éléments n'a encore été analysé ni publié.

Peut-on gravir le mont Ararat ?

Oui, avec un permis délivré par les autorités turques, obtenu par une agence agréée, et un guide. L'ascension se fait en général en été, en quatre à cinq jours au départ de Doğubayazıt. Renseignez-vous sur les délais d'obtention du permis avant de réserver.

Peut-on voir le mont Ararat depuis l'Arménie ?

Oui : la montagne domine Erevan et la plaine de l'Ararat. La vue la plus connue est celle du monastère de Khor Virap. La frontière terrestre entre l'Arménie et la Turquie n'étant pas ouverte aux voyageurs, on ne peut pas rejoindre le site turc depuis l'Arménie par la route.

Qu'est-ce que l'« anomalie de l'Ararat » ?

Une forme sombre dans la glace, vers 4 700 m sur le versant nord-ouest, photographiée par l'armée de l'air américaine en 1949 et déclassifiée en 1995. Aucune expédition ni image satellite n'y a montré autre chose que de la roche et de la glace.

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