
Beer-Sheva : le puits du serment et le tamaris d'Abraham
À Beer-Sheva, Abraham scelle un pacte avec Abimélec autour d'un puits, plante un tamaris et invoque le Dieu d'éternité.
Époque biblique : Les Patriarches
Là où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.
Le Mont Moriah est, selon la tradition juive, la colline de Jérusalem où Abraham fut appelé à offrir son fils Isaac (Genèse 22) et où Salomon bâtit plus tard le Temple (2 Chroniques 3:1). On l'identifie au Mont du Temple (Har HaBayit), appelé en arabe al-Ḥaram al-Sharīf ou esplanade des Mosquées, au cœur de la Vieille Ville.
Ce récit fondateur, commun aux trois monothéismes, met en scène l'obéissance d'Abraham et la fidélité de Dieu envers son alliance : le Mont Moriah est devenu le symbole de la foi éprouvée et confirmée. Dominé aujourd'hui par le Dôme du Rocher, le lieu est à la fois un site biblique de premier plan, un haut lieu de l'archéologie et un espace sacré très sensible, qui se visite dans des conditions strictement encadrées.

En bref
Histoire et Bible
Récit biblique
« Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac ; va-t'en au pays de Morija, et là offre-le en holocauste sur l'une des montagnes que je te dirai. »
Genèse 22:2
Après des années d'attente, Abraham a enfin reçu de Sarah le fils de la promesse, Isaac. C'est alors que Dieu lui demande l'impensable : offrir ce fils en holocauste. Le narrateur prévient d'emblée le lecteur — « Dieu mit Abraham à l'épreuve » (Genèse 22:1) —, mais Abraham, lui, l'ignore.
Cette demande bouleversante éprouve à la fois la foi d'Abraham et sa compréhension de Dieu. Le texte ne rapporte aucune objection : celui qui avait plaidé pour Sodome et Gomorrhe (Genèse 18) « se leva de bon matin » et partit. Ce silence a nourri des siècles de commentaires juifs, chrétiens et musulmans.
Abraham part avec Isaac, deux serviteurs et le bois du sacrifice. Le voyage dure trois jours — trois jours de marche silencieuse vers l'épreuve. « Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit le lieu de loin » (22:4) ; il laisse alors les serviteurs et poursuit seul avec son fils.
Isaac porte le bois, Abraham le feu et le couteau. La question d'Isaac résonne encore aujourd'hui : « Où est l'agneau pour l'holocauste ? » La réponse d'Abraham révèle la profondeur de sa foi : « Mon fils, Dieu se pourvoira lui-même de l'agneau pour l'holocauste » (22:7-8).
Arrivé au lieu désigné, Abraham bâtit un autel, arrange le bois et lie Isaac. La tradition juive appelle cet épisode l'Akedah, la « ligature » d'Isaac, d'après le verbe hébreu employé au verset 9. Le terme souligne l'acte physique, mais aussi le lien spirituel qui unit Abraham à Dieu. Abraham étend la main et prend le couteau : sa confiance en Dieu passe avant même son amour pour son fils.
Le point de vue d'Isaac — son âge, son silence, son consentement — fait l'objet d'une page dédiée : le sacrifice d'Isaac raconté du côté du fils.
Jérusalem, Vieille VilleLe sacrifice d'Isaac au mont Moriah : la foi silencieuse du filsSur le mont Moriah, Isaac, le fils de la promesse, monte avec son père vers l'autel : un récit de confiance, de substitution et de miséricorde.Voir la fiche →
« N'avance pas ta main sur l'enfant, et ne lui fais rien ; car je sais maintenant que tu crains Dieu, et que tu ne m'as pas refusé ton fils, ton unique. »
Genèse 22:12
Au moment critique, l'ange de l'Éternel arrête le geste d'Abraham. Levant les yeux, celui-ci voit un bélier retenu par les cornes dans un buisson et l'offre à la place de son fils. L'épreuve portait sur la fidélité d'Abraham ; elle ne s'achève pas par un sacrifice humain — un point que de nombreux lecteurs, anciens et modernes, jugent central.
Abraham nomme ce lieu « L'Éternel pourvoira » (en hébreu YHWH yiré, « Jehova-Jiré » dans la version Segond), d'où le dicton : « À la montagne de l'Éternel il sera pourvu » (22:14). Dieu renouvelle alors sa promesse : une descendance nombreuse comme les étoiles du ciel et le sable du rivage (22:17), en qui « toutes les nations de la terre seront bénies » (22:18). Puis Abraham redescend vers Beer-Sheva, où il demeurait (22:19).
Tradition et identification
Genèse 22 ne parle que du « pays de Morija » et de « l'une des montagnes » que Dieu indiquera. Le nom ne réapparaît qu'une seule fois dans la Bible, pour situer le Temple de Salomon :
« Salomon commença à bâtir la maison de l'Éternel à Jérusalem, sur la montagne de Morija, qui avait été indiquée à David, son père, dans le lieu préparé par David sur l'aire d'Ornan, le Jébusien. »
2 Chroniques 3:1
Ce verset relie trois moments : l'épreuve d'Abraham, l'aire de battage achetée par David pour y élever un autel (2 Samuel 24:18-25) et la construction du Temple. C'est sur ce rapprochement que repose l'identification traditionnelle du Mont Moriah avec le Mont du Temple.
🔎 Tradition et histoire
L'identification du Mont Moriah avec le Mont du Temple est une tradition ancienne, attestée dès la Bible hébraïque (livre des Chroniques), mais elle ne peut pas être vérifiée par l'archéologie. Ce que l'on peut étudier, en revanche, c'est l'histoire du lieu saint lui-même, sur près de trois millénaires.
Histoire

Sous la coupole du Dôme du Rocher affleure un large rocher calcaire, la Pierre de fondation (Even HaShtiya). La Mishna (traité Yoma 5:2) mentionne une « pierre de fondation » dans le Saint des Saints du Second Temple ; la tradition juive y a vu le cœur du Temple, voire le point de départ de la Création, et le lieu de la ligature d'Isaac. La tradition musulmane y associe le Voyage nocturne du prophète Muhammad ; une petite grotte creusée sous le rocher porte le nom de « puits des âmes ».
La localisation exacte du Saint des Saints reste débattue : la plupart des chercheurs la placent sur ce rocher ou à proximité immédiate, mais d'autres hypothèses existent.

Archéologie
Aucune fouille archéologique n'est autorisée sur l'esplanade elle-même, en raison de son statut religieux et politique. Les vestiges du Premier et du Second Temple n'ont donc jamais été dégagés : les connaissances proviennent des recherches menées tout autour de l'enceinte.
Au pied du Mont du Temple, une minuscule inscription cunéiforme a récemment témoigné des échanges entre Juda et l'Assyrie à l'époque du Premier Temple : voir notre article sur le sceau akkadien découvert à Jérusalem.
📜 À retenir
L'archéologie éclaire l'histoire du Temple et de Jérusalem ; elle ne permet ni de confirmer ni d'infirmer le récit d'Abraham, qui relève de la mémoire religieuse. La continuité de la vénération du lieu, elle, est bien documentée sur près de trois mille ans.
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Mont Moriah
Mont du Temple (esplanade des Mosquées), Vieille Ville de Jérusalem — entrée des visiteurs par la porte des Maghrébins, depuis l'esplanade du Mur occidental
Coordonnées GPS : 31.7780, 35.2354 (point de repère, pas l'entrée exacte)
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Lieu le plus saint du judaïsme et troisième lieu saint de l'islam, l'esplanade est un espace de prière musulman administré par le Waqf. Les visiteurs non musulmans y sont admis à des créneaux limités, par une entrée unique, sous le contrôle de la police israélienne.
⚠️ Horaires variables
Les créneaux d'ouverture aux visiteurs changent selon les jours, les fêtes juives et musulmanes et la situation sécuritaire ; l'accès peut être fermé sans préavis. Vérifiez les informations la veille et le jour même.
Autour du lieu
Même arrêt dans votre parcours : la fiche ci-dessous raconte le même site sous un autre angle.
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Le mur de soutènement du Temple
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La Jérusalem des rois et le tunnel d'Ézéchias
Le rocher du Calvaire et le tombeau vénéré depuis le IVe siècle, sous un même toit partagé par six communautés chrétiennes : récit des Évangiles, histoire, archéologie et visite.

À Beer-Sheva, Abraham scelle un pacte avec Abimélec autour d'un puits, plante un tamaris et invoque le Dieu d'éternité.

Site sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.

Après Sichem, Abraham dresse un autel « entre Béthel et Aï » et y invoque le nom de l'Éternel, puis y revient après son séjour en Égypte (Genèse 12:8 ; 13:1-4).
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Le texte dit simplement que « Dieu mit Abraham à l'épreuve » (Genèse 22:1). La tradition y voit la révélation de la profondeur de sa foi et de son obéissance ; le dénouement montre aussi que Dieu ne veut pas la mort de l'enfant, mais la fidélité.
L'épreuve suprême de la foi d'Abraham et le symbole de l'obéissance confiante à Dieu. Le bélier offert à la place d'Isaac est souvent lu comme un rejet du sacrifice humain et comme un signe de la miséricorde divine.
Selon 2 Chroniques 3:1, Salomon bâtit le Temple « sur la montagne de Morija ». La tradition juive identifie donc le Mont Moriah au site du Premier puis du Second Temple, détruit en 70 apr. J.-C.
C'est le rocher qui affleure sous la coupole du Dôme du Rocher (Even HaShtiya). La tradition juive y voit l'emplacement du Saint des Saints et de la ligature d'Isaac ; la tradition musulmane le relie au Voyage nocturne du Prophète.
Oui, les non-musulmans peuvent accéder à l'esplanade par la porte des Maghrébins, à des créneaux limités et variables, après un contrôle de sécurité. Tenue modeste exigée ; les horaires doivent être vérifiés la veille et le jour même.
Non : l'accès au Dôme du Rocher et à la mosquée al-Aqsa est réservé aux fidèles musulmans. Les visiteurs peuvent admirer l'extérieur des édifices depuis l'esplanade.
En raison du caractère sacré et de la sensibilité politique du lieu, aucune fouille n'y est autorisée. Les recherches se concentrent autour de l'enceinte (Mur occidental, Ophel) et sur le tamisage de déblais évacués de l'esplanade.
Le Mur occidental et ses tunnels, le parc archéologique de Jérusalem au sud de l'enceinte, la Cité de David et le panorama du mont des Oliviers. Pour prolonger le récit, Beer-Sheva et Hébron évoquent la vie d'Abraham et d'Isaac.