Tableau : Abraham, sa famille et leurs troupeaux en marche dans un paysage boisé
  • Patriarches

Abraham : père du monothéisme et figure fondatrice

Le récit de la Genèse, le parcours d'Ur à Canaan et l'état des connaissances archéologiques sur le premier des patriarches.

Crédit : Pieter Lastman · domaine public · Wikimedia Commons

Par Publié le Mis à jour le 8 min de lecture

En bref

Abraham est le premier des patriarches de la Bible. Selon la Genèse (chapitres 11 à 25), il quitte Ur des Chaldéens, s'arrête à Harran puis s'installe en Canaan, où il conclut une alliance avec Dieu. Juifs, chrétiens et musulmans voient en lui le modèle de la foi en un Dieu unique.

  • Son parcours : Ur, Harran, Sichem, Béthel, l'Égypte, Hébron, Beer-Sheva et le mont Moriah.
  • Aucune preuve archéologique directe de son existence ; les villes du récit existaient bien au Bronze moyen.
  • Selon la Bible, il est enseveli dans la grotte de Makpéla, à Hébron, sous le Tombeau des Patriarches.

Abraham — Avraham en hébreu, Ibrahim en arabe —, figure centrale des trois grandes religions monothéistes, demeure l'un des personnages les plus influents de l'histoire spirituelle de l'humanité. Le livre de la Genèse (chapitres 11 à 25) raconte comment ce fils de Térah quitte Ur des Chaldéens, s'arrête à Harran, puis gagne le pays de Canaan, où il dresse des autels, conclut une alliance avec Dieu et achète à Hébron la grotte de Makpéla.

Cet article retrace le parcours du premier des patriarches, sa place dans le judaïsme, le christianisme et l'islam, et fait le point sur ce que l'archéologie peut — et ne peut pas — dire de lui.

Les origines d'Abraham : de la Mésopotamie à Canaan

Ur des Chaldéens

Selon Genèse 11:27-31, Abram — c'est son nom avant l'alliance — naît à Ur Kasdim, « Ur des Chaldéens », dans la famille de Térah, avec ses frères Nahor et Haran. La généalogie qui précède (Genèse 11:10-26) le fait descendre de Sem, fils de Noé, dont l'arche, selon Genèse 8:4, s'arrêta sur les montagnes d'Ararat, que la tradition identifie au mont Ararat. La tradition majoritaire identifie cette ville à Tell el-Muqayyar, dans le sud de l'Irak, fouillé par l'archéologue britannique Leonard Woolley entre 1922 et 1934 : une grande cité sumérienne dominée par la ziggourat du dieu-lune Nanna, élevée sous le roi Ur-Nammu (XXIe s. av. n. è.). La chronologie biblique traditionnelle situe Abraham au début du IIe millénaire av. n. è.

La façade en briques de la grande ziggourat d'Ur et son escalier central
La grande ziggourat d'Ur (Irak), en partie restauréeCrédit : Tla2006 · domaine public · Wikimedia Commons

📌 Une autre tradition

Une tradition ancienne, encore vivante en Turquie, situe plutôt Ur près d'Urfa (Şanlıurfa), non loin de Harran. Le qualificatif « des Chaldéens » est par ailleurs anachronique pour l'époque patriarcale : les Chaldéens n'apparaissent dans les sources mésopotamiennes qu'au Ier millénaire av. n. è., indice que le récit a été mis par écrit bien plus tard.

Harran, l'étape du nord

Térah emmène Abram, sa femme Saraï et son petit-fils Loth vers Canaan, mais la famille s'installe à Harran, en haute Mésopotamie (aujourd'hui dans le sud-est de la Turquie). Comme Ur, Harran était un grand centre du culte de la lune, sous le nom de Sîn — un parallèle souvent relevé par les historiens. C'est là, après la mort de Térah, que retentit l'appel divin.

Ruines de pierre, arche et tour isolée dans la plaine de Harran
Les ruines de Harran (Turquie), étape d'Abraham selon la GenèseCrédit : Hamdigumus · CC0 · Wikimedia Commons

« L'Éternel dit à Abram : Va-t'en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai ; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. »

Genèse 12:1-2

Abram a alors soixante-quinze ans (Genèse 12:4). Il part avec Saraï, Loth, leurs troupeaux et toute leur maisonnée : le voyage vers la terre promise commence.

Le parcours d'Abraham en Canaan

Le récit suit ensuite Abraham le long de la « route des Patriarches », l'axe nord-sud des monts de Samarie et de Judée, puis dans le Néguev. Chaque étape est marquée par un autel, un puits ou une acquisition :

  • Sichem — près du chêne de Moré, Dieu promet le pays à sa descendance ; Abram y bâtit son premier autel (Genèse 12:6-7).
  • Béthel et Aï — il dresse sa tente entre les deux villes et « invoque le nom de l'Éternel » (Genèse 12:8 ; 13:3-4).
  • Égypte — une famine le pousse à descendre en Égypte, avant de remonter vers le Néguev (Genèse 12:10 à 13:1).
  • Hébron (Mamré) — après s'être séparé de Loth, il s'établit aux chênes de Mamré, près d'Hébron (Genèse 13:18) ; c'est là qu'il accueille les trois visiteurs (Genèse 18).
  • Beer-Sheva — il conclut à Beer-Sheva, le « puits du serment », un pacte avec Abimélek au sujet d'un puits et y plante un tamaris (Genèse 21:22-33).
  • Mont Moriah — lieu de la ligature d'Isaac (Genèse 22), identifié par la tradition juive au mont du Temple à Jérusalem (2 Chroniques 3:1).
  • Makpéla — Abraham achète la grotte pour y ensevelir Sarah (Genèse 23) ; il y sera lui-même inhumé par Isaac et Ismaël (Genèse 25:9).

Ce parcours dessine une véritable géographie de la promesse : du nord au sud du pays, Abraham le traverse, y bâtit des autels et y creuse des puits, sans jamais en posséder autre chose qu'une tombe.

L'alliance : un pacte fondateur

Le cœur du récit abrahamique réside dans l'alliance (berit en hébreu) conclue entre Dieu et Abraham. Elle se déploie en plusieurs étapes.

La promesse d'une descendance et d'une terre

Dans la scène dite de l'« alliance entre les morceaux » (Genèse 15), Dieu invite Abram à contempler les étoiles : ainsi sera sa descendance. Le texte ajoute un verset qui deviendra central dans la réflexion juive comme chrétienne sur la foi :

« Abram eut confiance en l'Éternel, qui le lui imputa à justice. »

Genèse 15:6

Dieu « tranche » ensuite l'alliance en passant, sous la forme d'un feu, entre les moitiés d'animaux partagés — un rituel d'engagement dont on trouve l'écho ailleurs dans la Bible (Jérémie 34:18).

Abram devient Abraham

En Genèse 17, l'alliance est scellée par la circoncision (berit mila) et par un changement de nom : Abram (« père élevé ») devient Abraham, compris comme « père d'une multitude de nations » ; Saraï devient Sarah. Isaac naît de Sarah dans la vieillesse du couple, tandis qu'Ismaël, fils d'Agar, reçoit lui aussi une bénédiction (Genèse 17:20).

L'épreuve du mont Moriah

Le récit culmine avec la ligature d'Isaac (Akeda, Genèse 22) : Dieu demande à Abraham d'offrir son fils sur « l'une des montagnes » du pays de Moriah, puis un ange arrête son bras et un bélier est offert à la place. Pour la tradition juive, c'est l'épreuve ultime de la confiance d'Abraham ; beaucoup de lecteurs y voient aussi le rejet du sacrifice humain, pratiqué dans le monde qui l'entourait.

Abraham dans les trois religions monothéistes

Dans le judaïsme

Abraham est le premier des trois patriarches, Avraham Avinu, « Abraham notre père », ancêtre du peuple juif par Isaac et Jacob. La tradition rabbinique en fait le premier à avoir reconnu le Dieu unique : un midrash célèbre (Genèse Rabba 38) le montre brisant les idoles de son père Térah. Son hospitalité envers les trois visiteurs de Mamré (Genèse 18) est devenue un modèle éthique.

Dans le christianisme

Le Nouveau Testament présente Abraham comme le père de tous ceux qui croient (Romains 4:11-16). L'apôtre Paul s'appuie sur Genèse 15:6 pour parler de la justification par la foi, et l'Épître aux Hébreux (11:8-19) fait de son départ et de l'épreuve de Moriah des modèles de foi.

Dans l'islam

Ibrahim est l'un des plus grands prophètes du Coran, qui le qualifie de hanif — croyant au Dieu unique, avant la Torah et l'Évangile — et d'« ami de Dieu » (Khalil Allah, sourate 4:125). Selon le Coran, il éleva avec son fils Ismaël les fondations de la Kaaba à La Mecque (sourate 2:127).

Le mur hérodien du Tombeau des Patriarches à Hébron, en grands blocs de pierre, au-dessus d'un escalier
L'enceinte hérodienne du Tombeau des Patriarches (Ier s. av. n. è.)Crédit : eman · domaine public · Wikimedia Commons

Cette mémoire partagée a une traduction très concrète : à Hébron, le Tombeau des Patriarches est à la fois une synagogue et une mosquée, où juifs et musulmans prient dans des espaces distincts.

Archéologie et historicité : que savons-nous vraiment ?

🔎 Précision historique

L'existence historique d'Abraham comme personnage individuel ne peut être confirmée directement par l'archéologie. Les recherches fournissent un cadre contextuel plausible pour les récits patriarcaux, sans constituer une preuve définitive.

L'historicité d'Abraham fait débat parmi les chercheurs. Aucune inscription ni aucun objet ne mentionne le patriarche — et l'on ne peut guère s'attendre à ce qu'un chef de clan semi-nomade laisse des traces écrites. Le débat porte donc sur la compatibilité des récits avec ce que l'on sait du Proche-Orient ancien.

Des arguments en faveur d'un cadre ancien

Au milieu du XXe siècle, William F. Albright et son école situaient les patriarches au Bronze moyen (vers 2000-1550 av. n. è.), en invoquant les migrations amorrites, des noms de personnes comparables dans les archives de Mari et des coutumes familiales rappelant les tablettes de Nuzi. Plus récemment, l'égyptologue Kenneth Kitchen a défendu la compatibilité de certains détails des récits patriarcaux avec le IIe millénaire. De fait, plusieurs villes du récit — Sichem, Hébron, Dan — étaient des cités fortifiées au Bronze moyen : la porte en briques crues de Tel Dan, surnommée « porte d'Abraham », remonte à cette époque (vers le XVIIIe s. av. n. è.).

La porte cananéenne en briques crues de Tel Dan, sous son abri de protection
La porte cananéenne du Bronze moyen de Tel Dan, dite « porte d'Abraham »Crédit : Ani Nimi · CC0 · Wikimedia Commons

Des indices d'une rédaction plus tardive

À partir des années 1970, Thomas L. Thompson et John Van Seters ont montré que ces parallèles n'étaient pas propres au IIe millénaire. Plusieurs détails reflètent plutôt l'âge du Fer (Ier millénaire av. n. è.) : les chameaux domestiques, qui ne se diffusent au Levant sud qu'autour du Xe s. av. n. è. d'après les ossements de la vallée de l'Arava ; les Philistins (Genèse 21 et 26), installés sur la côte vers le XIIe s. ; ou encore les « Chaldéens ». Sur le tell de Beer-Sheva, enfin, les fouilles n'ont pas mis au jour d'occupation du Bronze moyen.

Beaucoup de spécialistes estiment aujourd'hui que les récits patriarcaux ont été mis par écrit au Ier millénaire, tout en conservant des traditions et des souvenirs plus anciens ; d'autres maintiennent un noyau historique au IIe millénaire. Dans les deux cas, l'archéologie ne « prouve » ni ne « réfute » Abraham : elle éclaire le monde dans lequel ses récits sont nés et ont été transmis.

L'héritage spirituel d'Abraham aujourd'hui

L'influence d'Abraham transcende les siècles. Sa foi, sa disponibilité à écouter Dieu et à se mettre en route incarnent des valeurs spirituelles universelles. Trois traits reviennent dans toutes les traditions :

  • La confiance — partir « sans savoir où il allait » (Hébreux 11:8), sur la seule foi d'une promesse ;
  • L'hospitalité — la tente ouverte de Mamré, où il court au-devant de trois inconnus (Genèse 18:1-8) ;
  • L'intercession — Abraham plaide pour les justes de Sodome et ose discuter avec Dieu (Genèse 18:23-33).

On parle volontiers aujourd'hui des « religions abrahamiques » pour désigner le judaïsme, le christianisme et l'islam. Cette expression rappelle un héritage commun, mais aussi la diversité des lectures qu'en font les trois traditions — et les tensions que suscitent parfois les lieux saints qu'elles partagent.

Sur les traces d'Abraham en Israël

Hébron, monts de JudéeTombeau des Patriarches – HébronSite sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.Voir la fiche → Néguev, Beer-ShevaBeer-Sheva : le puits du serment et le tamaris d'AbrahamÀ Beer-Sheva, Abraham scelle un pacte avec Abimélec autour d'un puits, plante un tamaris et invoque le Dieu d'éternité.Voir la fiche → Naplouse, monts de SamarieSichem (Tel Balata) – Premier autel d'Abraham en CanaanEntre le mont Ébal et le mont Garizim, le lieu de la première promesse divine et du premier autel d'Abraham en Terre promise (Genèse 12:6-7).Voir la fiche → Haute Galilée, sources du JourdainTel Dan (Laïsh) : sur les traces de la poursuite d'AbrahamDe Genèse 14 à la stèle « Maison de David » : archéologie, nature et histoire biblique aux sources du Jourdain.Voir la fiche → Jérusalem, Vieille VilleMont Moriah : l'épreuve d'Abraham, du récit biblique au Mont du TempleLà où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.Voir la fiche →

Certains de ces sites, en Judée-Samarie, sont soumis à des conditions d'accès particulières : renseignez-vous avant de partir. Pour situer ces lieux dans l'ensemble du récit, consultez notre dossier sur l'époque des Patriarches, puis intégrez-les à un parcours personnalisé.

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Sources et références

  • Genèse, chapitres 11 à 25 (texte hébreu et traductions sur Sefaria)
  • C. Leonard Woolley, Ur of the Chaldees, Londres, Ernest Benn, 1929
  • Thomas L. Thompson, The Historicity of the Patriarchal Narratives, Berlin, De Gruyter, 1974
  • John Van Seters, Abraham in History and Tradition, New Haven, Yale University Press, 1975
  • Kenneth A. Kitchen, On the Reliability of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, 2003
  • Israël Finkelstein et Neil Asher Silberman, La Bible dévoilée, Paris, Bayard, 2002
  • Lidar Sapir-Hen et Erez Ben-Yosef, « The Introduction of Domestic Camels to the Southern Levant », Tel Aviv 40 (2013)
  • UNESCO — Tels bibliques : Megiddo, Hazor, Beer-Sheba

Questions fréquentes

Qui était Abraham dans la Bible ?

Abraham est le premier des patriarches bibliques, ancêtre des Israélites par Isaac et Jacob et, selon la Genèse, d'autres peuples par Ismaël. Son histoire occupe les chapitres 11 à 25 de la Genèse.

D'où venait Abraham ?

Selon Genèse 11, d'Ur des Chaldéens, généralement identifiée à Tell el-Muqayyar dans le sud de l'Irak ; une autre tradition la situe près d'Urfa, en Turquie. La famille s'installe ensuite à Harran avant qu'Abraham ne gagne Canaan.

Existe-t-il des preuves archéologiques de l'existence d'Abraham ?

Non, il n'existe aucune preuve directe. L'archéologie montre que plusieurs villes du récit (Sichem, Hébron, Dan) existaient au Bronze moyen, mais certains détails renvoient au Ier millénaire av. n. è. : le débat sur la date des traditions reste ouvert.

Pourquoi Abraham est-il important pour les trois religions monothéistes ?

Le judaïsme voit en lui « Abraham notre père », le christianisme le père des croyants (Romains 4) et l'islam un grand prophète, Ibrahim, ami de Dieu et bâtisseur de la Kaaba. Tous le considèrent comme le modèle de la foi en un Dieu unique.

Quel est le parcours géographique d'Abraham ?

Ur, Harran, puis en Canaan : Sichem, Béthel, un séjour en Égypte, Hébron (Mamré), Beer-Sheva et le mont Moriah. Il est enseveli dans la grotte de Makpéla, à Hébron.

Que symbolise le sacrifice d'Isaac ?

La ligature d'Isaac (Akeda, Genèse 22) représente l'épreuve ultime de la foi et de l'obéissance d'Abraham. Le geste interrompu par l'ange est aussi lu comme un refus du sacrifice humain ; la tradition situe la scène sur le mont Moriah, à Jérusalem.

Où Abraham est-il enterré ?

Dans la grotte de Makpéla, à Hébron, qu'il avait achetée pour y ensevelir Sarah (Genèse 23 et 25:9). Le Tombeau des Patriarches, dont l'enceinte monumentale date d'Hérode, honore ce lieu.

L'enceinte de pierre du Tombeau des Patriarches à Hébron et ses deux minarets, au-dessus d'un grand escalier
Hébron, monts de Judée ⏱ 90 min

Tombeau des Patriarches – Hébron

Site sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.

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