
Tombeau des Patriarches – Hébron
Site sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.
Époque biblique : Les Patriarches
Du récit de la Genèse aux fouilles de Bab edh-Dhra' et de Tall el-Hammam : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore, des villes détruites près de la mer Morte.
Sodome et Gomorrhe, citées dans Genèse 13 à 19, sont les plus célèbres des « villes de la Plaine » — en hébreu le kikkar, le « cercle » du Jourdain —, une région décrite comme fertile avant sa destruction par « le soufre et le feu ». Devenues symboles de corruption et de justice divine, ces cités n'ont jamais été localisées avec certitude : la tradition les situe au sud de la mer Morte, près du mont Sodome (Har Sedom) et de l'ancienne vallée de Siddim, tandis que d'autres chercheurs les placent au nord, autour de Tall el-Hammam, dans la vallée du Jourdain.
Cette page retrace le récit biblique — les rois de la Plaine, la fuite de Lot, sa femme changée en statue de sel, la petite ville de Tsoar —, présente les principales hypothèses archéologiques (Bab edh-Dhra', Numeira, Tall el-Hammam) et les paysages que l'on peut visiter aujourd'hui autour de la mer Morte.
En bref
Histoire et Bible
Récit biblique
Le récit commence plus au nord. Lorsque les troupeaux d'Abram et de Lot deviennent trop nombreux pour paître ensemble, les deux hommes se séparent entre Béthel et Aï. Lot choisit la plaine du Jourdain, « entièrement arrosée », et dresse ses tentes jusqu'à Sodome (Genèse 13:10-12).
« Lot leva les yeux, et vit toute la plaine du Jourdain, qui était entièrement arrosée. Avant que l'Éternel eût détruit Sodome et Gomorrhe, c'était, jusqu'à Tsoar, comme un jardin de l'Éternel, comme le pays d'Égypte. »
Genèse 13:10
Avant leur chute, les cités de la Plaine formaient une confédération de cinq royaumes, mentionnée dans Genèse 14:2 :
« Ces derniers s'assemblèrent tous dans la vallée de Siddim, qui est la mer Salée. »
Genèse 14:3
La vallée de Siddim était « couverte de puits de bitume » (Genèse 14:10) : la mer Morte rejette aujourd'hui encore des blocs d'asphalte naturel, au point que les Grecs l'appelaient le lac Asphaltite. C'est là que les rois de la Plaine furent battus par une coalition venue de l'est et que Lot fut fait prisonnier — avant qu'Abraham ne le délivre au terme d'une poursuite jusqu'à Dan. Une interprétation ancienne veut que cette plaine, autrefois fertile, ait ensuite été recouverte par la mer Morte ; aucune ville engloutie n'a toutefois été retrouvée dans le bassin sud.

Récit biblique
La Bible et les traditions juives décrivent Sodome comme une cité de violence et d'égoïsme extrême, où la prospérité avait remplacé la compassion. Le prophète Ézéchiel résume ainsi sa faute :
« Voici quel a été le crime de Sodome, ta sœur. Elle avait de l'orgueil, elle vivait dans l'abondance et dans une insouciante sécurité, elle et ses filles, et elle ne soutenait pas la main du malheureux et de l'indigent. »
Ézéchiel 16:49
Le midrash amplifie ce portrait : les étrangers y étaient maltraités et secourir un pauvre y était un crime. Une tradition (Pirké de-Rabbi Eliézer 25) rapporte que Paltit, une fille de Lot, fut brûlée vive pour avoir secrètement nourri un mendiant, et que son cri monta jusqu'à Dieu. Le texte biblique évoque, lui, le « cri » (tse'aqa) venu de Sodome jusqu'à l'Éternel :
« C'est pourquoi je vais descendre, et je verrai s'ils ont agi entièrement selon le bruit venu jusqu'à moi ; et si cela n'est pas, je le saurai. »
Genèse 18:21
Aux chênes de Mamré, près d'Hébron, Abraham intercède alors pour la ville : Dieu l'épargnerait s'il s'y trouvait seulement dix justes (Genèse 18:23-32). Deux anges sont envoyés à Sodome pour constater la situation.
Récit biblique
Reçus chez Lot, qui leur offre l'hospitalité, les deux messagers sont menacés par les habitants de la ville, venus exiger qu'on les leur livre. Devant cette violence, les anges avertissent Lot :
« Car nous allons détruire ce lieu, parce que le cri contre ses habitants est grand devant l'Éternel. L'Éternel nous a envoyés pour le détruire. »
Genèse 19:13
À l'aube, ils pressent Lot de fuir avec sa femme et ses deux filles, en leur ordonnant de ne pas regarder en arrière. Tandis que « le soufre et le feu » tombent sur Sodome et Gomorrhe (Genèse 19:24), Lot court avec ses filles ; sa femme, elle, se retourne.
« La femme de Lot regarda en arrière, et elle devint une statue de sel. »
Genèse 19:26
Le verbe hébreu employé, nabat (ou navat), signifie « regarder, contempler » ; de nombreux commentateurs y lisent un regard appuyé, chargé de regret — signe de l'attachement à la ville quittée. Le geste est devenu une image du danger de s'attarder dans le passé et d'hésiter à obéir : « Souvenez-vous de la femme de Lot », dira Jésus (Luc 17:32). Au matin, Abraham, depuis les hauteurs proches d'Hébron, voit monter de la plaine « une fumée, comme la fumée d'une fournaise » (Genèse 19:28).

Récit biblique
Tsoar (ou Zoar, anciennement Béla) est la seule des cinq cités de la Plaine à avoir été épargnée. Son nom évoque la petitesse — la racine hébraïque ts-'-r signifie « être petit » — et c'est précisément l'argument que Lot avance pour y trouver refuge :
« Voici, cette ville est assez proche pour que je m'y réfugie, et elle est petite. Oh ! que je puisse m'y sauver, n'est-elle pas petite ? et que mon âme vive ! »
Genèse 19:20
Dieu y consent, et Tsoar est préservée du feu (Genèse 19:21-22). Lot et ses filles s'y réfugient avant de gagner la montagne, où ils vivent dans une caverne (Genèse 19:30). La petite ville devient ainsi le symbole d'une miséricorde qui survit à la destruction des puissantes cités voisines.
Située à l'extrémité sud-est de la mer Morte, entourée de palmiers et de sources mais aussi de puits de bitume, Tsoar correspond vraisemblablement à la région de Ghor es-Safi, en Jordanie, où se trouvait la Zoara byzantine figurée sur la carte de Madaba. On y a retrouvé des tombes de l'âge du Bronze et une occupation qui se poursuit jusqu'à l'époque byzantine, où la ville était un lieu de pèlerinage chrétien. Tout près, à Deir 'Ain 'Abata, un monastère byzantin était dédié à Lot, autour d'une grotte vénérée comme son refuge.
Archéologie
📌 État de la question
Aucune inscription n'a jamais permis d'identifier Sodome ou Gomorrhe. Les sites présentés ci-dessous sont des candidats proposés par des chercheurs : chacun présente des éléments compatibles avec le récit biblique, mais aucune identification ne fait consensus.
Sur la rive orientale, près du débouché du wadi Kerak et de la péninsule de la Lisan, ces sites jordaniens du Bronze ancien présentent des traces de destruction par le feu dans une région riche en bitume — autant d'éléments qui rappellent la vallée de Siddim.


Les fouilles de Paul Lapp (1965-1967), poursuivies par Walter Rast et Thomas Schaub, ont mis au jour une ville fortifiée et l'un des plus vastes cimetières du Bronze ancien au Proche-Orient. On estime la nécropole à quelque 20 000 tombes à puits, auxquelles s'ajoutent des maisons funéraires (charniers) qui ont reçu les restes de nombreux individus. Ces sépultures témoignent de l'importance démographique et urbaine du site, bien au-delà d'un simple village.
La ville a connu des destructions et des incendies, notamment à la fin du Bronze ancien III ; Numeira, plus au sud, fut détruite par le feu vers la même époque — une date traditionnellement placée vers 2350 av. J.-C., peut-être plus haute selon les révisions radiocarbone. Après que Rast et Schaub eurent repéré cinq sites du Bronze ancien le long de la rive sud-est (Bab edh-Dhra', Numeira, es-Safi, Feifa et Khanazir), certains auteurs, comme Bryant Wood, y ont vu les cinq villes de la Plaine, Bab edh-Dhra' et Numeira correspondant à Sodome et Gomorrhe. Les fouilleurs sont restés prudents, et l'écart avec la chronologie habituellement retenue pour Abraham reste discuté.
💡 Note scientifique
Les fouilles de la nécropole sont publiées dans R. T. Schaub et W. E. Rast, Bab edh-Dhra': Excavations in the Cemetery Directed by Paul W. Lapp (1965-67), Winona Lake, Eisenbrauns, 1989. La nécropole montre un usage collectif de la sépulture (tombes à puits, chambres funéraires et charniers), cohérent avec une cité importante.
Au nord de la mer Morte, à une douzaine de kilomètres de sa rive, Tall el-Hammam domine la plaine jordanienne du Jourdain — le kikkar que Lot aurait contemplé depuis Béthel. Depuis 2005, l'équipe de Steven Collins (Trinity Southwest University) y fouille une vaste cité de l'âge du Bronze, qu'elle identifie à Sodome ; d'autres chercheurs y voient plutôt Abel-Shittim (Nombres 33:49). Les fouilleurs y signalent notamment :
En 2021, une équipe menée par Ted Bunch a proposé dans la revue Scientific Reports que la ville ait été détruite par l'explosion aérienne d'un corps céleste, comparable à celle de la Toungouska (1908) : l'onde de choc aurait projeté des embruns salés de la mer Morte, rendant la plaine stérile pendant des siècles. Cette hypothèse est vivement contestée. L'article a fait l'objet de corrections en 2022 et en 2023, notamment sur des images et des données, puis a été rétracté par la revue en 2025, plusieurs de ses auteurs contestant cette décision.
Pour ses défenseurs, Tall el-Hammam correspond à la description d'une grande cité du kikkar, prospère puis soudainement anéantie. Ses critiques relèvent la chronologie, l'absence de lien textuel direct et la tradition très ancienne qui situe Sodome au sud de la mer Morte — où le nom arabe du mont Sodome, Djebel Usdum, semble en garder la mémoire.
🔗 En savoir plus (point de vue des fouilleurs) : TallElHammam.com
À Tall el-Hammam, les fouilleurs décrivent des ossements humains pris dans la couche de destruction, des poteries fondues et des structures vitrifiées. Selon les partisans de l'hypothèse de l'explosion aérienne, ces matériaux impliqueraient des températures bien supérieures à celles d'un incendie ordinaire (plus de 1 500 °C). Ces interprétations restent débattues : leurs contradicteurs avancent d'autres causes, comme les incendies liés à la guerre, les séismes ou certains processus de cuisson et d'altération des matériaux.

Ce documentaire présente les arguments des partisans de l'identification de Tall el-Hammam avec Sodome : traces de chaleur extrême, poteries vitrifiées, structures fondues et couche de destruction massive. Pour l'auteur de ce site, ces éléments comptent parmi les plus frappants jamais avancés en faveur d'une catastrophe réelle dont la mémoire se serait transmise jusqu'au récit de la Genèse ; ils restent toutefois à mettre en regard des critiques exposées ci-dessus.
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Sodome et Gomorrhe
Mont Sodome (Har Sedom), route 90, bassin sud de la mer Morte — belvédère de « la femme de Lot »
Coordonnées GPS : 31.0719, 35.3969 (point de repère, pas l'entrée exacte)
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Les sites candidats de Bab edh-Dhra', Numeira et Tall el-Hammam se trouvent en Jordanie. Côté israélien, c'est le paysage du bassin sud de la mer Morte qui permet le mieux de se représenter l'ancienne vallée de Siddim.

☀️ Chaleur extrême
Privilégiez la période d'octobre à avril. En été, évitez de randonner en journée ; emportez beaucoup d'eau, un chapeau et une protection solaire, et respectez les fermetures de sentiers et de grottes.
Autour du lieu

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Après Sichem, Abraham dresse un autel « entre Béthel et Aï » et y invoque le nom de l'Éternel, puis y revient après son séjour en Égypte (Genèse 12:8 ; 13:1-4).

À Beer-Sheva, Abraham scelle un pacte avec Abimélec autour d'un puits, plante un tamaris et invoque le Dieu d'éternité.
Non. Plusieurs sites sont proposés, dont Bab edh-Dhra', Numeira (au sud-est de la mer Morte) et Tall el-Hammam (au nord). Chacun présente des éléments compatibles avec le récit biblique, mais aucune identification ne fait consensus et aucune inscription ne nomme Sodome.
Selon Genèse 14:2, les cinq rois de la Plaine étaient Béra (Sodome), Birscha (Gomorrhe), Schineab (Adma), Schémeéber (Tseboïm) et le roi de Béla, c'est-à-dire Tsoar. Ils formaient une alliance dans la vallée de Siddim.
D'après la Bible, pour sa violence et son injustice : les habitants s'en prennent aux hôtes de Lot (Genèse 19), et Ézéchiel 16:49 évoque l'orgueil, l'abondance et le refus de secourir le pauvre. Les traditions juives ajoutent que même aider un indigent y était considéré comme un crime.
La Bible ne donne pas son nom. Elle devint une statue de sel pour s'être retournée vers la ville en flammes malgré l'ordre des anges (Genèse 19:26). Le verbe hébreu (nabat) est souvent lu comme un regard chargé de regret et d'attachement au passé.
Tsoar (anciennement Béla) était située à l'extrémité sud-est de la mer Morte. On la situe généralement dans la région de Ghor es-Safi, en Jordanie, où ont été retrouvées des tombes de l'âge du Bronze et une occupation byzantine (la Zoara de la carte de Madaba).
Mentionnée en Genèse 14:3 et 14:10, c'est la vallée « couverte de puits de bitume » où se livra la bataille des rois et que le texte identifie à la mer Salée. Selon une interprétation ancienne, elle aurait été recouverte par la mer Morte après la destruction, mais aucune ville engloutie n'y a été retrouvée.
Un grand tell de l'âge du Bronze situé au nord de la mer Morte, en Jordanie, fouillé depuis 2005 par l'équipe de Steven Collins, qui l'identifie à Sodome. Une hypothèse de destruction par explosion aérienne, publiée en 2021, a été vivement contestée : l'article a été corrigé en 2022 et 2023, puis rétracté par la revue en 2025.
Bab edh-Dhra', Numeira et Tall el-Hammam sont en Jordanie : leur visite se prépare depuis ce pays, de préférence avec un guide local. En Israël, on peut découvrir le bassin sud de la mer Morte, le mont Sodome (Har Sedom) et ses formations salines.
Sur le flanc est du mont Sodome, un pilier naturel de sel d'environ 20 mètres de haut est traditionnellement surnommé « la femme de Lot ». Il s'agit d'une formation géologique façonnée par l'érosion et la dissolution du sel, visible depuis la route 90.
Avec le plateau de Massada, l'oasis d'Ein Gedi et Qumrân, le site des manuscrits, au bord de la mer Morte, ou avec les sites des Patriarches : Hébron, Béthel et Beer-Sheva. Un itinéraire « Bible & Nature » permet d'explorer toute la région.