
Mont Moriah : l'épreuve d'Abraham, du récit biblique au Mont du Temple
Là où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.

Vers 30 apr. J.-C.
De la fuite de David à l'agonie de Jésus, la colline qui fait face au mont du Temple concentre trois mille ans de mémoire juive et chrétienne.
Crédit : Andrew Shiva / Wikipedia · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Juste à l'est de la Vieille Ville, de l'autre côté de la vallée du Cédron, le mont des Oliviers est la colline d'où l'on embrasse tout Jérusalem et le mont du Temple. C'est là que la Bible fait monter David en pleurs, que le prophète Zacharie annonce la venue du Seigneur et que les Évangiles situent l'entrée des Rameaux, le discours sur la fin des temps, l'agonie de Jésus au jardin de Gethsémani et l'Ascension.
Gethsémani, que la tradition française appelle aussi le jardin des Oliviers, se trouve au pied du mont, à côté de la basilique de l'Agonie, ou église de Toutes-les-Nations. Sur les pentes s'étagent le Dominus Flevit, le Pater Noster, la chapelle de l'Ascension et, face au Temple, le plus ancien cimetière juif encore en usage. Cette fiche distingue ce que disent les textes, ce que retient la tradition et ce qu'apporte l'archéologie, puis propose un parcours de visite du sommet vers le jardin.
La crête, haute d'environ 820 m, domine la ville de quelque 80 m. Elle est nommée pour la première fois lors de la révolte d'Absalom : chassé de Jérusalem par son propre fils, le roi David s'enfuit vers le désert en passant par la colline.
« David monta la colline des oliviers. Il montait en pleurant et la tête couverte, et il marchait nu-pieds ; et tous ceux qui étaient avec lui se couvrirent aussi la tête, et ils montaient en pleurant. »
2 Samuel 15:30
Le livre des Rois reproche à Salomon d'avoir bâti des hauts lieux à des dieux étrangers « sur la montagne qui est en face de Jérusalem » (1 Rois 11:7). Le roi Josias les profane lors de sa réforme ; le texte situe ces sanctuaires près de la « montagne de perdition » (2 Rois 23:13). Sous le nom de mont du Scandale, ou de la Corruption, l'appellation est restée attachée au sommet sud de la crête.
Dans la vision d'Ézéchiel, la gloire de l'Éternel quitte la ville et se place « sur la montagne qui est à l'orient de la ville » (Ézéchiel 11:23). Le prophète Zacharie, lui, annonce un jour où Dieu viendra combattre pour Jérusalem :
« Ses pieds se poseront en ce jour sur la montagne des oliviers, Qui est vis-à-vis de Jérusalem, du côté de l'orient ; La montagne des oliviers se fendra par le milieu, à l'orient et à l'occident, Et il se formera une très grande vallée. »
Zacharie 14:4
Ce verset fonde une tradition juive tenace : la résurrection des morts commencera sur le mont des Oliviers à la venue du Messie. La Mishna, qui l'appelle « mont de l'Onction » (Har HaMishḥa), rapporte aussi qu'on y allumait des feux pour annoncer la nouvelle lune (Rosh Hashana 2:4) et qu'une rampe le reliait au Temple pour le rite de la vache rousse (Para 3:6).
Les Évangiles montrent Jésus passant régulièrement par la colline, sur le chemin de Béthanie, où il loge chez Lazare, Marthe et Marie. Luc précise que pendant la dernière semaine, « il allait passer la nuit à la montagne appelée montagne des oliviers » (Luc 21:37). Pour replacer ces épisodes dans l'ensemble de la dernière semaine, voir la page la Passion à Jérusalem.
Arrivé à Bethphagé, « vers la montagne des oliviers », Jésus envoie chercher un ânon (Matthieu 21:1-7). La foule étend ses vêtements et des branches sur la route, puis l'acclame « vers la descente de la montagne des oliviers » (Luc 19:37). À la vue de la ville, la scène change de ton :
« Comme il approchait de la ville, Jésus, en la voyant, pleura sur elle, et dit : Si toi aussi, au moins en ce jour qui t'est donné, tu connaissais les choses qui appartiennent à ta paix ! »
Luc 19:41-42
Chaque dimanche des Rameaux, une procession part de Bethphagé et descend le mont jusqu'à la Vieille Ville.
« Il s'assit sur la montagne des oliviers. Et les disciples vinrent en particulier lui faire cette question : Dis-nous, quand cela arrivera-t-il, et quel sera le signe de ton avènement et de la fin du monde ? »
Matthieu 24:3
Assis face au Temple dont il annonce la destruction, Jésus prononce le discours dit « eschatologique » (Matthieu 24–25, Marc 13). La tradition le situe dans la grotte du Pater Noster, où l'on commémore aussi l'enseignement du Notre Père.
Le livre des Actes place le départ de Jésus sur le mont : deux hommes en blanc annoncent aux disciples qu'il « viendra de la même manière » (Actes 1:11).
« Alors ils retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance d'un chemin de sabbat. »
Actes 1:12
Luc, dans son Évangile, situe la même scène « jusque vers Béthanie » (Luc 24:50), sur l'autre versant de la colline. Les deux indications sont compatibles, mais aucune ne désigne un point précis.
Le nom vient de l'hébreu et de l'araméen gat shemanim, « pressoir à huile ». Seuls Matthieu et Marc l'emploient, pour « un lieu appelé Gethsémané » (Matthieu 26:36, Marc 14:32) ; Luc parle simplement du mont des Oliviers (Luc 22:39) et Jean d'un « jardin » de l'autre côté du torrent du Cédron (Jean 18:1). L'expression « jardin de Gethsémani », et en français « jardin des Oliviers », réunit ces indications.
Après le dernier repas, Jésus s'éloigne de ses disciples pour prier, les trouve endormis à trois reprises, puis est arrêté sur place par une troupe envoyée par les grands prêtres, guidée par Judas (Matthieu 26:36-56).
« Puis, ayant fait quelques pas en avant, il se jeta sur sa face, et pria ainsi : Mon Père, s'il est possible, que cette coupe s'éloigne de moi ! Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux. »
Matthieu 26:39
Luc ajoute que « sa sueur devint comme des grumeaux de sang » (Luc 22:44), d'où le nom de basilique de l'Agonie donné à l'église qui abrite le rocher de la prière.

Le jardin des Franciscains, propriété de la Custodie de Terre sainte depuis 1681, compte huit oliviers très anciens. En 2012, une équipe du Conseil national de la recherche italien (CNR) a daté au radiocarbone les parties les plus anciennes de trois troncs : 1092, 1166 et 1198. Les autres, creux, n'ont pas pu être datés. L'ADN montre que les huit arbres proviennent du même pied mère, ce qui suggère une replantation, peut-être à l'époque des croisés. Les racines pourraient être plus âgées que les troncs, mais aucun arbre ne peut être daté du Ier siècle : l'historien Flavius Josèphe rapporte d'ailleurs que Titus fit abattre les arbres autour de Jérusalem pendant le siège de 70.
La basilique actuelle repose sur les fondations d'une église byzantine de la fin du IVe siècle, que la pèlerine Égérie décrit vers 383, détruite au VIIIe siècle, puis d'une chapelle croisée abandonnée au XIVe siècle. En 2020, en creusant un tunnel d'accès, l'Autorité des antiquités d'Israël et le Studium Biblicum Franciscanum ont mis au jour un bain rituel juif (mikvé) de l'époque du Second Temple. Isolé de toute habitation, il pourrait être lié à un pressoir, où les ouvriers devaient être rituellement purs : un indice concordant avec le nom de « Gethsémani ».
🔎 Tradition et histoire
Le lieu de la prière est vénéré au moins depuis le IVe siècle. Le texte évangélique ne permet pas de localiser un rocher précis, mais l'emplacement, au pied du mont et en face du Temple, correspond aux indications de Jean et des synoptiques.
Le plus simple est de monter en taxi ou en bus jusqu'au sommet, puis de descendre à pied la route très pentue qui rejoint Gethsémani. Comptez 1 à 2 km de marche, visites comprises.

La petite chapelle de l'Ascension, un édicule octogonal d'époque croisée, remplace l'église ronde fondée vers 390 par Poimenia. Transformée en mosquée après 1187, elle appartient au Waqf islamique ; elle garde une pierre où la tradition voit l'empreinte du pied de Jésus. Tout près, le cloître du Pater Noster, domaine national français tenu par des carmélites, s'élève sur les restes de la basilique de l'Éléona bâtie sous Constantin et détruite en 614. Ses murs affichent le Notre Père en plus d'une centaine de langues. Les clochers visibles de loin sont ceux du couvent russe de l'Ascension et de l'hospice Augusta-Victoria.
Le belvédère situé devant l'hôtel Seven Arches offre la vue la plus célèbre de Jérusalem. En contrebas, les tombes des prophètes, attribuées par la tradition à Aggée, Zacharie et Malachie, sont en réalité une catacombe à niches (kokhim) du Ier siècle av. J.-C., réutilisée à l'époque byzantine.

À mi-pente, la chapelle franciscaine Dominus Flevit (« le Seigneur pleura »), en forme de larme, commémore Luc 19:41. Elle a été bâtie en 1955 par l'architecte Antonio Barluzzi. Les fouilles du père Bellarmino Bagatti (1953-1955) y ont révélé une nécropole de l'époque du Second Temple, riche en ossuaires, et les mosaïques d'un monastère byzantin. La fenêtre de l'abside cadre le Dôme du Rocher.
Ses sept bulbes dorés sont reconnaissables de loin. Construite en 1888 par le tsar Alexandre III en mémoire de sa mère, cette église orthodoxe russe abrite la tombe de la grande-duchesse Élisabeth et celle de la princesse Alice de Battenberg. Elle n'ouvre que quelques heures par semaine.

Achevée en 1924 par Barluzzi, l'église de Toutes-les-Nations doit son nom aux douze pays qui l'ont financée et dont les armoiries ornent les coupoles. Sa façade porte une grande mosaïque ; à l'intérieur, la lumière filtrée par des vitres d'albâtre violet et un plafond bleu nuit évoquent la nuit de l'agonie. Le rocher de la prière affleure devant l'autel. Le jardin aux oliviers millénaires jouxte l'église.
De l'autre côté de la route, un escalier de 47 marches descend au tombeau de la Vierge, sous une façade du XIIe siècle, tenu par les Églises grecque orthodoxe et arménienne. À côté, la grotte de Gethsémani (franciscaine) est associée par la tradition au repos des disciples et à l'arrestation. Il ne reste alors qu'à franchir le Cédron pour entrer dans la Vieille Ville par la porte des Lions.
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Tout le versant ouest est couvert de pierres tombales blanches : le cimetière juif du mont des Oliviers est le plus ancien et le plus grand cimetière juif encore utilisé. Des tombes y sont attestées depuis l'époque des rois de Juda, et l'on estime qu'il compte entre 70 000 et 150 000 sépultures. Beaucoup ont voulu y reposer, face au mont du Temple, pour être parmi les premiers à ressusciter selon la tradition tirée de Zacharie 14:4. On y trouve notamment les tombes d'Eliezer Ben-Yehuda, rénovateur de l'hébreu, de l'écrivain Shmuel Yosef Agnon et du Premier ministre Menahem Begin.

Entre 1948 et 1967, le cimetière a subi de lourdes dégradations : des dizaines de milliers de pierres tombales ont été brisées ou réemployées et une route a été tracée à travers les tombes. Il a fait l'objet de restaurations depuis, mais des actes de vandalisme ont encore été signalés au cours des années 2010. Au pied du versant, dans la vallée du Cédron, se dressent les monuments funéraires dits d'Absalom et de Zacharie, de l'époque du Second Temple. Après la descente, la visite se prolonge naturellement dans la Vieille Ville jusqu'au Saint-Sépulcre, où la tradition situe la crucifixion et le tombeau de Jésus.
Le mont des Oliviers et le jardin de Gethsémani à Jérusalem
Mont des Oliviers, Jérusalem-Est : jardin de Gethsémani et basilique de l'Agonie au pied du mont, sur la route de Jéricho face à la porte des Lions ; belvédère au sommet, dans le quartier d'et-Tur
Coordonnées GPS : 31.7792, 35.2396
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Là où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.

Le rocher du Calvaire et le tombeau vénéré depuis le IVe siècle, sous un même toit partagé par six communautés chrétiennes : récit des Évangiles, histoire, archéologie et visite.

La ville de Ruth et de David, où les Évangiles font naître Jésus : une grotte vénérée depuis le IIe siècle, sous l'une des plus anciennes églises du monde encore en usage.
Gethsémani vient de l'hébreu et de l'araméen <em>gat shemanim</em>, « pressoir à huile ». Le nom rappelle que le lieu, au pied du mont des Oliviers, servait à presser les olives. La Bible de Louis Segond l'écrit « Gethsémané ».
Oui. « Jardin des Oliviers » est l'expression française traditionnelle pour le jardin de Gethsémani. Elle combine les Évangiles de Matthieu et Marc (« un lieu appelé Gethsémané »), de Luc (« la montagne des oliviers ») et de Jean (« un jardin » au-delà du Cédron).
David y monte en pleurant lorsqu'il fuit Absalom (2 Samuel 15:30) et Zacharie y annonce la venue du Seigneur (Zacharie 14:4). Dans le Nouveau Testament, c'est le lieu de l'entrée des Rameaux, du discours sur la fin des temps (Matthieu 24), de l'agonie à Gethsémani (Matthieu 26:36-46 ; Luc 22:39-46) et de l'Ascension (Actes 1:12).
À Jérusalem, juste à l'est de la Vieille Ville, dont il est séparé par la vallée du Cédron. Le jardin de Gethsémani est au pied du versant, face à la porte des Lions ; le sommet, à environ 820 m d'altitude, se trouve dans le quartier d'et-Tur.
Non, pas les troncs visibles. Une étude du CNR italien (2012) a daté les parties les plus anciennes de trois arbres de 1092, 1166 et 1198. Les huit arbres sont génétiquement issus du même pied, ce qui évoque une replantation médiévale. Ils comptent néanmoins parmi les plus vieux oliviers datés au monde.
Le cimetière juif y est en usage depuis près de trois mille ans. Selon une tradition tirée de Zacharie 14:4, la résurrection des morts commencera sur le mont des Oliviers à la venue du Messie : on a donc voulu y être enterré, face au mont du Temple. On estime qu'il compte entre 70 000 et 150 000 tombes.
Zacharie 14:4 annonce que les pieds du Seigneur « se poseront en ce jour sur la montagne des oliviers » et que le mont se fendra en deux. Les Actes des Apôtres rapportent qu'après l'Ascension, deux hommes en blanc annoncent que Jésus « viendra de la même manière » (Actes 1:11). Juifs et chrétiens lisent ces textes à la lumière de leurs traditions respectives.
Les principales sont l'église de Toutes-les-Nations (basilique de l'Agonie) et le jardin de Gethsémani, le Dominus Flevit, le Pater Noster, la chapelle de l'Ascension, l'église russe Sainte-Marie-Madeleine et le tombeau de la Vierge. On peut toutes les enchaîner en descendant à pied depuis le sommet.