
Le mont des Oliviers et le jardin de Gethsémani à Jérusalem
De la fuite de David à l'agonie de Jésus, la colline qui fait face au mont du Temple concentre trois mille ans de mémoire juive et chrétienne.

Vers 30 apr. J.-C.
Le rocher du Calvaire et le tombeau vénéré depuis le IVe siècle, sous un même toit partagé par six communautés chrétiennes : récit des Évangiles, histoire, archéologie et visite.
Crédit : Diego Delso · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Au cœur du quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem, le Saint-Sépulcre rassemble sous un même toit les deux lieux que la tradition chrétienne associe à la mort et à la résurrection de Jésus : le rocher du Golgotha (le Calvaire), où il aurait été crucifié, et le tombeau de Jésus, abrité par un petit édifice appelé l'édicule. Les Églises orthodoxes le nomment « église de la Résurrection » (Anastasis). Pour les pèlerins, c'est aussi le terme de la via Dolorosa, dont les cinq dernières stations se trouvent à l'intérieur.
L'église du Saint-Sépulcre est vénérée depuis le IVe siècle, lorsque l'empereur Constantin fit dégager le site. Aucune preuve archéologique ne permet d'affirmer qu'il s'agit du tombeau exact, mais plusieurs indices rendent la localisation plausible : un ancien lieu de carrière et de tombes juives, situé hors des murs de la ville au temps de Jésus. La restauration de l'édicule en 2016-2017 et les fouilles menées sous le pavement de 2022 à 2025 ont récemment renouvelé ce que l'on sait du lieu.
Les quatre Évangiles situent la crucifixion en un lieu précis, à proximité de Jérusalem, et l'ensevelissement dans un tombeau voisin. Ce récit, qui clôt la semaine décrite dans la période de la Passion à Jérusalem, est à la source de toute la tradition du lieu.
Matthieu (27:33), Marc (15:22) et Jean donnent le nom araméen du lieu, Golgotha, qu'ils traduisent par « lieu du crâne » ; Luc (23:33) emploie seulement le mot « Crâne », rendu en latin par Calvaria, d'où « Calvaire ».
« Jésus, portant sa croix, arriva au lieu du crâne, qui se nomme en hébreu Golgotha. C'est là qu'il fut crucifié, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu. »
Jean 19:17-18
Les textes précisent que le lieu était « près de la ville » (Jean 19:20) et l'Épître aux Hébreux rappelle que Jésus « a souffert hors de la porte » (Hébreux 13:12). L'origine du nom reste discutée : forme du rocher, lieu d'exécution ou simple toponyme. Une tradition ancienne, reprise par plusieurs Pères de l'Église, y plaçait aussi le crâne d'Adam, d'où la chapelle d'Adam sous le Calvaire.
Joseph d'Arimathie, membre du conseil, obtient de Pilate le corps de Jésus ; avec Nicodème, il l'enveloppe de linges et d'aromates (Jean 19:38-40). Marc précise qu'il le dépose « dans un sépulcre taillé dans le roc » et roule une pierre à l'entrée (Marc 15:46). Jean ajoute un détail topographique :
« Or, il y avait un jardin dans le lieu où Jésus avait été crucifié, et dans le jardin un sépulcre neuf, où personne encore n'avait été mis. Ce fut là qu'ils déposèrent Jésus, à cause de la préparation des Juifs, parce que le sépulcre était proche. »
Jean 19:41-42
Le premier jour de la semaine, les femmes venues au tombeau trouvent « que la pierre avait été roulée de devant le sépulcre » (Luc 24:2). Jean décrit Pierre entrant dans le tombeau et voyant les bandes à terre (Jean 20:6-7). C'est ce tombeau vide, annoncé par les mots « Il n'est point ici ; il est ressuscité » (Matthieu 28:6), que l'église commémore.
Selon l'historien Eusèbe de Césarée, contemporain des faits, l'emplacement était recouvert au IVe siècle par un temple païen élevé après la refondation de Jérusalem en colonie romaine (Aelia Capitolina) sous Hadrien, vers 135. Vers 326, Constantin fait démolir ce temple et dégager le rocher : on y découvre une tombe taillée dans la roche, que la communauté chrétienne locale identifie au tombeau de Jésus. L'impératrice Hélène, mère de Constantin, séjourne alors en Terre sainte ; la tradition de la découverte de la Croix par Hélène n'est attestée qu'à la fin du IVe siècle.
Le complexe constantinien, dédié en 335, comprend une grande basilique (le Martyrium), une cour où se dresse le rocher du Golgotha et une rotonde (l'Anastasis) autour du tombeau, isolé du reste de la roche. La carte-mosaïque de Madaba, au VIe siècle, le représente encore au centre de la ville.
L'archéologie ne peut pas prouver qu'un homme précis a été enseveli dans une tombe précise. Elle peut en revanche vérifier si le lieu correspond au cadre décrit par les Évangiles, et dater la vénération.
Les Évangiles placent le Golgotha hors de la ville, alors que l'église est aujourd'hui au centre de la Vieille Ville. Les sondages de Kathleen Kenyon dans le Muristan (années 1960), puis ceux menés sous l'église luthérienne du Rédempteur voisine, ont montré que la zone était une ancienne carrière, en dehors de l'enceinte de l'époque de Jésus. Elle n'a été englobée dans la ville qu'avec la « troisième muraille » d'Agrippa Ier, vers 41-44. Le tracé exact de la « deuxième muraille » décrite par Flavius Josèphe reste toutefois débattu.
À l'ouest de la rotonde, dans la chapelle syriaque orthodoxe, on peut voir une tombe creusée dans le roc avec des niches funéraires étroites et profondes, les kokhim, un type caractéristique des tombes juives de l'époque du Second Temple. La tradition l'attribue à Joseph d'Arimathie. Quel que soit son occupant, elle prouve que le lieu servait de cimetière au Ier siècle, ce qui suppose qu'il se trouvait hors de la ville, la loi juive interdisant d'inhumer à l'intérieur des murs.
Menacé d'effondrement, l'édicule a été restauré par une équipe de l'Université technique nationale d'Athènes sous la direction scientifique d'Antonia Moropoulou, à la demande conjointe des trois principales communautés. Fin octobre 2016, la plaque de marbre qui couvre la banquette funéraire a été soulevée pour la première fois depuis des siècles : sous une seconde plaque ornée d'une croix, l'équipe a constaté que le lit de roche calcaire d'origine était toujours en place. Des échantillons de mortier pris entre la roche et le marbre ont été datés par luminescence stimulée optiquement (OSL) des environs de 345, ce qui correspond à l'époque constantinienne et concorde avec le récit d'Eusèbe. L'édicule restauré a été inauguré le 22 mars 2017.
La restauration du sol a permis la fouille la plus étendue menée dans l'église depuis longtemps, dirigée par Francesca Romana Stasolla (Université Sapienza de Rome). Ses résultats préliminaires décrivent une carrière de calcaire exploitée dès l'âge du Fer, puis des terrains cultivés séparés par des murets, où l'analyse des pollens et des restes végétaux a identifié des oliviers et de la vigne, ainsi que plusieurs tombes taillées dans le roc. Beaucoup de médias y ont vu un écho au « jardin » de Jean 19:41 ; les chercheurs restent prudents sur la datation fine de ces cultures. Les fouilles ont aussi mis au jour la fondation circulaire en marbre de l'aménagement constantinien autour du tombeau. La phase de fouille est terminée ; les résultats, présentés en septembre 2026, sont en cours de publication (série « Hagia Polis Project »).
Au XIXe siècle, certains voyageurs protestants, doutant qu'un lieu situé à l'intérieur des murailles ottomanes puisse être authentique, ont proposé un autre emplacement au nord de la porte de Damas. Popularisé par le général britannique Charles Gordon en 1883, le Jardin de la Tombe (Garden Tomb) offre un cadre paisible, apprécié des pèlerins. L'archéologue Gabriel Barkay a toutefois montré que la tombe appartient à une nécropole de l'âge du Fer (VIIIe-VIIe siècle av. J.-C.), réutilisée à l'époque byzantine : elle n'était donc pas un « sépulcre neuf » au Ier siècle. L'association qui gère le jardin n'affirme d'ailleurs pas qu'il s'agit du tombeau exact.
🔎 Texte, tradition, archéologie
Le texte des Évangiles décrit un lieu d'exécution proche de la ville et un tombeau neuf dans un jardin. La tradition identifie ce lieu au Saint-Sépulcre depuis au moins le IVe siècle, probablement à partir de la mémoire de la communauté de Jérusalem. L'archéologie confirme un environnement compatible (carrière, cultures, tombes juives hors des murs), sans pouvoir désigner la tombe elle-même.

On entre par un parvis dallé, face à la façade romane des croisés et à sa porte unique (l'autre baie a été murée après 1187). Levez les yeux : sur la corniche, sous la fenêtre de droite, une petite échelle de bois est appuyée contre le mur. Visible sur des gravures du XVIIIe siècle, elle se trouve sur une partie de l'édifice dont la propriété relève du statu quo : aucune communauté ne pouvant la déplacer sans l'accord des autres, elle est restée en place et symbolise l'équilibre fragile qui régit l'église.

Juste après l'entrée, une dalle de pierre rougeâtre, entourée de lampes, commémore la préparation du corps de Jésus par Joseph d'Arimathie et Nicodème (Jean 19:38-40). La dalle actuelle date de 1810. Beaucoup de pèlerins s'y agenouillent et y posent des objets de piété.

À droite de l'entrée, un escalier raide monte au Calvaire, environ cinq mètres au-dessus du sol de l'église. Deux chapelles se partagent l'espace : la chapelle latine de la Crucifixion (XIe station) et la chapelle grecque orthodoxe (XIIe station), dont l'autel est bâti sur le rocher ; sous l'autel, un disque d'argent marque l'emplacement traditionnel de la croix et des vitres laissent voir la roche. Entre les deux, l'autel du Stabat Mater correspond à la XIIIe station. Au rez-de-chaussée, la chapelle d'Adam montre une fissure dans le même rocher.

Sous la grande coupole de l'Anastasis s'élève l'édicule, dernière station (XIVe) du chemin de croix. On y entre courbé, par petits groupes : d'abord la chapelle de l'Ange, qui conserve un fragment de la pierre dite roulée devant le tombeau, puis la minuscule chambre funéraire, où une plaque de marbre couvre la banquette taillée dans le roc. L'attente peut être longue ; le temps à l'intérieur est limité par les gardiens.
La via Dolorosa, qui part du quartier musulman près de la porte des Lions, aboutit au Saint-Sépulcre. Son tracé s'est fixé entre le Moyen Âge et le XVIIIe siècle. À quelques minutes à pied se trouve le mont du Temple ; de l'autre côté de la vallée du Cédron, le mont des Oliviers et Gethsémani ouvrent le récit de la Passion.
L'église est partagée entre trois communautés principales, le Patriarcat grec orthodoxe, l'Église catholique latine (représentée par la Custodie franciscaine de Terre sainte) et le Patriarcat arménien apostolique, et trois communautés présentes dans des espaces plus restreints : coptes, éthiopiens et syriaques orthodoxes. Les droits de chacune (autels, horaires des offices, lampes, nettoyage) sont fixés par le statu quo, un ensemble de règles consacré par des décrets ottomans de 1757 et 1852, puis reconnu par les traités internationaux. Toute modification demande l'accord de toutes les parties, ce qui explique la lenteur des travaux, mais aussi la réussite des chantiers communs de 2016-2017 et de 2022-2026.
Depuis des siècles, la clé de la porte est conservée par une famille musulmane de Jérusalem, les Joudeh, et la porte est ouverte et fermée chaque jour par un membre d'une autre famille, les Nusseibeh. Selon les traditions de ces familles, cet usage remonte à Saladin (1187), voire au calife Omar (638) pour les Nusseibeh. Il est souvent présenté comme une garantie de neutralité entre les communautés chrétiennes.
Le Samedi saint orthodoxe, la cérémonie du feu sacré réunit une foule considérable : le patriarche grec orthodoxe entre dans l'édicule et en ressort avec des cierges allumés, dont la flamme est transmise de main en main, puis acheminée par avion vers plusieurs pays orthodoxes. Pour les fidèles orthodoxes, cette lumière est reçue comme un signe de la Résurrection ; des récits de pèlerins la décrivent dès le IXe siècle.
Le Saint-Sépulcre à Jérusalem : Golgotha, tombeau et visite
Quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem ; entrée par le parvis, accessible depuis la rue du Patriarcat chrétien (Christian Quarter Road) ou le souk al-Dabbagha, à environ 500 m de la porte de Jaffa
Coordonnées GPS : 31.7784, 35.2297
Lancer la navigation avec :

De la fuite de David à l'agonie de Jésus, la colline qui fait face au mont du Temple concentre trois mille ans de mémoire juive et chrétienne.

Là où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.

La ville de Ruth et de David, où les Évangiles font naître Jésus : une grotte vénérée depuis le IIe siècle, sous l'une des plus anciennes églises du monde encore en usage.
Selon la tradition suivie par les Églises catholique et orthodoxes, le Golgotha se trouve à l'intérieur de l'église du Saint-Sépulcre, dans le quartier chrétien de la Vieille Ville de Jérusalem. Le rocher du Calvaire s'élève à droite de l'entrée ; on y monte par un escalier raide. Au temps de Jésus, ce lieu était situé hors des murs de la ville.
Golgotha vient de l'araméen <em>gulgaltā</em>, « crâne ». Les Évangiles le traduisent par « lieu du crâne » (Matthieu 27:33 ; Marc 15:22 ; Jean 19:17). Le mot « Calvaire » vient du latin <em>calvaria</em>, qui a le même sens. L'origine du nom, forme du rocher ou autre, reste incertaine.
Aucune preuve ne permet de l'affirmer, mais c'est la localisation la plus ancienne et la mieux argumentée : le lieu est vénéré depuis au moins 326, il se trouvait hors des murs au Iᵉʳ siècle et comportait des tombes juives de cette époque. Le mortier de l'édicule a été daté des environs de 345, ce qui confirme l'aménagement constantinien.
L'échelle inamovible, appuyée sous une fenêtre de la façade, est visible sur des gravures du XVIIIᵉ siècle. Elle se trouve sur un espace régi par le statu quo : aucune communauté ne peut la déplacer sans l'accord des autres. Elle est devenue le symbole de ces règles de partage.
L'entrée est libre, mais les horaires changent selon la saison, les offices et les fêtes : vérifiez-les auprès du Christian Information Centre de la Custodie (cicts.org) avant de venir. Tôt le matin ou en fin de journée, l'attente devant l'édicule est plus courte. En Semaine sainte, l'accès peut être restreint.
Le Jardin de la Tombe (Garden Tomb), au nord de la porte de Damas, a été proposé au XIXᵉ siècle, notamment par le général Gordon en 1883. C'est un lieu de prière apprécié, mais l'archéologue Gabriel Barkay a daté la tombe de l'âge du Fer (VIIIᵉ-VIIᵉ siècle av. J.-C.) : ce n'était donc pas un tombeau neuf au temps de Jésus.
C'est une cérémonie orthodoxe du Samedi saint : le patriarche grec orthodoxe entre dans l'édicule et en ressort avec des cierges allumés, dont la flamme est partagée par la foule puis envoyée dans plusieurs pays orthodoxes. Les fidèles y voient un signe de la Résurrection ; la cérémonie est décrite par des pèlerins dès le IXᵉ siècle.
L'église est partagée selon le statu quo entre le Patriarcat grec orthodoxe, la Custodie franciscaine (catholiques latins) et le Patriarcat arménien, avec des espaces pour les coptes, les éthiopiens et les syriaques orthodoxes. La clé est gardée par une famille musulmane, les Joudeh, et la porte ouverte par les Nusseibeh.