
Nazareth, la ville de Jésus : Annonciation, fouilles et visite
Le village de Galilée où les Évangiles situent l'Annonciation et l'enfance de Jésus, devenu la plus grande ville arabe d'Israël : sanctuaires, fouilles et conseils de visite.

Vers 7 av. J.-C. – vers 27 apr. J.-C.
La ville de Ruth et de David, où les Évangiles font naître Jésus : une grotte vénérée depuis le IIe siècle, sous l'une des plus anciennes églises du monde encore en usage.
Crédit : Bukvoed · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons
À une dizaine de kilomètres au sud de Jérusalem, sur une crête des monts de Judée, Bethléem (en anglais Bethlehem, en hébreu Beit Lehem, « la maison du pain ») est l'une des villes les plus citées de la Bible. C'est la patrie de Ruth et de David, le lieu où la Genèse place la mort de Rachel, et surtout la ville où les Évangiles de Matthieu et de Luc font naître Jésus. Au cœur de la vieille ville, la basilique de la Nativité recouvre la grotte de la Nativité, vénérée comme lieu de naissance du Christ depuis au moins le IIe siècle.
Bâtie par Constantin puis reconstruite par Justinien, l'église de la Nativité est l'une des plus anciennes églises chrétiennes encore en usage. Inscrite au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2012, elle a retrouvé ses mosaïques croisées lors d'une grande restauration (2013-2019). Cette fiche démêle ce que dit le texte biblique, ce qu'apportent l'histoire et l'archéologie, et comment organiser la visite, de la grotte au champ des Bergers.
Bethléem apparaît dès la Genèse sous son autre nom, Éphrata. Rachel, l'épouse bien-aimée de Jacob, y meurt en donnant naissance à Benjamin : elle est « enterrée sur le chemin d'Éphrata, qui est Bethléhem » (Genèse 35:19). Le lieu que la tradition associe à sa tombe est présenté plus bas.
Le livre de Ruth se déroule presque entièrement à Bethléem. Naomi y revient de Moab avec sa belle-fille Ruth « au commencement de la moisson des orges » (Ruth 1:22) ; Ruth glane dans le champ de Booz, qui finit par l'épouser. Leur fils Obed est « le père d'Isaï père de David » (Ruth 4:17). Bethléem devient ainsi la ville de la dynastie davidique : c'est là que le prophète Samuel oint le jeune berger David, le plus jeune des fils d'Isaï (1 Samuel 16:1-13).
Au VIIIe siècle av. J.-C., le prophète Michée annonce qu'un chef pour Israël sortira de cette petite ville de Juda. Ce verset sera cité par l'Évangile de Matthieu (Matthieu 2:5-6).
« Et toi, Bethléhem Éphrata, petite entre les milliers de Juda, de toi sortira pour moi celui qui dominera sur Israël, et dont l'origine remonte aux temps anciens, aux jours de l'éternité. »
Michée 5:1
Les deux Évangiles de l'enfance situent la naissance de Jésus à Bethléem, par des récits différents. Chez Luc, Joseph et Marie, qui vivent à Nazareth, montent à Bethléem pour un recensement, parce que Joseph est « de la maison et de la famille de David » (Luc 2:4).
« Pendant qu'ils étaient là, le temps où Marie devait accoucher arriva, et elle enfanta son fils premier-né. Elle l'emmaillota, et le coucha dans une crèche, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans l'hôtellerie. »
Luc 2:6-7
Des bergers qui gardent leurs troupeaux dans les champs voisins reçoivent l'annonce d'un ange : « aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur » (Luc 2:11). Matthieu, lui, raconte la venue des mages guidés par une étoile, puis le massacre des enfants de Bethléem ordonné par Hérode (Matthieu 2:1-16) et la fuite en Égypte. Pour replacer ces récits dans leur contexte, voir la période de la naissance et l'enfance de Jésus.
Une lettre d'Amarna (XIVe siècle av. J.-C.) écrite par Abdi-Heba, roi de Jérusalem, mentionne peut-être une ville « Bit-Lahmi », mais la lecture est discutée. La preuve la plus solide vient de Jérusalem : en 2012, l'Autorité des antiquités d'Israël a publié une petite bulle d'argile trouvée dans la Cité de David, datée des VIIIe-VIIe siècles av. J.-C., qui porte le nom de Bethléem.
Au temps de Jésus, Bethléem est un petit bourg agricole, dont la population est estimée à quelques centaines d'habitants. Il se trouve à quelques kilomètres de l'Hérodion, le palais-forteresse d'Hérode, et de l'aqueduc qui conduisait l'eau des vasques dites de Salomon vers Jérusalem. Comme dans beaucoup de villages des collines calcaires, des maisons étaient adossées à des grottes servant d'étable ou de réserve : le mot grec de Luc traduit par « hôtellerie » (kataluma) peut aussi désigner une salle d'hôtes, ce qui s'accorde avec la tradition d'une naissance dans une grotte attenante.
Vers 150-160, Justin de Naplouse, originaire de la région, écrit que Jésus est né dans une grotte près du village (Dialogue avec Tryphon, 78). Au IIIe siècle, Origène rapporte qu'on montre à Bethléem la grotte et la crèche (Contre Celse, I, 51). Saint Jérôme, installé à Bethléem à la fin du IVe siècle, affirme que le lieu avait été couvert d'un bois sacré d'Adonis sous l'empereur Hadrien : si c'est exact, cela suggérerait un culte chrétien antérieur que l'on aurait voulu effacer.
Les sondages de William Harvey et de l'administration britannique en 1932-1934 ont retrouvé sous le sol actuel les mosaïques de la première église et les fondations d'un octogone construit au-dessus de la grotte. Dans les années 1940 à 1960, le franciscain Bellarmino Bagatti a étudié les grottes voisines, utilisées dès la période romaine et byzantine.
🔎 La grotte est-elle le vrai lieu de naissance ?
Aucune preuve archéologique ne peut établir qu'une naissance précise a eu lieu dans cette grotte. Ce qui est établi, c'est l'ancienneté de la tradition : elle est attestée par écrit un peu plus d'un siècle après les faits, par un auteur de la région, et elle a été assez forte pour qu'un empereur y bâtisse une basilique. Certains historiens estiment que la naissance à Bethléem est surtout une affirmation théologique liée à David et à Michée ; d'autres la tiennent pour plausible. La date soulève aussi une difficulté : Matthieu place la naissance sous Hérode (mort en 4 av. J.-C.), alors que le recensement de Quirinius cité par Luc est daté de 6 apr. J.-C. par l'historien Flavius Josèphe.

L'église de la Nativité est commandée par l'empereur Constantin, sous l'impulsion de sa mère Hélène, et achevée dans les années 330. L'édifice actuel, une basilique à cinq nefs terminée par trois absides en forme de trèfle, est pour l'essentiel celui de l'empereur Justinien, reconstruit au VIe siècle après des destructions attribuées à la révolte samaritaine de 529.
La basilique est administrée selon le statu quo ottoman par le patriarcat grec-orthodoxe de Jérusalem (qui a la garde de la nef et du chœur), la Custodie franciscaine de Terre Sainte (église Sainte-Catherine, attenante) et le patriarcat arménien. Les trois communautés célèbrent Noël à des dates différentes : le 25 décembre pour les catholiques, le 7 janvier pour les orthodoxes et le 19 janvier pour les Arméniens de Terre Sainte.
Lancée par l'Autorité palestinienne après des infiltrations d'eau qui menaçaient la charpente, la restauration a été menée notamment par l'entreprise italienne Piacenti. Elle a remplacé la couverture de plomb et une partie des poutres, recréé les fenêtres et nettoyé les mosaïques du XIIe siècle, qui représentent les ancêtres du Christ, les conciles de l'Église et une procession d'anges. En 2016, un septième ange, caché sous l'enduit, a été repéré par thermographie. C'est ce succès qui a permis à l'UNESCO de retirer le site, « Lieu de naissance de Jésus : l'église de la Nativité et la route de pèlerinage, Bethléem », de la liste du patrimoine en péril en 2019.

On entre dans la basilique par la porte de l'Humilité, puis on traverse la nef, où des trappes en bois laissent voir les mosaïques constantiniennes du sol. Deux escaliers, de part et d'autre du chœur, descendent dans la grotte de la Nativité, une cavité d'environ 12 m de long éclairée par des lampes. Sous un autel, une étoile d'argent à quatorze branches porte l'inscription latine Hic de Virgine Maria Jesus Christus natus est (« Ici, de la Vierge Marie, Jésus-Christ est né »). Quelques marches plus bas, la chapelle de la Crèche, confiée aux catholiques, commémore la mangeoire. L'attente peut être longue en haute saison.
Accolée à la basilique, l'église franciscaine Sainte-Catherine accueille la messe de minuit retransmise dans le monde entier. De son cloître, on descend dans des grottes reliées à celle de la Nativité : la tradition y place la cellule de saint Jérôme, qui traduisit la Bible en latin à Bethléem, ainsi qu'une chapelle des Saints-Innocents. À quelques minutes à pied, la grotte du Lait, taillée dans une roche blanche, est liée à une tradition de la fuite en Égypte.

À environ 2 km à l'est, la localité de Beit Sahour conserve la mémoire des bergers de Luc 2. Deux sites se partagent la tradition. Le site franciscain de Khirbet Siyar al-Ghanam (« les ruines de la bergerie ») a été fouillé par Virgilio Corbo, qui y a trouvé des grottes habitées à l'époque romaine et un monastère byzantin détruit en 614 ; une chapelle en forme de tente, due à l'architecte Antonio Barluzzi, y a été construite en 1953-1954. Le site grec-orthodoxe de Deir er-Ruwat conserve une église-grotte et les vestiges de plusieurs églises des Ve-VIIe siècles. Aucun des deux ne peut être identifié au champ exact du récit : ce sont des lieux de mémoire.
Pour poursuivre sur les pas de Jésus, la fiche Nazareth présente la ville de son enfance, et celle du Saint-Sépulcre le lieu de sa mort et de sa résurrection selon la tradition.

Selon la Genèse, Rachel meurt en couches sur la route qui mène à Bethléem, et Jacob dresse une stèle sur sa tombe.
« Rachel mourut, et elle fut enterrée sur le chemin d'Éphrata, qui est Bethléhem. Jacob éleva un monument sur son sépulcre ; c'est le monument du sépulcre de Rachel, qui existe encore aujourd'hui. »
Genèse 35:19-20
D'autres passages semblent situer cette tombe plus au nord, à la frontière de Benjamin (1 Samuel 10:2 ; Jérémie 31:15, où « Rachel pleure ses enfants » à Rama), et les spécialistes débattent de son emplacement d'origine. La tradition qui la place à l'entrée nord de Bethléem est ancienne : elle est attestée par les pèlerins dès l'époque byzantine. Le petit édifice à coupole actuel date de l'époque ottomane ; en 1841, Moses Montefiore y ajoute une antichambre. Rachel est la seule des matriarches à ne pas reposer au caveau des Patriarches d'Hébron.
Lieu de pèlerinage juif très fréquenté, également vénéré par des chrétiens et des musulmans (qui y associent une mosquée Bilal ibn Rabah), le tombeau se trouve aujourd'hui à moins de 2 km au nord de la basilique, mais il est entouré par la barrière de séparation israélienne et n'est accessible que depuis Jérusalem, sous contrôle israélien. On ne peut pas le rejoindre à pied depuis le centre de Bethléem.
Bethléem, la ville de la Nativité : Bible, fouilles et visite
Place de la Mangeoire (Manger Square), vieille ville de Bethléem, ≈ 10 km au sud de Jérusalem
Coordonnées GPS : 31.7043, 35.2076
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Le village de Galilée où les Évangiles situent l'Annonciation et l'enfance de Jésus, devenu la plus grande ville arabe d'Israël : sanctuaires, fouilles et conseils de visite.

Site sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.

De la fuite de David à l'agonie de Jésus, la colline qui fait face au mont du Temple concentre trois mille ans de mémoire juive et chrétienne.

Le rocher du Calvaire et le tombeau vénéré depuis le IVe siècle, sous un même toit partagé par six communautés chrétiennes : récit des Évangiles, histoire, archéologie et visite.
Bethléem se trouve dans les monts de Judée, à environ 10 km au sud de Jérusalem et à 775 m d'altitude. La vieille ville et la basilique de la Nativité sont sur une crête, avec Beit Jala à l'ouest et Beit Sahour (champ des Bergers) à l'est.
Bethléem est en Cisjordanie, un territoire dont le statut est au cœur du conflit israélo-palestinien. Depuis 1995, la ville est administrée par l'Autorité palestinienne (zone A des accords d'Oslo), et l'UNESCO a inscrit la basilique au nom de l'État de Palestine. Ce n'est donc pas une ville israélienne, même si on y accède le plus souvent depuis Jérusalem.
En hébreu, Beit Lehem signifie « maison du pain » ; en arabe, Bayt Lahm se comprend comme « maison de la viande ». Certains chercheurs rattachent le nom à une divinité ancienne, Lahmu. La Bible l'appelle aussi Éphrata (Genèse 35:19 ; Michée 5:1).
Aucune preuve archéologique ne permet de l'affirmer, mais la tradition est très ancienne : Justin la mentionne vers 150-160, Origène au IIIe siècle, et Constantin y fait bâtir une basilique dans les années 330. C'est l'un des lieux saints chrétiens dont la tradition remonte le plus haut.
C'était un petit bourg agricole de Judée, estimé à quelques centaines d'habitants, entouré de champs et de pâturages. Des maisons étaient adossées à des grottes servant d'étable ou de réserve. Le palais-forteresse d'Hérode, l'Hérodion, se trouvait à quelques kilomètres.
Bethléem est à une vingtaine de minutes de route de Jérusalem. On peut y aller en bus palestinien depuis les environs de la porte de Damas, en taxi ou avec un guide ; les piétons franchissent en général le « checkpoint 300 ». Les conditions de passage changent selon la situation : vérifiez-les juste avant de partir. Les citoyens israéliens ne peuvent en principe pas entrer en zone A.
Le tombeau de Rachel se trouve à l'entrée nord de Bethléem, à moins de 2 km de la basilique. Entouré par la barrière de séparation, il est sous contrôle israélien et n'est accessible que depuis Jérusalem. La Bible le situe « sur le chemin d'Éphrata, qui est Bethléhem » (Genèse 35:19), mais d'autres textes suggèrent un emplacement plus au nord.
La « porte de l'Humilité », haute d'environ 1,20 m, résulte de réductions successives de l'entrée monumentale, surtout à l'époque ottomane, sans doute pour empêcher d'entrer à cheval ou en charrette. On distingue encore dans la façade le contour des portes plus anciennes.