
Serabit el-Khadim : le temple d'Hathor et les origines de l'alphabet
Sur un plateau du sud-ouest du Sinaï, un sanctuaire de mineurs égyptiens où des travailleurs sémites ont laissé quelques-unes des plus anciennes inscriptions alphabétiques connues.

1500-1200 av. J.-C.
Au cœur des montagnes du Sud-Sinaï, une tradition chrétienne de seize siècles situe ici le buisson ardent et le don de la Loi. L'identification du Sinaï biblique reste pourtant débattue.
Crédit : Ondřej Havelka · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons
Le mont Sinaï est la montagne où, selon l'Exode, Dieu se révèle à Moïse dans le buisson ardent, puis donne au peuple les Dix Commandements. Depuis au moins le IVe siècle, la tradition chrétienne l'identifie au Djebel Moussa (« mont de Moïse », 2 285 m), dans le sud de la péninsule du Sinaï, en Égypte. À ses pieds, le monastère Sainte-Catherine, fortifié au VIe siècle sous Justinien, est l'un des plus anciens monastères chrétiens encore habités.
Cette fiche distingue le récit biblique, la tradition monastique, ce que l'archéologie permet de dire — l'identification du Sinaï biblique n'est pas démontrée — et les conditions de visite, qui ont beaucoup évolué depuis 2025. L'ensemble est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom de « Zone Sainte-Catherine ».
« Ainsi l'Éternel descendit sur la montagne de Sinaï, sur le sommet de la montagne ; l'Éternel appela Moïse sur le sommet de la montagne. Et Moïse monta. »
Exode 19:20
Alors qu'il garde les troupeaux de son beau-père Jéthro, Moïse arrive à « la montagne de Dieu, à Horeb ». Le texte emploie tantôt le nom de Sinaï, tantôt celui d'Horeb, pour ce que la plupart des lecteurs considèrent comme la même montagne.
« L'ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda ; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point. »
Exode 3:2
Dieu l'appelle du milieu du buisson : « ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte » (Exode 3:5), puis se présente comme « le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob » (Exode 3:6).
Trois mois après la sortie d'Égypte, le peuple campe au pied de la montagne. Le troisième jour, tonnerres, éclairs, nuée épaisse et son de trompette annoncent la venue de Dieu.
« La montagne de Sinaï était toute en fumée, parce que l'Éternel y était descendu au milieu du feu ; cette fumée s'élevait comme la fumée d'une fournaise, et toute la montagne tremblait avec violence. »
Exode 19:18
Suivent les « dix paroles », qui s'ouvrent sur le rappel de la libération :
« Je suis l'Éternel, ton Dieu, qui t'ai fait sortir du pays d'Égypte, de la maison de servitude. Tu n'auras pas d'autres dieux devant ma face. »
Exode 20:2-3
Après la conclusion de l'alliance, Moïse monte avec Josué recevoir « des tables de pierre » (Exode 24:12). La gloire de Dieu couvre la montagne six jours ; le septième, Moïse entre dans la nuée.
« Moïse entra au milieu de la nuée, et il monta sur la montagne. Moïse demeura sur la montagne quarante jours et quarante nuits. »
Exode 24:18
Le peuple quitte ensuite le Sinaï pour quarante années de désert, jusqu'au mont Nébo, d'où Moïse contemplera la Terre promise avant de mourir.
Des siècles plus tard, le prophète Élie, fuyant la reine Jézabel, marche « quarante jours et quarante nuits jusqu'à la montagne de Dieu, à Horeb » (1 Rois 19:8) et passe la nuit dans une caverne, où il entend « un murmure doux et léger ». La tradition du Sinaï a donné son nom à un plateau de la montagne, le « bassin d'Élie ».
La Bible ne donne ni coordonnées ni description géographique précise du Sinaï, et les étapes de l'itinéraire de l'Exode (Nombres 33) restent pour la plupart non localisées. Plusieurs sommets ont été proposés :
⚠️ Ce que l'archéologie ne montre pas
Aucune trace archéologique d'un campement de l'Exode n'a été identifiée, ni au pied du Djebel Moussa ni sur les autres sommets proposés. Le Djebel Moussa est donc le Sinaï de la tradition : un lieu de mémoire vénéré depuis seize siècles, non un site dont l'identification serait prouvée.
Pour le contexte égyptien du Sinaï à l'âge du Bronze, voir la fiche Serabit el-Khadim, où les expéditions minières des pharaons ont laissé temples et inscriptions ; l'ensemble du récit est présenté sur la page L'Exode et la conquête de Canaan.
Dès le IVe siècle, des ermites vivent dans les vallées du Djebel Moussa. Vers 383, la pèlerine Égérie y est guidée par des moines : elle décrit une église au sommet, une autre à l'endroit du buisson, et un jardin où le buisson est montré. La tradition attribue à l'impératrice Hélène, mère de Constantin, une première chapelle du Buisson ardent ; cette attribution n'est pas documentée par des sources contemporaines.
Au milieu du VIe siècle, l'empereur Justinien fait entourer le lieu d'une enceinte fortifiée en blocs de granit et construire la basilique, dont l'abside conserve une célèbre mosaïque de la Transfiguration. Le monastère, d'abord dédié à la Transfiguration, prend plus tard le nom de sainte Catherine d'Alexandrie, dont il conserve des reliques. Une petite mosquée d'époque fatimide s'élève à l'intérieur des murs. Le monastère est orthodoxe grec et relève de l'archevêché autonome du Sinaï.
La bibliothèque est l'une des plus anciennes du monde chrétien encore en activité. Elle a abrité le Codex Sinaiticus, manuscrit grec de la Bible du IVe siècle : l'essentiel en est aujourd'hui à la British Library, d'autres feuillets sont à Leipzig et Saint-Pétersbourg, et des fragments retrouvés au monastère en 1975 y sont restés. La collection d'icônes compte des pièces du VIe siècle, antérieures à la crise iconoclaste, dont un Christ Pantocrator peint à l'encaustique.
🏛️ Patrimoine mondial
En 2002, l'UNESCO a inscrit la « Zone Sainte-Catherine » sur la Liste du patrimoine mondial : le monastère, le Djebel Moussa et les montagnes voisines forment un paysage sacré pour le judaïsme, le christianisme et l'islam.
Les deux chemins se rejoignent au bassin d'Élie, un petit plateau planté d'un cyprès, avec une chapelle dédiée au prophète ; il reste alors quelque 750 marches jusqu'au sommet. Sur les marches, deux arches de pierre rappellent les anciennes « portes » où les pèlerins se confessaient avant de poursuivre.

Au sommet se dressent une chapelle orthodoxe de la Sainte-Trinité, construite en 1934 sur les ruines d'églises plus anciennes, et une petite mosquée. Une grotte y est associée par la tradition au séjour de Moïse. Le panorama embrasse une mer de sommets granitiques, dont le Djebel Katherina (2 629 m), le plus haut sommet d'Égypte.

Beaucoup de visiteurs partent en pleine nuit pour voir le lever du soleil depuis le sommet. Il fait froid au sommet, surtout en hiver, où la neige est possible : prévoir des vêtements chauds, une lampe frontale et de l'eau. L'ascension se fait en principe avec un guide bédouin local.
Point établi au 29 septembre 2026, à partir de sources publiées ; la situation évolue et doit être vérifiée avant tout voyage.
Fin mai 2025, la cour d'appel d'Ismaïlia a rendu une décision dans un litige foncier ancien entre le monastère et l'État égyptien. Selon les comptes rendus publiés, elle attribue la propriété des terrains et bâtiments en cause à l'État, tout en garantissant aux moines l'usage des lieux pour leur vie religieuse. Les moines ont alors fermé temporairement le monastère aux visiteurs en signe de protestation. La Grèce et l'Égypte ont engagé des discussions au plus haut niveau ; en octobre 2025, le Premier ministre grec a annoncé un accord de principe, mais aucun texte définitif n'avait été signé en août 2026. Un pourvoi est pendant devant la Cour de cassation égyptienne, dont l'audience a été reportée pour laisser le temps aux négociations ; la presse évoque une formule de « double statut » associant propriété de l'État et droits perpétuels de la communauté.
La communauté a aussi changé de direction : l'archevêque Damianos, à la tête du monastère depuis 1973, a été démis par le conseil des moines en juillet 2025 puis a démissionné ; l'archimandrite Syméon Papadopoulos a été élu en septembre 2025 et consacré archevêque du Sinaï en octobre 2025.
Le gouvernement égyptien mène autour de la ville de Sainte-Catherine un vaste projet d'aménagement touristique, dit de la « Grande Transfiguration » (hôtels, centre d'accueil, logements, voiries). Les autorités le présentent comme une mise en valeur du site ; plusieurs organisations patrimoniales s'inquiètent de son impact sur le paysage. En juillet 2026, le Comité du patrimoine mondial de l'UNESCO a demandé, pour la troisième fois, la suspension des travaux dans l'attente d'une étude d'impact patrimonial ; l'Égypte avait indiqué à l'UNESCO qu'une directive présidentielle de septembre 2025 suspendait les travaux jusqu'à cette évaluation.
Mont Sinaï – Djebel Moussa et monastère Sainte-Catherine
Monastère Sainte-Catherine, ville de Sainte-Catherine, gouvernorat du Sud-Sinaï (Égypte)
Coordonnées GPS : 28.5560, 33.9756
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Sur un plateau du sud-ouest du Sinaï, un sanctuaire de mineurs égyptiens où des travailleurs sémites ont laissé quelques-unes des plus anciennes inscriptions alphabétiques connues.

Sur un éperon des monts de Moab, le Deutéronome fait contempler à Moïse le pays qu'il n'atteindra pas. Depuis le IVe siècle, un sanctuaire chrétien y garde cette mémoire.

Dans la vallée de l'Arava, un paysage de grès rouge où l'Égypte des Ramsès exploitait le cuivre : un site de contexte pour comprendre le désert du récit de l'Exode.
C'est le Sinaï de la tradition chrétienne, attesté depuis au moins le IV<sup>e</sup> siècle. La Bible ne donne pas de localisation précise, et d'autres sommets ont été proposés (Serbal, Har Karkom, Jabal al-Lawz). Aucune de ces identifications n'est démontrée par l'archéologie.
Non. Aucune trace archéologique d'un campement des Israélites n'a été identifiée au pied du Djebel Moussa ni ailleurs dans la péninsule. Les vestiges visibles au monastère sont chrétiens, à partir du VI<sup>e</sup> siècle.
Le monastère montre un buisson (une ronce) près de la chapelle du Buisson ardent, vénéré comme celui du récit d'Exode 3. C'est un objet de tradition et de piété, non un vestige daté.
Le chemin des « marches du Repentir » compte environ 3 750 marches selon la tradition. Le sentier des chameaux, plus long, rejoint les dernières 750 marches au bassin d'Élie.
Il accueille des visiteurs certains jours, le matin, mais il a fermé temporairement en 2025 dans le contexte d'un litige avec l'État égyptien, et les conditions peuvent changer. Se renseigner auprès du monastère ou d'une agence locale juste avant la visite.
La plus grande partie est conservée à la British Library ; d'autres feuillets sont à Leipzig et à Saint-Pétersbourg. Des fragments retrouvés au monastère en 1975 y sont restés.
L'ascension se fait en principe avec un guide bédouin local, souvent organisé par l'hébergement ou l'agence. Vérifier les règles en vigueur sur place.
Les conseils officiels évoluent. Au 29 septembre 2026, le FCDO britannique déconseille, sauf raison impérative, la partie nord du Sud-Sinaï au-delà de la route Sainte-Catherine–Nuweiba, et France Diplomatie interdit le Nord-Sinaï aux étrangers. Consulter ces pages avant de réserver.