
Serabit el-Khadim : le temple d'Hathor et les origines de l'alphabet
Sur un plateau du sud-ouest du Sinaï, un sanctuaire de mineurs égyptiens où des travailleurs sémites ont laissé quelques-unes des plus anciennes inscriptions alphabétiques connues.

1500-1200 av. J.-C.
Dans la vallée de l'Arava, un paysage de grès rouge où l'Égypte des Ramsès exploitait le cuivre : un site de contexte pour comprendre le désert du récit de l'Exode.
Crédit : Tiia Monto · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Le parc de Timna, dans la vallée de l'Arava, à une vingtaine de kilomètres au nord d'Eilat, protège l'un des plus anciens districts miniers du monde. On y exploite le cuivre depuis des millénaires, et l'Égypte des pharaons y a envoyé des expéditions à la fin de l'âge du Bronze, à l'époque même où la tradition situe l'Exode. Au pied des célèbres piliers de Salomon, les archéologues ont dégagé un petit temple de la déesse Hathor, puis un sanctuaire sous tente où fut trouvé un serpent de cuivre à tête dorée.
Précisons-le d'emblée : Timna n'est pas une étape de l'Exode identifiée par le texte biblique, et aucun vestige n'y atteste un campement de Moïse ou des Israélites. C'est un site de contexte : il montre concrètement le désert du Sud, la présence égyptienne, les populations locales et la métallurgie du cuivre qui forment l'arrière-plan des récits du désert. La grande tente du Tabernacle que l'on visite dans le parc est une reconstitution moderne, pas un vestige antique.
Après la mort d'Aaron, le livre des Nombres fait contourner au peuple le pays d'Édom en direction de la mer Rouge : c'est là que se place l'épisode des serpents brûlants. Le texte ne nomme pas Timna et l'itinéraire exact reste inconnu, mais la vallée de l'Arava, entre la mer Morte et le golfe d'Eilat, appartient bien à ces confins d'Édom.
« Ils partirent de la montagne de Hor par le chemin de la mer Rouge, pour contourner le pays d'Édom. Le peuple s'impatienta en route. »
Nombres 21:4
וַיִּסְעוּ מֵהֹר הָהָר דֶּרֶךְ יַם־סוּף לִסְבֹב אֶת־אֶרֶץ אֱדוֹם וַתִּקְצַר נֶפֶשׁ־הָעָם בַּדָּרֶךְ
במדבר כא, ד
La liste des étapes de Nombres 33 mentionne d'ailleurs Punon (Nombres 33:42-43), que l'on identifie généralement à Feinan, l'autre grand district cuprifère de l'Arava, sur la rive jordanienne.
Le récit de l'Exode fait séjourner Moïse en Madian, où il épouse la fille de Jéthro, « sacrificateur de Madian » (Exode 2:16-21). Or les fouilles de Timna ont livré une céramique peinte caractéristique, dite « madianite », fabriquée dans le nord-ouest de l'Arabie (région de Qurayyah), et une phase de culte que l'archéologue Beno Rothenberg a attribuée à des Madianites. Ce rapprochement est suggestif, mais il ne prouve aucun lien direct avec Jéthro ou Moïse : il montre seulement que des groupes venus d'Arabie fréquentaient la région à la fin de l'âge du Bronze.
« Moïse faisait paître le troupeau de Jéthro, son beau-père, sacrificateur de Madian ; et il mena le troupeau derrière le désert, et vint à la montagne de Dieu, à Horeb. »
Exode 3:1
וּמֹשֶׁה הָיָה רֹעֶה אֶת־צֹאן יִתְרוֹ חֹתְנוֹ כֹּהֵן מִדְיָן וַיִּנְהַג אֶת־הַצֹּאן אַחַר הַמִּדְבָּר וַיָּבֹא אֶל־הַר הָאֱלֹהִים חֹרֵבָה
שמות ג, א
Pour replacer Timna dans l'ensemble du récit, de l'Égypte à Canaan, voir la page de l'époque L'Exode et la conquête de Canaan.

Adossé à la falaise des piliers de Salomon, un petit sanctuaire dédié à Hathor, déesse protectrice des mineurs et « Dame de la turquoise », a été repéré par l'expédition de l'Arava de Beno Rothenberg et fouillé en 1969. Les objets inscrits aux noms des pharaons, de Séthi Ier ou Ramsès II jusqu'à Ramsès V, datent son usage égyptien de la période ramesside, soit environ 1300-1150 av. J.-C. Les fouilleurs y ont recueilli plusieurs milliers d'objets. Sur la paroi voisine, un relief gravé montre Ramsès III faisant une offrande à la déesse.
Le temple visible aujourd'hui se réduit à des murets de pierre délimitant une cour et une niche au pied de la roche. C'était une chapelle de mineurs, non un grand temple de la vallée du Nil. Le même type de sanctuaire existe, à plus grande échelle, à Serabit el-Khadim, dans le Sinaï, où l'Égypte exploitait la turquoise.
Après le départ des Égyptiens, au XIIe s. av. J.-C., le lieu de culte a été réaménagé. Selon l'interprétation de Rothenberg, ses nouveaux usagers, qu'il identifie à des Madianites, ont effacé les images d'Hathor, dressé des pierres levées et tendu une grande tente au-dessus de la cour : des restes de tissu de laine ont été retrouvés le long des murs. C'est dans ce contexte qu'a été découvert un petit serpent de cuivre à tête dorée.
Ce serpent de métal dans un sanctuaire sous tente, au cœur du désert d'Édom, évoque inévitablement le serpent d'airain de Moïse. Le récit biblique raconte que, pour guérir le peuple mordu par des « serpents brûlants », Moïse fit un serpent d'airain placé sur une perche.
« L'Éternel dit à Moïse : Fais-toi un serpent brûlant, et place-le sur une perche ; quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie. Moïse fit un serpent d'airain, et le plaça sur une perche ; et quiconque avait été mordu par un serpent, et regardait le serpent d'airain, conservait la vie. »
Nombres 21:8-9
וַיֹּאמֶר יְהוָה אֶל־מֹשֶׁה עֲשֵׂה לְךָ שָׂרָף וְשִׂים אֹתוֹ עַל־נֵס וְהָיָה כָּל־הַנָּשׁוּךְ וְרָאָה אֹתוֹ וָחָי וַיַּעַשׂ מֹשֶׁה נְחַשׁ נְחֹשֶׁת וַיְשִׂמֵהוּ עַל־הַנֵּס וְהָיָה אִם־נָשַׁךְ הַנָּחָשׁ אֶת־אִישׁ וְהִבִּיט אֶל־נְחַשׁ הַנְּחֹשֶׁת וָחָי
במדבר כא, ח-ט
Le serpent de bronze restera longtemps un objet de culte en Israël : le livre des Rois raconte que le roi Ézéchias le mit en pièces, car on lui offrait de l'encens sous le nom de Nehuschtan (2 Rois 18:4).
🔎 Ce que l'on peut dire, et ce que l'on ne peut pas dire
Le serpent de Timna montre que des serpents de métal avaient une fonction religieuse dans le désert du Sud à la fin de l'âge du Bronze et au début de l'âge du Fer. Il ne prouve ni que le récit de Nombres 21 s'est déroulé à Timna, ni qu'il s'agit du serpent de Moïse. L'attribution de la phase de tente aux Madianites est elle-même une interprétation, discutée par les spécialistes.
Dans les années 1930, l'archéologue américain Nelson Glueck attribua les scories et les fours de la vallée au roi Salomon : l'expression « mines du roi Salomon » et le nom des « piliers de Salomon » viennent de cette époque. À partir de 1959, l'expédition de l'Arava dirigée par Beno Rothenberg recensa des milliers de puits de mine, de camps de fonte et de gravures rupestres. La découverte du temple d'Hathor en 1969 conduisit Rothenberg à rattacher l'essentiel de l'exploitation au Nouvel Empire égyptien, ce qui sembla écarter pour longtemps l'hypothèse salomonienne.
Depuis 2012, les fouilles de l'université de Tel-Aviv dirigées par Erez Ben-Yosef ont réexaminé les grands camps de fonte, en particulier la « Colline des esclaves » (site 34) et le site 30. Les datations au radiocarbone montrent que la production de cuivre a atteint son sommet aux XIe-Xe s. av. J.-C., après le départ des Égyptiens. Le nom de « Colline des esclaves » est trompeur : restes de nourriture et textiles fins, dont des fibres teintes à la pourpre datées vers l'an 1000 av. J.-C., suggèrent des fondeurs qualifiés et bien ravitaillés.
Pour Ben-Yosef, cette industrie était aux mains d'une population locale, très probablement édomite, organisée en une société en partie nomade mais capable de coordonner une production à grande échelle. La chronologie rejoint donc celle que la Bible attribue à David et Salomon, sans que les fouilles désignent Salomon comme exploitant : le lien avec les « mines du roi Salomon » reste un débat ouvert. Ce contexte est développé dans la période des Juges et des Rois.
📅 Vestiges et chronologie de l'Exode
La phase égyptienne de Timna (vers 1300-1150 av. J.-C.) recoupe la fin de la fourchette traditionnelle de l'Exode ; la phase « madianite » et le pic de production édomite sont postérieurs. Aucun vestige de Timna ne se rattache directement au récit biblique.
Les piliers de Salomon sont une formation naturelle : l'érosion a sculpté la falaise de grès rouge en colonnes géantes. Le nom est moderne et n'a aucun lien historique avec le roi. Le temple d'Hathor se trouve à leur pied, à quelques minutes de marche du parking ; cherchez sur la paroi voisine le relief de Ramsès III.
Sur une paroi abritée, des gravures rupestres représentent des chars tirés par des chevaux, des guerriers armés de haches et de boucliers et des scènes de chasse. Le parc les rattache à la période égyptienne (XIVe-XIIe s. av. J.-C.). Elles sont peu profondes : la lumière rasante du matin ou de la fin d'après-midi aide à les lire.

Le Champignon, bloc de grès posé sur un pied étroit, voisine avec un site de fonte de l'époque égyptienne. Les sentiers des arches passent près d'anciens puits de mine, parfois équipés d'échelles : ces puits et les amas de scories sont les témoins directs de l'activité minière.
Près du lac artificiel, une reconstitution grandeur nature du Tabernacle (le Mishkan) présente la cour, l'autel, la menorah et l'arche d'alliance d'après la description du livre de l'Exode. Elle se visite en visite guidée, sur réservation auprès du parc.
« Ils me feront un sanctuaire, et j'habiterai au milieu d'eux. Vous ferez le tabernacle et tous ses ustensiles d'après le modèle que je vais te montrer. »
Exode 25:8-9
וְעָשׂוּ לִי מִקְדָּשׁ וְשָׁכַנְתִּי בְּתוֹכָם כְּכֹל אֲשֶׁר אֲנִי מַרְאֶה אוֹתְךָ אֵת תַּבְנִית הַמִּשְׁכָּן וְאֵת תַּבְנִית כָּל־כֵּלָיו וְכֵן תַּעֲשׂוּ
שמות כה, ח-ט
⚠️ Une reconstitution pédagogique
Le Tabernacle de Timna est un modèle moderne construit à des fins d'enseignement, sans les matériaux précieux décrits par la Bible. Il n'a pas été découvert sur place et ne marque pas un emplacement du sanctuaire de Moïse. Il aide simplement à visualiser le texte d'Exode 25-40.
Pour poursuivre le parcours du désert, voir aussi le mont Sinaï de la tradition.
Parc de Timna : mines de cuivre, temple d'Hathor et désert de l'Exode
Parc de Timna, route 90, près du kibboutz Elifaz (une vingtaine de kilomètres au nord d'Eilat)
Coordonnées GPS : 29.7874, 34.9888
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Sur un plateau du sud-ouest du Sinaï, un sanctuaire de mineurs égyptiens où des travailleurs sémites ont laissé quelques-unes des plus anciennes inscriptions alphabétiques connues.

Au cœur des montagnes du Sud-Sinaï, une tradition chrétienne de seize siècles situe ici le buisson ardent et le don de la Loi. L'identification du Sinaï biblique reste pourtant débattue.

Sur un éperon des monts de Moab, le Deutéronome fait contempler à Moïse le pays qu'il n'atteindra pas. Depuis le IVe siècle, un sanctuaire chrétien y garde cette mémoire.
Non, pas au sens d'une étape identifiée. Le texte biblique ne nomme pas Timna, et aucun vestige n'y atteste un campement de Moïse ou des Israélites. Le site éclaire le contexte du récit : le désert du Sud, la présence égyptienne, les Madianites et la métallurgie du cuivre.
Rien ne permet de l'affirmer. Ce petit serpent de cuivre à tête dorée, trouvé dans le sanctuaire réaménagé en tente, montre que des serpents de métal avaient un rôle religieux dans la région. Le rapprochement avec Nombres 21:8-9 est une comparaison, pas une identification.
Non. C'est une reconstitution moderne grandeur nature, construite à des fins pédagogiques d'après la description d'Exode 25-40, sans les matériaux d'origine. Elle ne marque pas un emplacement historique du sanctuaire.
L'expression date de Nelson Glueck, dans les années 1930. Rothenberg a ensuite attribué les mines à l'Égypte ; les fouilles d'Erez Ben-Yosef ont montré un pic de production aux XIe-Xe s. av. J.-C., probablement aux mains des Édomites. La période correspond à celle de Salomon, mais son rôle éventuel reste débattu.
Non, ce sont des formations naturelles de grès sculptées par l'érosion. Leur nom est moderne. Le temple d'Hathor, lui, est un vestige archéologique construit à leur pied.
Une demi-journée pour les principaux sites en voiture ; une journée entière avec une randonnée, les arches ou la visite guidée du Tabernacle.
D'octobre à avril, lorsque les températures sont supportables. En été, commencer très tôt, emporter au moins 3 litres d'eau par personne et se renseigner auprès de Timna Park sur les horaires.
Eilat et le golfe, le Néguev (Beer-Sheva, Tel Arad) et, pour le contexte égyptien, le temple d'Hathor de Serabit el-Khadim dans le Sinaï, sous réserve des conditions de sécurité et des autorisations.