
Tel Megiddo : une cité cananéenne au temps de Josué
Une ville cananéenne que la Bible dit vaincue mais jamais dépossédée : quatre millénaires d'histoire au carrefour de l'Égypte et de la Mésopotamie.

1200-586 av. J.-C.
Le feu tombé du ciel, la petite nuée venue de la mer et les ermites qui ont donné son nom à l'ordre du Carmel : une montagne qui domine la vallée de Jezréel et la baie de Haïfa.
Crédit : Ovedc · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Le mont Carmel est un massif calcaire du nord d'Israël, long d'une quarantaine de kilomètres, qui s'avance dans la Méditerranée au-dessus de la baie de Haïfa et domine à l'est la vallée de Jezréel. C'est la montagne du prophète Élie : selon le premier livre des Rois, il y convoque le peuple d'Israël et y affronte les prophètes de Baal dans un défi par le feu (1 Rois 18:19-40). La tradition situe ce sacrifice à Muhraqa (« le lieu du brûlement »), un petit monastère carmélite perché à l'extrémité sud-est du massif.
Le Carmel est aussi un lieu où se superposent les mémoires : au nord-ouest, à Haïfa, le monastère Stella Maris et la grotte d'Élie rappellent les ermites qui ont donné naissance, au XIIIe siècle, à l'ordre du Carmel ; sur le versant ouest, les grottes de Nahal Me'arot, inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO, conservent des traces humaines sur des centaines de millénaires. Cette fiche distingue ce que dit le texte biblique, ce que retient la tradition et ce qu'établit l'archéologie.
Le récit se déroule au IXe siècle av. J.-C., sous le règne d'Achab, roi d'Israël (le royaume du Nord), et de son épouse phénicienne Jézabel, qui favorise le culte de Baal. Après trois ans de sécheresse annoncée par Élie (1 Rois 17:1), la parole de l'Éternel envoie le prophète se présenter devant le roi (1 Rois 18:1).
Élie demande à Achab de rassembler « tout Israël » à la montagne du Carmel, avec les quatre cent cinquante prophètes de Baal et les quatre cents prophètes d'Astarté « qui mangent à la table de Jézabel » (1 Rois 18:19). Devant la foule, il pose la question qui résume tout l'épisode :
« Jusqu'à quand clocherez-vous des deux côtés ? Si l'Éternel est Dieu, allez après lui ; si c'est Baal, allez après lui ! Le peuple ne lui répondit rien. »
1 Rois 18:21
Chaque camp prépare un taureau sur un bûcher sans y mettre le feu : « le dieu qui répondra par le feu, c'est celui-là qui sera Dieu » (1 Rois 18:24). Les prophètes de Baal invoquent leur dieu du matin jusqu'à midi, puis jusqu'au soir, sans réponse ; Élie les raille.
Élie rétablit alors l'autel de l'Éternel « qui avait été renversé », avec douze pierres pour les douze tribus, creuse un fossé autour et fait arroser trois fois l'holocauste et le bois. Il prie au moment de l'offrande du soir :
« Et le feu de l'Éternel tomba, et il consuma l'holocauste, le bois, les pierres et la terre, et il absorba l'eau qui était dans le fossé. Quand tout le peuple vit cela, ils tombèrent sur leur visage et dirent : C'est l'Éternel qui est Dieu ! C'est l'Éternel qui est Dieu ! »
1 Rois 18:38-39
Le récit s'achève dans la violence : Élie fait saisir les prophètes de Baal, « les fit descendre au torrent de Kison, où il les égorgea » (1 Rois 18:40). Le Kison (Nahal Kishon) coule encore au pied du Carmel, dans la vallée de Jezréel.
Élie monte ensuite « au sommet du Carmel », se penche contre terre, le visage entre les genoux, et envoie son serviteur regarder vers la mer, sept fois de suite.
« À la septième fois, il dit : Voici un petit nuage qui s'élève de la mer, et qui est comme la paume de la main d'un homme. »
1 Rois 18:44
Le ciel s'obscurcit, la pluie tombe enfin, et Élie court devant le char d'Achab jusqu'à Jizreel, au fond de la vallée. Au-delà du miracle, le texte oppose deux dieux de la pluie et de la fertilité sur une montagne réputée pour sa végétation : c'est le Dieu d'Israël, et non Baal, qui met fin à la sécheresse.
📖 Pour situer l'époque
Achab, fils d'Omri, est l'un des rois d'Israël les mieux attestés hors de la Bible : l'inscription assyrienne du « monolithe de Kurkh » le mentionne à la bataille de Qarqar (853 av. J.-C.). Pour le contexte des deux royaumes, voir la période des Juges et des Rois.
Le texte biblique parle seulement de « la montagne du Carmel » et du « sommet du Carmel » : il ne nomme aucun lieu précis. L'identification avec Muhraqa, sur l'éperon sud-est du massif (environ 480 m d'altitude), relève de la tradition. En arabe, le lieu s'appelle el-Muhraqa, « l'endroit du brûlement » ; en hébreu, Keren HaCarmel, « la corne du Carmel ».
Aucune fouille n'a mis au jour, à Muhraqa, d'autel de l'âge du Fer que l'on puisse relier au récit. La tradition est ancienne : au XIIe siècle, le voyageur juif Benjamin de Tudela rapporte qu'on montrait sur le Carmel l'emplacement de l'autel d'Élie. Les carmes acquièrent le terrain en 1867 ; le bâtiment actuel date de 1883. D'autres points du massif ont été proposés par le passé, sans qu'aucun ne s'impose ; Muhraqa reste le lieu de mémoire reconnu par les pèlerins juifs, chrétiens, musulmans et druzes, qui vénèrent tous Élie.
🔎 À ne pas confondre
La Bible mentionne aussi un Carmel de Juda, bourgade au sud d'Hébron où vivent Nabal et Abigaïl (1 Samuel 25:2). Ce village n'a rien à voir avec la montagne d'Élie, au nord du pays.
Après l'enlèvement d'Élie, son disciple Élisée « alla sur la montagne du Carmel, d'où il retourna à Samarie » (2 Rois 2:25). C'est encore sur le Carmel que la Sunamite, dont le fils vient de mourir, vient le chercher : « elle partit donc et se rendit vers l'homme de Dieu sur la montagne du Carmel » (2 Rois 4:25). Le texte laisse entendre que le massif servait de lieu de retraite aux prophètes du royaume du Nord.
Pour les prophètes et les poètes, le Carmel est l'image d'une terre verdoyante. En hébreu, karmel désigne d'ailleurs un « verger » ou un « jardin planté » ; l'étymologie populaire kerem El, « vigne de Dieu », est plus incertaine. Isaïe annonce le renouveau du désert en ces termes :
« La gloire du Liban lui sera donnée, La magnificence du Carmel et de Saron. Ils verront la gloire de l'Éternel, la magnificence de notre Dieu. »
Ésaïe 35:2
Le Cantique des cantiques compare la tête de la bien-aimée au Carmel (« Ta tête est élevée comme le Carmel », Cantique 7:6) ; à l'inverse, Amos fait du dessèchement du « sommet du Carmel » le signe du jugement (Amos 1:2), et Jérémie évoque le Carmel « qui s'avance dans la mer » (Jérémie 46:18). Le livre de Josué mentionne le Carmel à la limite du territoire de la tribu d'Aser (Josué 19:26).

Sur le versant ouest du massif, au-dessus de la plaine côtière, quatre grottes creusées dans une falaise — Tabun, Jamal, el-Wad et Skhul — forment la réserve naturelle de Nahal Me'arot (Wadi el-Mughara, « la vallée des grottes »). Fouillées à partir de 1929 par la préhistorienne britannique Dorothy Garrod, elles ont livré une séquence d'occupation couvrant quelque 500 000 ans : outils du Paléolithique inférieur, restes de Néandertaliens (Tabun) et de premiers Homo sapiens (Skhul), puis des villages et des sépultures de la culture natoufienne (el-Wad), il y a environ 15 000 à 11 500 ans, à l'aube de la sédentarisation. L'ensemble est inscrit depuis 2012 au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom « Sites de l'évolution humaine du mont Carmel ».
Le Carmel semble avoir eu un caractère sacré bien avant et bien après Élie. Certains chercheurs reconnaissent le promontoire dans un « cap sacré » cité par les listes du pharaon Thoutmosis III (XVe siècle av. J.-C.), une identification discutée. À l'époque romaine, l'historien Tacite rapporte que le futur empereur Vespasien consulta sur le Carmel un oracle et un autel sans temple ni statue (Histoires II, 78).
Au XIIe siècle, à l'époque des croisades, des ermites latins s'installent dans les grottes du versant nord-ouest, « à l'imitation du prophète Élie ». Au début du XIIIe siècle (entre 1206 et 1214), ils reçoivent une règle de vie d'Albert, patriarche latin de Jérusalem : c'est l'acte de naissance de l'ordre du Carmel (les carmes et, plus tard, les carmélites). Chassés après la chute d'Acre en 1291, ils essaiment dans toute l'Europe ; Thérèse d'Avila et Jean de la Croix réformeront l'ordre au XVIe siècle. La dévotion à Notre-Dame du Mont-Carmel, fêtée le 16 juillet, vient de là, tout comme le scapulaire, que la tradition carmélitaine rattache à une vision de saint Simon Stock au XIIIe siècle, dont l'historicité est discutée.

Le petit monastère des carmes déchaux de Muhraqa se trouve au bout d'une route forestière, à quelques kilomètres au sud de la ville druze de Daliyat al-Karmel. Dans le jardin, une grande statue d'Élie, glaive levé, foule un prophète de Baal ; son socle porte, en latin, en arabe et en hébreu, un verset de Ben Sira sur le prophète « qui se leva comme un feu » (Siracide 48:1). La chapelle, sobre, conserve un autel de douze pierres rappelant celui du récit (1 Rois 18:31). Le clou de la visite est le toit-terrasse.
Vallée de Jezréel, GaliléeTel Megiddo : une cité cananéenne au temps de JosuéUne ville cananéenne que la Bible dit vaincue mais jamais dépossédée : quatre millénaires d'histoire au carrefour de l'Égypte et de la Mésopotamie.Voir la fiche →
Du toit, la vue embrasse toute la vallée de Jezréel : le tracé du Kison au pied de la pente, le tell de Megiddo au sud-est, les monts de Gelboé, le mont Thabor et les collines de Nazareth au nord-est, et, par temps clair, la mer à l'ouest, voire le mont Hermon au loin.

À l'autre extrémité du massif, sur le promontoire qui domine Haïfa, le monastère Stella Maris (« Étoile de la mer », un titre de la Vierge Marie) est la maison mère des carmes déchaux. L'église actuelle, ouverte en 1836, remplace un monastère endommagé en 1799, lorsque Bonaparte y fit soigner ses blessés du siège d'Acre, puis détruit en 1821. Sous le maître-autel, une grotte est vénérée comme celle d'Élie. En contrebas, sur la route Allenby, une autre grotte d'Élie, aménagée en lieu de prière juif avec des sections séparées pour les hommes et les femmes, attire aussi des pèlerins chrétiens, musulmans et druzes, pour qui Élie est souvent assimilé à al-Khidr.
La majeure partie du massif forme le parc national du Carmel, le plus grand d'Israël, reconnu réserve de biosphère par l'UNESCO en 1996. Sentiers balisés, forêts de pins et de chênes, réserve de Hai-Bar (daims, chevreuils) et grottes de Nahal Me'arot, au sud, en font une belle journée de nature. Le massif garde les cicatrices de l'incendie de décembre 2010, qui fit 44 morts ; un mémorial leur est dédié. Sur la côte, Césarée maritime n'est qu'à une trentaine de kilomètres au sud.
Le mont Carmel, la montagne d'Élie : Muhraqa, Haïfa et visite
Monastère de Muhraqa (Keren HaCarmel), au sud de Daliyat al-Karmel, à environ 30 km au sud-est de Haïfa ; Stella Maris et grotte d'Élie : Haïfa, promontoire du Carmel
Coordonnées GPS : 32.6726, 35.0881
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Selon 1 Rois 18, le prophète Élie y rassemble le peuple d'Israël et défie les 450 prophètes de Baal : chaque camp prépare un sacrifice, et seul le Dieu d'Israël répond en envoyant le feu du ciel. Élie fait ensuite exécuter les prophètes de Baal au torrent du Kison, puis annonce la fin de la sécheresse en voyant monter de la mer une petite nuée « comme la paume de la main ».
La Bible dit seulement « la montagne du Carmel ». La tradition place le sacrifice à Muhraqa, sur l'éperon sud-est du massif, au-dessus de la vallée de Jezréel et du Kison, où les carmes ont bâti un monastère au XIXᵉ siècle. Aucun vestige archéologique ne permet de confirmer l'emplacement exact.
Le mont Carmel est en Israël, dans le nord du pays. Le massif s'étire sur une quarantaine de kilomètres, de Haïfa, où il plonge dans la Méditerranée, jusqu'aux abords de Yokneam et de la vallée de Jezréel au sud-est. Son point culminant dépasse légèrement 500 m.
Le mot hébreu <em>karmel</em> désigne un verger ou un jardin planté, une terre fertile. On l'explique parfois comme <em>kerem El</em>, « la vigne de Dieu », mais cette étymologie est plus incertaine. En arabe, le massif est aussi appelé Jabal Mar Elyas, « la montagne de saint Élie ».
Le titre vient des ermites latins installés sur le mont Carmel au XIIᵉ siècle, qui reçurent une règle vers 1206-1214 et dédièrent leur oratoire à la Vierge Marie : ce sont les origines de l'ordre du Carmel. Notre-Dame du Mont-Carmel est fêtée le 16 juillet ; le scapulaire est rattaché par la tradition à une vision de saint Simon Stock.
Le monastère de Muhraqa, avec la statue d'Élie et le panorama sur la vallée de Jezréel depuis son toit ; à Haïfa, le monastère Stella Maris et la grotte d'Élie ; les grottes préhistoriques de Nahal Me'arot (UNESCO) et les sentiers du parc national du Carmel.
Les grottes de Tabun, Jamal, el-Wad et Skhul, dans la réserve de Nahal Me'arot, témoignent d'environ 500 000 ans d'évolution humaine : Néandertaliens, premiers <em>Homo sapiens</em> et culture natoufienne. Fouillées par Dorothy Garrod à partir de 1929, elles sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2012.