
Mont Nébo – le dernier regard de Moïse
Sur un éperon des monts de Moab, le Deutéronome fait contempler à Moïse le pays qu'il n'atteindra pas. Depuis le IVe siècle, un sanctuaire chrétien y garde cette mémoire.

1500-1200 av. J.-C.
Rahab, le passage du Jourdain et la chute des murailles : le récit de Josué face à un siècle de fouilles, sur l'un des plus anciens sites urbains du monde.
Crédit : Berthold Werner · domaine public · Wikimedia Commons
Aux portes du désert de Judée, à quelques kilomètres du Jourdain, Jéricho est la première ville que les Israélites affrontent en Canaan selon le livre de Josué. Le site antique correspond à Tell es-Sultan, une butte artificielle au nord de la ville actuelle, née de milliers d'années d'occupation autour d'une source intarissable. C'est là que la Bible situe l'histoire de Rahab et des deux espions, puis la chute des murailles de Jéricho au son des trompettes (Josué 2 et 6).
Tell es-Sultan est aussi l'un des sites les plus fouillés et les plus discutés du Proche-Orient. Sa célèbre tour néolithique, bâtie plus de six mille ans avant l'époque attribuée à Josué, et la question de savoir s'il existait une ville fortifiée au Bronze récent en font un cas d'école pour comprendre comment dialoguent texte biblique et archéologie. Depuis 2023, le site est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom « Ancient Jericho/Tell es-Sultan ».
Après la mort de Moïse, qui a contemplé depuis le mont Nebo « la vallée de Jéricho, la ville des palmiers » (Deutéronome 34:3), Josué prend la tête du peuple campé dans les plaines de Moab, sur la rive orientale du Jourdain. Jéricho est la porte d'entrée de Canaan : une ville d'oasis qui commande la route montant vers les monts de Judée et de Benjamin.
Depuis Sittim, Josué envoie secrètement deux hommes examiner le pays, « et en particulier Jéricho » (Josué 2:1). Ils logent chez Rahab, une prostituée dont la maison est bâtie contre le rempart. Lorsque le roi de Jéricho les fait rechercher, elle les cache sous des tiges de lin sur son toit, puis les aide à fuir. En échange, les espions promettent d'épargner sa famille si elle attache un cordon écarlate à sa fenêtre.
« Elle les fit descendre avec une corde par la fenêtre, car la maison qu'elle habitait était sur la muraille de la ville. »
Josué 2:15
Rahab, qui confesse la puissance du Dieu d'Israël (Josué 2:11), devient une figure importante des traditions juive et chrétienne : l'Évangile de Matthieu la cite dans la généalogie de Jésus (Matthieu 1:5), et l'Épître aux Hébreux en fait un modèle de foi (Hébreux 11:31).
Le récit décrit ensuite la traversée du fleuve : dès que les prêtres portant l'arche de l'alliance entrent dans l'eau, le courant s'arrête en amont « près de la ville d'Adam », et le peuple passe à pied sec « vis-à-vis de Jéricho » (Josué 3:16). Douze pierres, une par tribu, sont dressées à Guilgal, premier campement en Canaan, « à l'extrémité orientale de Jéricho » (Josué 4:19-20). L'emplacement de Guilgal reste incertain : plusieurs sites de la plaine ont été proposés, sans consensus.
Jéricho est « fermée et barricadée ». Sur l'ordre divin, les guerriers font le tour de la ville une fois par jour pendant six jours, précédés de sept prêtres sonnant du shofar et de l'arche. Le septième jour, ils en font sept fois le tour ; au signal, le peuple pousse un grand cri.
« Le peuple poussa des cris, et les sacrificateurs sonnèrent des trompettes. Lorsque le peuple entendit le son de la trompette, il poussa de grands cris, et la muraille s'écroula ; le peuple monta dans la ville, chacun devant soi. Ils s'emparèrent de la ville […]. »
Josué 6:20
La ville est vouée à l'interdit (herem) et incendiée ; seuls Rahab et sa famille sont épargnés (Josué 6:22-25). Josué prononce enfin une malédiction contre quiconque rebâtira Jéricho (Josué 6:26). Le livre des Rois rapporte qu'elle s'accomplit au temps d'Achab, lorsque Hiel de Béthel reconstruit la ville au prix de ses fils (1 Rois 16:34).
📖 Un récit liturgique
Le chapitre 6 se lit presque comme une procession : chiffre sept répété, prêtres, arche, shofar, cri collectif. Les commentateurs soulignent que la victoire y est présentée comme un don divin plus que comme un exploit militaire, ce qui explique la place de ce texte dans la liturgie et la prédication, indépendamment des questions historiques.
Aucun site biblique n'a suscité autant de controverses sur la question de la « conquête ». Le cœur du débat est simple à énoncer : la ville fortifiée que l'on voit détruite dans le tell existait-elle encore à l'époque que la chronologie biblique attribue à Josué ?
Après les sondages de Charles Warren (1868) et la fouille austro-allemande d'Ernst Sellin et Carl Watzinger (1907-1909 et 1911), le Britannique John Garstang fouille le tell de 1930 à 1936. Il met au jour un double rempart effondré et une couche d'incendie qu'il date d'environ 1400 av. J.-C. : pour lui, c'est la ville détruite par Josué. Sa conclusion a longtemps été reprise dans les ouvrages de vulgarisation.
Avec des méthodes stratigraphiques plus fines, Kathleen Kenyon montre que les murs de Garstang appartiennent en réalité au Bronze ancien, un millénaire plus tôt. Elle date la destruction de la dernière grande ville fortifiée (la « ville IV ») de la fin du Bronze moyen, vers 1550 av. J.-C., dans le contexte des campagnes égyptiennes qui suivent l'expulsion des Hyksôs. Pour le Bronze récent, elle ne trouve que des traces ténues (quelques tombes, un bâtiment isolé), qu'elle explique en partie par l'érosion du sommet du tell. Conclusion : à la date habituellement retenue pour Josué, Jéricho n'était au mieux qu'un modeste établissement.
Les analyses au radiocarbone réalisées depuis (notamment Bruins et van der Plicht, 1995) ont conforté une destruction au XVIe siècle av. J.-C. Dans la couche d'incendie, les fouilleurs ont trouvé de nombreuses jarres encore pleines de céréales carbonisées, signe d'une ville détruite rapidement, sans pillage prolongé de ses réserves.
En 1990, l'archéologue américain Bryant Wood réexamine la céramique publiée par Garstang et Kenyon et propose de redater la destruction vers 1400 av. J.-C., ce qui la rapprocherait de la chronologie biblique dite « haute » (fondée sur 1 Rois 6:1). Il invoque la poterie locale, des scarabées égyptiens et la stratigraphie. Cette proposition a été vivement discutée et n'a pas été retenue par la majorité des spécialistes, en particulier face aux datations radiocarbone. Le débat se poursuit dans certains cercles de recherche.
Depuis 1997, l'Université Sapienza de Rome, dirigée par Lorenzo Nigro, fouille le tell avec le département des Antiquités palestinien, aujourd'hui rattaché au ministère du Tourisme et des Antiquités (MoTA). Ses synthèses confirment la datation de la destruction de la ville du Bronze moyen et décrivent une occupation du Bronze récent (« ville V ») réelle mais réduite, repérée en bordure du tell ; les niveaux du XIIIe siècle auraient été largement arasés par des terrassements de l'âge du Fer. Une occupation reprend ensuite à l'âge du Fer II.
🔎 Où en est le débat ?
Les vestiges spectaculaires de Tell es-Sultan (tour, remparts, glacis) sont soit bien antérieurs, soit antérieurs d'un à trois siècles à la fourchette habituellement proposée pour la conquête (XVe–XIIIe siècle av. J.-C.). La majorité des archéologues considère que le récit de Josué 6 ne peut pas être rattaché à une couche de destruction précise ; d'autres chercheurs, minoritaires, défendent une datation plus haute. Aucun vestige ne peut être attribué avec certitude à la maison de Rahab ou aux murailles décrites par le texte.

Le monument le plus célèbre du tell n'a rien à voir avec Josué. Découverte par Kathleen Kenyon au fond de sa grande tranchée ouest, la tour de Jéricho est une construction en pierre d'environ 8,5 m de haut et près de 9 m de diamètre à la base, munie d'un escalier intérieur de 22 marches. Elle date du Néolithique précéramique A, vers 8000 av. J.-C., soit six à sept mille ans avant l'époque attribuée à la sortie d'Égypte. Associée à un mur, elle compte parmi les plus anciens ouvrages monumentaux connus ; sa fonction (défense, protection contre les crues, repère collectif ou rituel) reste discutée.
En septembre 2023, le Comité du patrimoine mondial a inscrit « Ancient Jericho/Tell es-Sultan » (État de Palestine) sur la Liste du patrimoine mondial, au titre des critères (iii) et (iv). L'UNESCO souligne la continuité exceptionnelle du peuplement, du Natoufien au Néolithique, puis aux villes fortifiées de l'âge du Bronze.
Le tell se parcourt par des sentiers et des passerelles. On y voit la grande tranchée de Kenyon et la tour néolithique protégée par une grille, des tronçons de remparts du Bronze ancien et du Bronze moyen, ainsi que le glacis de terre qui ceinturait la ville du Bronze moyen. Des panneaux, en partie issus des travaux de la mission italo-palestinienne, expliquent les phases successives. Du sommet, la vue embrasse l'oasis, les monts de Moab à l'est et la falaise du désert de Judée à l'ouest.

Au pied du tell, de l'autre côté de la route, jaillit la source d'Ein es-Sultan, la raison d'être de Jéricho depuis dix mille ans. La tradition l'appelle « source d'Élisée » : selon 2 Rois 2:19-22, le prophète assainit les eaux de la ville en y jetant du sel. L'identification repose sur la tradition et sur la proximité du tell.
Pour situer Jéricho dans l'ensemble du récit, de l'Égypte à l'installation en Canaan, voir la période de l'Exode ; l'étape suivante du parcours biblique est Silo, où Josué installe la Tente de la Rencontre.
Jéricho (Tell es-Sultan) : les murailles de Josué
Tell es-Sultan, à environ 2 km au nord du centre de Jéricho, face à la source d'Ein es-Sultan (≈ 35 km à l'est de Jérusalem)
Coordonnées GPS : 31.8712, 35.4440
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Sur un éperon des monts de Moab, le Deutéronome fait contempler à Moïse le pays qu'il n'atteindra pas. Depuis le IVe siècle, un sanctuaire chrétien y garde cette mémoire.

Premier grand sanctuaire d'Israël selon la Bible : Josué y dresse la Tente de la Rencontre, Anne y prie pour un fils, Samuel y grandit auprès du prêtre Éli.

« Autrefois la principale ville de tous ces royaumes » : la plus grande cité cananéenne du pays, sa destruction par le feu et un débat archéologique toujours ouvert.

Entre le mont Ébal et le mont Garizim, Josué fait lire la Loi puis rassemble les tribus à Sichem pour leur demander de choisir qui elles serviront.
La Jéricho de l'Ancien Testament correspond à Tell es-Sultan, une butte archéologique située à environ 2 km au nord du centre de la ville actuelle de Jéricho, près de la source d'Ein es-Sultan. L'identification fait l'objet d'un très large consensus.
On a retrouvé plusieurs remparts effondrés, mais aucun ne peut être attribué avec certitude à l'épisode de Josué 6. Les murs que Garstang associait à Josué datent du Bronze ancien ; la dernière grande ville fortifiée a été détruite à la fin du Bronze moyen, vers 1550 av. J.-C. selon la datation majoritaire.
Kathleen Kenyon, puis le radiocarbone et la mission italo-palestinienne, datent la destruction de la ville fortifiée vers 1550 av. J.-C., avant l'époque attribuée à Josué. En 1990, Bryant Wood a proposé de la redater vers 1400 av. J.-C. ; cette thèse reste minoritaire. L'érosion des niveaux du Bronze récent complique encore l'interprétation.
La tour de pierre du tell date du Néolithique précéramique A, vers 8000 av. J.-C. Haute d'environ 8,5 m, avec un escalier intérieur de 22 marches, elle est bien antérieure à toute période biblique.
Oui. « Ancient Jericho/Tell es-Sultan » a été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en septembre 2023, au nom de l'État de Palestine, pour la continuité exceptionnelle de son occupation depuis le X<sup>e</sup> millénaire av. J.-C.
Jéricho est à environ 35 km de Jérusalem par la route. La ville se trouve en zone A, administrée par l'Autorité palestinienne : les conditions d'accès varient selon la situation et la nationalité du visiteur. Beaucoup de voyageurs passent par une agence ou un guide local ; vérifiez les consignes officielles avant de partir.
Non. Le palais de Hisham (Khirbet al-Mafjar) est un complexe omeyyade du VIII<sup>e</sup> siècle de notre ère, construit plus de deux mille ans après l'époque de Josué. Il se visite souvent le même jour que Tell es-Sultan.
Selon Josué 6:25, Rahab et toute sa famille furent épargnées et vécurent au milieu d'Israël. Le Nouveau Testament la mentionne dans la généalogie de Jésus (Matthieu 1:5) et parmi les modèles de foi (Hébreux 11:31).