
Jéricho (Tell es-Sultan) : les murailles de Josué
Rahab, le passage du Jourdain et la chute des murailles : le récit de Josué face à un siècle de fouilles, sur l'un des plus anciens sites urbains du monde.

332 av. J.-C. – 70 apr. J.-C.
Des bergers bédouins, onze grottes et près de 900 manuscrits : le site qui a livré les plus anciennes copies connues de la Bible hébraïque, et l'énigme de ceux qui les ont cachés.
Crédit : Bahnfrend · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Sur un plateau qui domine la rive nord-ouest de la mer Morte, Qumrân (en anglais qumran, en arabe Khirbet Qumrân, « la ruine de Qumrân ») est le site archéologique le plus directement lié aux manuscrits de la mer Morte. Entre 1947 et 1956, onze grottes de Qumran creusées dans la falaise et dans la terrasse de marne ont livré les restes de quelque 900 rouleaux copiés entre le IIIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C., dont les plus anciennes copies connues des livres de la Bible hébraïque.
À quelques centaines de mètres des grottes, les ruines de Khirbet Qumrân, fouillées par le dominicain Roland de Vaux dans les années 1950, sont souvent attribuées à une communauté juive identifiée aux esséniens. Cette hypothèse reste majoritaire, mais elle est discutée. Cette fiche distingue ce que disent les textes, ce que montrent les fouilles et ce qui relève de l'interprétation, puis explique comment visiter le parc national et où voir les manuscrits de Qumran aujourd'hui, au Sanctuaire du Livre de Jérusalem.
Fin 1946 ou début 1947, de jeunes bergers de la tribu bédouine des Ta'amireh, dont Muhammad edh-Dhib, explorent une cavité de la falaise en cherchant une bête égarée. Ils y trouvent des jarres contenant des rouleaux de cuir enveloppés de lin. Sept rouleaux passent par des antiquaires de Bethléem : trois sont achetés en novembre 1947 par Eleazar Sukenik, de l'Université hébraïque ; quatre, dont le grand rouleau d'Isaïe, par le métropolite syriaque orthodoxe Mar Athanase Samuel. La grotte, appelée depuis « grotte 1 », n'est fouillée officiellement qu'en 1949 par Roland de Vaux et Gerald Lankester Harding.

La découverte lance une véritable course entre les Bédouins et les archéologues. De 1952 à 1956, dix autres grottes à manuscrits sont repérées. La plus riche, la grotte 4, découverte par les Bédouins en 1952 dans la terrasse de marne juste en face des ruines, a livré des milliers de fragments appartenant à plusieurs centaines de manuscrits, soit environ les trois quarts de l'ensemble. La grotte 3 a livré le mystérieux Rouleau de cuivre, la grotte 7 de rares fragments de papyrus en grec, et la grotte 11, trouvée en 1956, le Rouleau du Temple et un grand rouleau des Psaumes.
En février 2017, une équipe de l'Université hébraïque de Jérusalem dirigée par Oren Gutfeld, avec Randall Price (Liberty University), a annoncé l'identification d'une douzième grotte. Elle contenait des jarres brisées du type de celles de Qumrân, des tissus d'emballage, des lanières de cuir et un morceau de parchemin vierge, mais aucun manuscrit : deux têtes de pioche du milieu du XXe siècle indiquent qu'elle avait été pillée. Le rattachement de cette cavité à la série des grottes à manuscrits est admis par ses fouilleurs ; certains spécialistes restent prudents faute de texte.
Environ un quart des manuscrits sont des livres bibliques : tous ceux de la Bible hébraïque y sont représentés, sauf Esther. Les autres sont des textes apparentés à la Bible (paraphrases, commentaires, livres comme Hénoch ou les Jubilés) et des écrits propres à un groupe particulier. La plupart sont en hébreu, certains en araméen, quelques-uns en grec.

Trouvé dans la grotte 1, le grand rouleau d'Isaïe (1QIsaa) est le seul manuscrit de Qumrân conservé presque en entier : 17 feuilles de parchemin cousues, environ 7,34 m de long, 54 colonnes contenant les 66 chapitres du livre. L'écriture le situe vers la fin du IIe siècle av. J.-C. (vers 125-100 av. J.-C.), ce qui en fait un témoin antérieur d'environ mille ans aux plus anciens manuscrits massorétiques complets connus avant 1947. Son texte est très proche de celui qui a été transmis ensuite, avec de nombreuses variantes d'orthographe et quelques variantes de sens. Racheté aux États-Unis en 1954 par Yigael Yadin pour l'État d'Israël, il est conservé au Musée d'Israël.
Plusieurs rouleaux décrivent un groupe organisé qui se considère comme le vrai Israël : la Règle de la communauté fixe l'admission, les repas communs, la pureté et la hiérarchie ; le Document de Damas évoque un « Maître de justice » ; le Rouleau de la guerre décrit un combat final entre « fils de lumière » et « fils de ténèbres » ; les pesharim, comme le commentaire d'Habacuc, relisent les prophètes à la lumière de l'histoire du groupe. La Règle de la communauté justifie la retraite au désert par un verset d'Isaïe :
« Une voix crie : Préparez au désert le chemin de l'Éternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu. »
Ésaïe 40:3
Le même verset est appliqué dans les Évangiles à Jean-Baptiste, qui prêchait dans le désert de Judée (Marc 1:3 ; Jean 1:23). Des rapprochements entre Jean-Baptiste et Qumrân ont souvent été proposés, mais aucun texte ne les relie directement.
De 1951 à 1956, Roland de Vaux, directeur de l'École biblique et archéologique française de Jérusalem, mène six campagnes sur les ruines, avec Gerald Lankester Harding, du département des Antiquités de Jordanie. La céramique trouvée dans les ruines est identique à celle des grottes, ce qui établit le lien entre les deux.

Le bâtiment principal, carré et à étage, est flanqué d'une tour d'angle. De Vaux interprète une grande salle comme un réfectoire : une pièce voisine contenait plus d'un millier de bols, assiettes et gobelets empilés. À l'étage d'une autre salle (le locus 30) effondré, il retrouve des éléments de tables et de banquettes en plâtre et des encriers : il y voit un scriptorium, une salle de copie. Le terme est resté, même si l'usage exact de la pièce est discuté.
Un aqueduc amenait l'eau des crues du wadi vers une dizaine de grands bassins à degrés. Plusieurs sont interprétés comme des bains rituels (mikvaot) ; d'autres étaient de simples citernes, et certains ont pu servir aux deux. Les marches de l'un d'eux sont fendues, sans doute par le tremblement de terre de 31 av. J.-C. mentionné par Flavius Josèphe.
À l'est des ruines s'étend un cimetière de plus de mille tombes, orientées pour la plupart nord-sud. Seule une petite partie a été fouillée : les squelettes étudiés sont en majorité masculins, mais des femmes et des enfants ont aussi été identifiés, et certaines sépultures pourraient être bien plus tardives.
Les auteurs anciens décrivent les esséniens comme l'un des grands courants du judaïsme de l'époque du Second Temple, à côté des pharisiens et des sadducéens. Philon d'Alexandrie et Flavius Josèphe en comptent plus de 4 000, vivant en communautés, partageant leurs biens et attentifs à la pureté. Pline l'Ancien (Histoire naturelle V, 73) situe un groupe d'esséniens sur la rive occidentale de la mer Morte, au-dessus d'Engada, c'est-à-dire Ein Guedi. Pour de Vaux, la concordance entre ces textes, les règles des manuscrits et les installations du site (salles communes, bains, encriers) désignait une communauté essénienne. C'est aujourd'hui encore l'hypothèse majoritaire, souvent sous une forme nuancée : un établissement lié au mouvement essénien, dont une partie seulement des manuscrits aurait été copiée sur place.
🔎 Où en est le débat ?
Aucune inscription ne nomme les habitants de Qumrân, et le mot « essénien » n'apparaît dans aucun manuscrit. Les analyses d'argile montrent qu'une partie de la céramique venait d'ailleurs, ce qui fragilise l'hypothèse de l'atelier de potiers, mais la diversité des manuscrits suggère aussi qu'ils n'ont pas tous été écrits sur place. La majorité des chercheurs retient un lien entre le site, les grottes et une communauté de type essénien ; les autres lectures restent minoritaires mais ont obligé à revoir plusieurs conclusions de de Vaux.
Le site est aménagé en parc national par l'Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA). L'entrée comprend une petite exposition et un court film sur la découverte, sous-titré en plusieurs langues. Un parcours balisé, en grande partie accessible en fauteuil roulant, traverse les ruines : tour, aqueduc, bassins à degrés, réfectoire et salle du « scriptorium ». Un belvédère fait face à la grotte 4, dont on voit les ouvertures dans la terrasse de marne. L'entrée dans les grottes n'est en principe pas proposée aux visiteurs ; des sentiers de randonnée montent vers la falaise, à n'emprunter qu'en suivant les indications du parc.

Les manuscrits ne sont pas exposés à Qumrân. La plupart des rouleaux complets sont conservés à Jérusalem, au Sanctuaire du Livre du Musée d'Israël, inauguré en 1965. Son toit blanc en forme de couvercle de jarre, conçu par Frederick Kiesler et Armand Bartos, fait face à un mur de basalte noir, en écho au combat des « fils de lumière » contre les « fils de ténèbres ». Au centre, un fac-similé du grand rouleau d'Isaïe est présenté ; les originaux, fragiles, sont exposés par rotation. Des milliers de fragments sont conservés par l'Autorité des antiquités d'Israël, qui les a numérisés dans la bibliothèque en ligne Leon Levy, et le Rouleau de cuivre se trouve au musée de Jordanie, à Amman.
À quelques kilomètres au sud, la réserve d'Ein Feshkha (Einot Tsukim) conserve des vestiges contemporains de Qumrân. Au nord, Jéricho et ses palais hasmonéens et hérodiens rappellent le même contexte régional ; au sud, la route 90 mène à Ein Guedi puis à Massada, où des fragments de manuscrits apparentés à ceux de Qumrân ont aussi été retrouvés.
Qumrân, le site des manuscrits de la mer Morte : fouilles et visite
Parc national de Qumrân, route 90, rive nord-ouest de la mer Morte, près du kibboutz Kalia (à une quarantaine de kilomètres de Jérusalem par la route)
Coordonnées GPS : 31.7408, 35.4586
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Un palais suspendu au bord du désert, le dernier bastion de la révolte juive contre Rome et un récit célèbre que l'archéologie éclaire sans tout trancher.

Du récit de la Genèse aux fouilles de Bab edh-Dhra' et de Tall el-Hammam : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore, des villes détruites près de la mer Morte.
Ce sont environ 900 manuscrits, surtout sur parchemin, découverts entre 1947 et 1956 dans onze grottes autour de Qumrân. Copiés entre le IIIe siècle av. J.-C. et le Ier siècle apr. J.-C., ils comprennent les plus anciennes copies connues des livres de la Bible hébraïque (tous sauf Esther), des textes apparentés à la Bible et les écrits d'une communauté juive. Au sens large, l'expression inclut aussi des textes trouvés ailleurs dans le désert de Judée.
Aucun manuscrit ne nomme ses copistes. La majorité des chercheurs les attribue, au moins en partie, à une communauté juive installée à Qumrân et identifiée aux esséniens. D'autres pensent que beaucoup de rouleaux ont été apportés de Jérusalem ou d'autres groupes juifs, puis cachés dans les grottes pendant la guerre contre Rome (66-73 apr. J.-C.).
C'est l'hypothèse formulée par Roland de Vaux et toujours majoritaire, appuyée sur Pline l'Ancien, qui situe des esséniens sur la rive ouest de la mer Morte, et sur les règles de vie décrites dans les manuscrits. D'autres archéologues (Donceel, Hirschfeld, Magen et Peleg) ont proposé d'y voir une villa, un manoir fortifié ou un atelier de potiers. Aucune inscription ne tranche la question.
Le parc national permet de voir la grotte 4 depuis un belvédère situé face aux ruines. L'entrée dans les grottes n'est en principe pas proposée ; des sentiers montent vers la falaise, à n'emprunter qu'en suivant les indications de l'Autorité de la nature et des parcs.
Au Sanctuaire du Livre du Musée d'Israël, à Jérusalem, où un fac-similé du grand rouleau d'Isaïe est présenté au centre et où des originaux sont exposés par rotation. Les fragments sont aussi consultables en ligne dans la bibliothèque numérique Leon Levy de l'Autorité des antiquités d'Israël. Le Rouleau de cuivre est exposé au musée de Jordanie, à Amman.
Non, pas sous ce nom. Josué 15:61-62 cite, parmi les villes du désert de Juda, Secaca et Ir-Hammélach, la « ville du Sel » : Roland de Vaux proposait d'identifier Qumrân à cette dernière, d'autres chercheurs à Secaca. Le site n'est pas mentionné dans le Nouveau Testament.
C'est un rouleau de 17 feuilles de parchemin, long d'environ 7,34 m, qui contient les 66 chapitres du livre d'Isaïe. Trouvé en 1947 dans la grotte 1 et daté vers 125-100 av. J.-C., il est le seul manuscrit de Qumrân presque complet et le plus ancien exemplaire intégral connu d'un livre biblique. Il est conservé au Musée d'Israël.
Annoncée en 2017 par l'Université hébraïque de Jérusalem, la grotte 12 contenait des jarres brisées, des tissus d'emballage et un morceau de parchemin vierge, mais aucun manuscrit : des pioches du milieu du XXe siècle montrent qu'elle avait été pillée.