
Tel Megiddo : une cité cananéenne au temps de Josué
Une ville cananéenne que la Bible dit vaincue mais jamais dépossédée : quatre millénaires d'histoire au carrefour de l'Égypte et de la Mésopotamie.

1500-1200 av. J.-C.
« Autrefois la principale ville de tous ces royaumes » : la plus grande cité cananéenne du pays, sa destruction par le feu et un débat archéologique toujours ouvert.
Crédit : Bukvoed · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons
En Haute Galilée, au nord du lac de Tibériade, Tel Hatsor — aussi écrit Tel Hazor, l'antique Hatsor de la Bible — est le plus vaste site archéologique de l'époque biblique en Israël : environ 80 hectares, dont une ville haute (l'acropole) et une immense ville basse. Le livre de Josué la présente comme « la principale ville de tous ces royaumes » du nord de Canaan, gouvernée par le roi Jabin, et raconte qu'elle fut la seule cité incendiée par Josué lors de la campagne du nord (Josué 11).
Les fouilles y ont mis au jour un palais cérémoniel cananéen des XIVe-XIIIe siècles av. J.-C., détruit par un violent incendie à la fin de l'âge du Bronze récent. Qui a brûlé Hatsor ? Les Israélites, une révolte interne, un autre ennemi ? La question divise encore les archéologues. Le site, aujourd'hui parc national inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO (2005), montre aussi une porte, une citadelle et un système d'eau de l'âge du Fer, postérieurs de plusieurs siècles à l'époque de Josué.
Après la campagne du sud, le livre de Josué raconte une grande coalition des rois du nord. Son chef est Jabin, roi de Hatsor, qui convoque les rois de Madon, de Schimron, d'Acschaph et des régions voisines (Josué 11:1-3). Leurs armées, « avec des chevaux et des chars en très grand nombre », se rassemblent près des eaux de Mérom, où Josué les surprend et les met en déroute (Josué 11:4-9). Le récit revient ensuite sur Hatsor elle-même.
« À son retour, et dans le même temps, Josué prit Hatsor, et frappa son roi avec l'épée : Hatsor était autrefois la principale ville de tous ces royaumes. On frappa du tranchant de l'épée et l'on dévoua par interdit tous ceux qui s'y trouvaient, il ne resta rien de ce qui respirait, et l'on mit le feu à Hatsor. »
Josué 11:10-11
״וַיָּשָׁב יְהוֹשֻׁעַ בָּעֵת הַהִיא וַיִּלְכֹּד אֶת־חָצוֹר וְאֶת־מַלְכָּהּ הִכָּה בֶחָרֶב כִּי־חָצוֹר לְפָנִים הִיא רֹאשׁ כָּל־הַמַּמְלָכוֹת הָאֵלֶּה״
יהושע יא, י
Le texte insiste sur un détail qui intéresse directement les archéologues : Hatsor est présentée comme une exception. Les autres villes de la coalition sont prises mais pas brûlées.
« Mais Israël ne brûla aucune des villes situées sur des collines, à l'exception seulement de Hatsor, qui fut brûlée par Josué. »
Josué 11:13
Le roi de Hatsor figure ensuite dans la liste des trente et un rois vaincus (Josué 12:19). Pour replacer ce récit dans l'ensemble de la période, voir l'Exode et la conquête de Canaan.
Hatsor réapparaît au livre des Juges. Un « Jabin, roi de Canaan, qui régnait à Hatsor » opprime Israël ; son général Sisera est vaincu par Barak, à l'appel de la prophétesse Débora, au pied du mont Thabor (Juges 4-5).
« Et l'Éternel les vendit entre les mains de Jabin, roi de Canaan, qui régnait à Hatsor. Le chef de son armée était Sisera, et habitait à Haroscheth-Goïm. »
Juges 4:2
״וַיִּמְכְּרֵם יְהוָה בְּיַד יָבִין מֶלֶךְ־כְּנַעַן אֲשֶׁר מָלַךְ בְּחָצוֹר וְשַׂר־צְבָאוֹ סִיסְרָא וְהוּא יוֹשֵׁב בַּחֲרֹשֶׁת הַגּוֹיִם״
שופטים ד, ב
Comment un roi Jabin peut-il régner à Hatsor après la mort d'un premier Jabin et l'incendie de la ville ? Les lectures varient : nom dynastique porté par plusieurs rois, traditions distinctes réunies par les rédacteurs, ou simple rattachement du souvenir de la grande cité à un récit plus tardif. Les archives de Mari (XVIIIe s. av. J.-C.) nomment un roi de Hatsor appelé Ibni-Addu, et certains chercheurs rapprochent « Ibni » de « Yabin » (Jabin) : c'est une hypothèse, pas une démonstration. La suite de cette histoire relève de la période des Juges et des Rois.
Hatsor contrôlait la grande route qui reliait l'Égypte à la Syrie et à la Mésopotamie, au-dessus de la vallée de la Houla. Les fouilles montrent deux ensembles bien distincts :
Hatsor n'est pas seulement une ville de la Bible. Elle apparaît dans les textes d'exécration égyptiens (XIXe s. av. J.-C.), puis dans les archives de Mari, sur l'Euphrate (XVIIIe s.), où elle est la seule ville de Canaan mentionnée : des messagers et des marchandises, dont de l'étain, y circulent. Au XIVe siècle, les lettres d'Amarna, correspondance diplomatique des pharaons, citent encore Hatsor, dont une lettre de son roi Abdi-Tirši au pharaon ; d'autres rois de Canaan accusent Hatsor de s'emparer de leurs villes. Des listes de conquêtes des pharaons du Nouvel Empire mentionnent aussi la cité. Hatsor a par ailleurs livré le plus grand ensemble de tablettes cunéiformes du sud du Levant, dont des fragments de lois dans le style du code d'Hammurabi.
Au cœur de la ville haute, le monument majeur du parc est le palais utilisé par les rois de Hatsor aux XIVe et XIIIe siècles av. J.-C. Aujourd'hui abrité sous un grand toit, il présente un escalier d'entrée flanqué de deux piliers de basalte, des murs dont la base est revêtue de dalles de basalte (orthostates), une estrade cultuelle et, au centre, une salle interprétée comme la salle du trône. Son plan suit une tradition architecturale syrienne, comparable au palais royal d'Ougarit. À côté, d'autres bâtiments monumentaux mêlent fonctions palatiales et religieuses.
La ville basse, protégée par d'énormes remparts de terre, a livré plusieurs temples cananéens : un temple à orthostates de basalte, un petit sanctuaire à stèles dressées, de nombreuses statues et objets de culte. Ces secteurs sont en grande partie hors du parcours de visite, qui se concentre sur la ville haute ; une partie des objets est exposée au musée d'Israël, à Jérusalem, et au musée de Hatsor, au kibboutz Ayelet HaShahar.
La dernière ville cananéenne de Hatsor, haute et basse, a été détruite violemment au XIIIe siècle av. J.-C., à la fin de l'âge du Bronze récent. Dans le palais, les fouilleurs ont trouvé une épaisse couche de cendres, des briques cuites par l'incendie, des poutres carbonisées et des jarres pleines de blé brûlé. Des statues de divinités et de souverains, cananéennes et égyptiennes, ont été décapitées ou mutilées, ce qui suggère une destruction délibérée des symboles du pouvoir. Après cet incendie, la ville basse n'a plus jamais été habitée, et la ville haute n'a connu qu'une occupation modeste pendant plus d'un siècle.
🔎 Ce que l'archéologie permet de dire
La destruction par le feu est bien attestée et concorde avec la mention d'un incendie dans Josué 11. Mais aucune inscription ne nomme les assaillants, et la date exacte (plutôt au milieu ou dans la seconde moitié du XIIIe siècle) reste discutée. La concordance entre le texte et la couche de cendres est un argument sérieux, pas une preuve de l'identité des destructeurs.
Une grande partie de ce que le visiteur voit en montant sur le tell date de l'âge du Fer, c'est-à-dire des Xe-VIIIe siècles av. J.-C., bien après l'époque de Josué. Ces monuments relèvent du royaume d'Israël, pas de la conquête.

La porte dite « de Salomon » compte six chambres et deux tours, avec une muraille à casemates (deux murs parallèles reliés par des cloisons). Les fouilleurs la datent du Xe siècle av. J.-C. et la rapprochent du verset qui attribue à Salomon des travaux à Hatsor, Megiddo et Guézer ; d'autres archéologues, dont Israel Finkelstein, la placent au IXe siècle. Des portes du même plan existent à Tel Megiddo et à Guézer.
« Voici ce qui concerne les hommes de corvée que leva le roi Salomon pour bâtir la maison de l'Éternel et sa propre maison, Millo, et le mur de Jérusalem, Hatsor, Meguiddo et Guézer. »
1 Rois 9:15
״וְזֶה דְבַר־הַמַּס אֲשֶׁר־הֶעֱלָה הַמֶּלֶךְ שְׁלֹמֹה לִבְנוֹת אֶת־בֵּית יְהוָה וְאֶת־בֵּיתוֹ וְאֶת־הַמִּלּוֹא וְאֵת חוֹמַת יְרוּשָׁלִָם וְאֶת־חָצֹר וְאֶת־מְגִדּוֹ וְאֶת־גָּזֶר״
מלכים א ט, טו
Au IXe siècle av. J.-C., probablement sous le roi Achab, la ville s'agrandit : citadelle en pierre de taille, entrepôt à deux rangées de piliers, maisons israélites. Le système d'eau est l'un des temps forts de la visite : un puits vertical creusé à travers les couches du tell jusqu'au rocher, sur environ 45 mètres de profondeur, puis un tunnel incliné d'environ 25 mètres qui atteint la nappe d'eau. Il permettait de s'approvisionner à l'intérieur de la ville en cas de siège.
Hatsor est détruite par le roi assyrien Tiglath-Piléser III en 732 av. J.-C., lors de la conquête de la Galilée (2 Rois 15:29). Ensuite, seules des citadelles occupent l'extrémité ouest de la ville haute, jusqu'à l'époque hellénistique.
📌 Deux époques à ne pas confondre
Le palais incendié appartient à la Hatsor cananéenne (XIVe-XIIIe s. av. J.-C.). La porte à six chambres, la citadelle, les maisons à piliers et le système d'eau appartiennent à la Hatsor israélite (Xe-VIIIe s. av. J.-C.).
Le site, appelé en arabe Tell el-Qedah (ou Tell Waqqas), a été proposé comme la Hatsor biblique dès le XIXe siècle, identification confirmée par les fouilles. Après des sondages de John Garstang dans les années 1920, la grande expédition de l'Université hébraïque de Jérusalem, dirigée par Yigael Yadin, fouille le site de 1955 à 1958, puis lors d'une dernière campagne en 1968. Ce fut le chantier le plus important des premières années de l'État d'Israël.

Les fouilles ont repris en 1990 sous le nom de Selz Foundation Hazor Excavations in Memory of Yigael Yadin, sous la direction d'Amnon Ben-Tor (1935-2023), avec Sharon Zuckerman comme codirectrice de 2006 à sa mort en 2014. Depuis 2022, l'expédition est codirigée puis dirigée par Igor Kreimerman (Université hébraïque). Une 34e saison était programmée à l'été 2026 : les recherches se poursuivent, et certaines zones du parc peuvent être en chantier.
Parmi les découvertes des dernières décennies : de nouveaux fragments de statues égyptiennes, des tablettes cunéiformes, les bâtiments administratifs de la ville cananéenne et les fortifications israélites construites sur la couche de destruction.
Le parc national de Tel Hatsor est géré par l'Autorité israélienne de la nature et des parcs. La visite porte sur la ville haute : on suit un circuit balisé qui passe par la porte à six chambres, le palais cananéen sous son toit, la citadelle et les maisons israélites (déplacées pour dégager le palais), puis le passage vers la ville basse et le système d'eau.
Horaires, tarifs et réservation : consulter le site de l'Autorité israélienne de la nature et des parcs, qui recommande de réserver sa visite. Tel Hatsor se combine bien avec Tel Dan, à une trentaine de kilomètres au nord, et avec Tel Megiddo, l'autre grande cité cananéenne du nord inscrite à l'UNESCO.
Tel Hatsor (Hazor) : la capitale cananéenne de Josué 11
Parc national de Tel Hatsor, route 90 entre Rosh Pina et Kiryat Shmona, près du kibboutz Ayelet HaShahar
Coordonnées GPS : 33.0179, 35.5688
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Les deux désignent le même lieu. « Hatsor » suit la prononciation hébraïque (חָצוֹר) et la Bible Louis Segond ; « Hazor » est la graphie anglaise et internationale, utilisée par l'UNESCO et les fouilleurs. Le site s'appelait en arabe Tell el-Qedah ou Tell Waqqas.
La ville cananéenne a bien été détruite par un violent incendie au XIIIe siècle av. J.-C., ce qui concorde avec Josué 11:11-13. Mais aucune inscription ne nomme les assaillants : Amnon Ben-Tor y voyait les Israélites, Sharon Zuckerman une révolte interne, et d'autres chercheurs envisagent d'autres ennemis. La question reste ouverte.
L'expression de Josué 11:10 reflète la taille et le rôle de Hatsor : environ 80 hectares, de loin la plus grande ville de Canaan au IIe millénaire av. J.-C., seule ville cananéenne citée dans les archives de Mari et en relation avec les grandes cours du Proche-Orient.
Non. La porte à six chambres est de l'âge du Fer : les fouilleurs la datent du Xe siècle av. J.-C. (époque attribuée à Salomon, 1 Rois 9:15), d'autres archéologues du IXe siècle. Elle est postérieure de plusieurs siècles à la destruction de la ville cananéenne.
Un grand bâtiment royal des XIVe-XIIIe siècles av. J.-C., au centre de la ville haute, avec escalier d'entrée, piliers et orthostates de basalte, estrade cultuelle et salle du trône. Il a été détruit dans l'incendie final de la ville cananéenne et est aujourd'hui protégé par un toit.
Comptez 1 h 30 à 2 h pour le circuit de la ville haute et le système d'eau. Le musée de Hatsor, au kibboutz Ayelet HaShahar, ne reçoit que des groupes sur rendez-vous.
Non. Il est attribué au IXe siècle av. J.-C., probablement à l'époque du roi Achab. Un puits d'environ 45 mètres de profondeur, doté d'escaliers, mène à un tunnel incliné qui rejoint la nappe d'eau.
Tel Dan et ses sources au nord, Tel Megiddo dans la vallée de Jezréel (autre « tel biblique » de l'UNESCO) et, pour la suite du récit de la conquête, Jéricho et Tel Lakish.