Muraille de pierre et sentier en escalier montant vers la porte de la ville de Tel Lakish, sur une pente d'herbes sèches

1500-1200 av. J.-C.

Tel Lakish : la cité cananéenne prise par Josué

Ville royale cananéenne sous tutelle égyptienne, Lakish figure parmi les cités du sud prises par Josué. Ses fouilles racontent une histoire plus complexe, et plus longue.

Crédit : Wilson44691 · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Tel Lakish (Lakis dans la Bible Segond, Lachish en anglais, Tell ed-Duweir en arabe) est l'un des plus grands tells de la Shéphélah, les basses collines entre la plaine côtière et les monts de Judée. Au Bronze récent, c'était une cité-État cananéenne gouvernée par un roi local et soumise à l'Égypte. Le livre de Josué la range parmi les cinq villes amorites coalisées contre Gabaon, puis raconte sa prise « le second jour » (Josué 10:31-32).

Sur le terrain, l'archéologie montre une ville cananéenne prospère, riche en temples et en objets égyptiens, détruite par le feu vers 1150–1130 av. J.-C., donc plus tard que les dates proposées pour Josué. Cette fiche distingue le récit biblique, ce que révèlent les fouilles et ce que l'on voit aujourd'hui dans le parc national, où la plupart des vestiges visibles appartiennent à la ville de Juda, plus récente.

⏱ Visite : environ 90 min Mis à jour le

Lakish dans le livre de Josué

Japhia, roi de Lakish, et la coalition des cinq rois

Après l'alliance conclue entre Josué et les Gabaonites, Adoni-Tsédek, roi de Jérusalem, appelle à l'aide quatre rois du sud pour punir Gabaon. Le roi de Lakish s'appelle Japhia.

« Adoni-Tsédek, roi de Jérusalem, fit dire à Hoham, roi d'Hébron, à Piream, roi de Jarmuth, à Japhia, roi de Lakis, et à Debir, roi d'Églon : »

Josué 10:3

וַיִּשְׁלַח אֲדֹנִי־צֶדֶק מֶלֶךְ יְרוּשָׁלִַם אֶל־הוֹהָם מֶלֶךְ־חֶבְרוֹן וְאֶל־פִּרְאָם מֶלֶךְ־יַרְמוּת וְאֶל־יָפִיעַ מֶלֶךְ־לָכִישׁ וְאֶל־דְּבִיר מֶלֶךְ־עֶגְלוֹן לֵאמֹר

יהושע י, ג

Les cinq armées assiègent Gabaon, Josué les met en déroute et les poursuit par la montée de Beth-Horon jusqu'à Azéka et Makkéda (Josué 10:10). Les cinq rois, réfugiés dans une caverne à Makkéda, sont capturés et exécutés (Josué 10:16-27).

La prise de Lakish « le second jour »

Le récit enchaîne ensuite une campagne rapide dans le sud : Makkéda, Libna, puis Lakish, Églon, Hébron et Debir. C'est la seule ville de ce récit dont la prise est explicitement placée au « second jour ».

« Josué, et tout Israël avec lui, passa de Libna à Lakis ; il campa devant elle, et il l'attaqua. L'Éternel livra Lakis entre les mains d'Israël, qui la prit le second jour, et la frappa du tranchant de l'épée, elle et tous ceux qui s'y trouvaient, comme il avait traité Libna. »

Josué 10:31-32

וַיַּעֲבֹר יְהוֹשֻׁעַ וְכָל־יִשְׂרָאֵל עִמּוֹ מִלִּבְנָה לָכִישָׁה וַיִּחַן עָלֶיהָ וַיִּלָּחֶם בָּהּ. וַיִּתֵּן יְהוָה אֶת־לָכִישׁ בְּיַד יִשְׂרָאֵל וַיִּלְכְּדָהּ בַּיּוֹם הַשֵּׁנִי וַיַּכֶּהָ לְפִי־חֶרֶב וְאֶת־כָּל־הַנֶּפֶשׁ אֲשֶׁר־בָּהּ כְּכֹל אֲשֶׁר־עָשָׂה לְלִבְנָה

יהושע י, לא-לב

Le verset suivant ajoute que Horam, roi de Guézer, monte au secours de Lakish et qu'il est battu (Josué 10:33). Le roi de Lakish figure ensuite dans la liste des rois vaincus (Josué 12:11) et la ville est attribuée à la tribu de Juda, dans la Shéphélah (Josué 15:39).

📖 Ce que le texte ne dit pas

Josué 10 ne parle pas d'incendie à Lakish. Le livre précise même qu'Israël ne brûla aucune des villes « situées sur des collines » (littéralement : sur leurs tells), sauf Hatsor (Josué 11:13). Ce détail compte quand on compare le récit aux couches de destruction retrouvées par les archéologues.

Lakish, cité cananéenne du Bronze récent

Vue aérienne de Tel Lakish : sommet plat parcouru de sentiers, pentes raides et serres agricoles au pied du tell
Tel Lakish vu du ciel : les pentes raides héritées du glacis du Bronze moyenCrédit : Bukvoed · CC BY 4.0 · Wikimedia Commons

Un tell façonné au Bronze moyen

La silhouette du site, avec ses pentes raides et ses angles vifs, remonte au Bronze moyen (XVIIe–XVIe siècle av. J.-C.). Un immense talus de terre et de pierres, un glacis, entourait alors la ville fortifiée. Cette ville est détruite au milieu du XVIe siècle av. J.-C. ; Lakish renaît ensuite lentement au Bronze récent (vers 1550–1200 av. J.-C.) et devient l'une des villes les plus prospères du sud de Canaan.

Une cité-État sous tutelle égyptienne

Au XIVe siècle av. J.-C., les lettres d'Amarna, correspondance diplomatique en akkadien retrouvée en Égypte, citent Lakish à plusieurs reprises. Des souverains de la ville, dont Zimreddi (ou Zimrida) et Shipti-Baal, y écrivent au pharaon pour l'assurer de leur loyauté. Abdi-Heba, roi de Jérusalem, rapporte de son côté que Zimreddi a été tué par ses propres serviteurs. Ces tablettes montrent une région morcelée en petites principautés rivales, toutes vassales de l'Égypte : le contexte politique que suppose aussi la coalition de Josué 10, avec ses cinq rois de villes voisines.

Le temple du Fossé

Dans les années 1930, l'expédition britannique a dégagé, au pied nord-ouest du tell, un sanctuaire construit dans l'ancien fossé des fortifications du Bronze moyen : le temple du Fossé (Fosse Temple). Agrandi en trois phases entre le XVe et le XIIIe siècle av. J.-C., il a livré des centaines de vases, des bijoux et des offrandes, ainsi qu'une cruche ornée d'une courte inscription en écriture alphabétique ancienne. Il a été détruit par un incendie vers la fin du XIIIe ou le début du XIIe siècle av. J.-C., en même temps que la ville du niveau VII.

Les temples de la ville haute (niveau VI)

La dernière ville cananéenne, dite niveau VI, était grande, densément peuplée et apparemment sans rempart. Sur le sommet, l'équipe de David Ussishkin a fouillé un temple dont l'architecture trahit une forte influence égyptienne. Entre 2016 et 2017, la Quatrième expédition a découvert un second sanctuaire du XIIe siècle av. J.-C. dans l'angle nord-est du tell : deux pierres dressées dans le saint des saints, des chaudrons de bronze, des bijoux, des scarabées et deux figurines de bronze de « dieux frappant », le bras levé, souvent identifiés à Baal ou Reshef.

  • IdentificationTell ed-Duweir = Lakish, proposée dans les années 1920 et confirmée par les lettres de Lakish ; consensus très large
  • Bronze récentTemple du Fossé (XVe–XIIIe s.), niveaux VII et VI, temples de la ville haute
  • TextesLettres d'Amarna (XIVe s.), inscriptions hiératiques égyptiennes sur bols, inscriptions alphabétiques anciennes
  • Visible aujourd'huiSurtout la ville de Juda (IXe–VIe s. av. J.-C.) : porte, palais-forteresse, rampe de siège

La fin de Lakish cananéenne et la question de Josué

Deux destructions successives

  • Vers 1200 av. J.-C. — Incendie du temple du Fossé ; fin de la ville du niveau VII (datation discutée : fin du XIIIe ou début du XIIe siècle).
  • XIIe s. av. J.-C. — Ville du niveau VI, toujours dans l'orbite égyptienne : une plaque de bronze porte le cartouche de Ramsès III.
  • Vers 1150–1130 av. J.-C. — La ville du niveau VI est détruite par un violent incendie, puis reste en ruine pendant environ deux siècles.

Un décalage chronologique à assumer

La destruction la mieux documentée, celle du niveau VI, intervient après 1200 av. J.-C., au milieu ou dans la seconde moitié du XIIe siècle. Elle est postérieure aux deux dates habituellement proposées pour Josué : vers 1400 av. J.-C. selon la chronologie tirée de 1 Rois 6:1, ou au XIIIe siècle selon la chronologie « basse ». Même la fin du niveau VII, vers 1200, ne peut être attribuée à aucun groupe précis : aucune inscription, aucune arme ne désigne l'assaillant. Les chercheurs évoquent des conflits entre cités cananéennes, le reflux de l'Égypte, les « Peuples de la mer » ou des troubles internes.

⚖️ Récit et archéologie

L'archéologie ne confirme pas une prise de Lakish par Israël à la fin du Bronze récent, et elle ne permet pas non plus de dater le récit de Josué 10. Beaucoup d'historiens pensent que ce chapitre a été mis par écrit bien plus tard, à l'époque des rois de Juda, quand Lakish était la deuxième ville du royaume. D'autres lecteurs gardent une lecture plus historique du texte. Dans tous les cas, les ruines visibles au sommet du tell ne sont pas celles de la ville de Japhia.

Un siècle de fouilles à Tel Lakish

  • 1932–1938 — Expédition britannique dirigée par James Leslie Starkey, avec Olga Tufnell et Gerald Lankester Harding : temple du Fossé, porte de la ville, lettres de Lakish. Starkey est assassiné en janvier 1938 ; Olga Tufnell publie les résultats jusqu'à la fin des années 1950.
  • 1966 et 1968 — Yohanan Aharoni, pour l'Université hébraïque et l'Université de Tel-Aviv : sanctuaire dit « solaire » de l'époque perse ou hellénistique et niveaux plus anciens.
  • 1973–1994 — David Ussishkin (Université de Tel-Aviv et Société d'exploration d'Israël) : stratigraphie complète, temple du niveau VI, rampe de siège assyrienne, porte de la ville.
  • 2013–2017 — Quatrième expédition, dirigée par Yosef Garfinkel (Université hébraïque), Michael G. Hasel et Martin G. Klingbeil (Southern Adventist University) : fortifications de Juda et temple cananéen du nord-est.
  • Depuis 2017 — Expédition austro-israélienne (Académie autrichienne des sciences et Université hébraïque), codirigée par Felix Höflmayer et Katharina Streit : niveaux du Bronze moyen et récent, tesson inscrit en alphabet ancien du XVe siècle av. J.-C., ostracon hiératique égyptien.

Après Josué : la ville de Juda et le siège de 701

Ce que le visiteur remarque d'abord à Tel Lakish appartient à une autre époque, présentée dans notre page sur les Juges et les Rois. Refondée à l'âge du Fer, Lakish devient la principale place forte de Juda après Jérusalem, avec un double rempart, une grande porte et un palais-forteresse bâti sur un podium.

Sennachérib devant Lakish (701 av. J.-C.)

Lors de la révolte d'Ézéchias contre l'Assyrie, Sennachérib assiège et prend Lakish ; c'est à Lakish qu'Ézéchias lui envoie sa soumission (2 Rois 18:14). À l'angle sud-ouest du tell subsiste la rampe de siège assyrienne, un amas de pierres adossé à la pente, la seule rampe de siège assyrienne connue au Proche-Orient selon l'Autorité des parcs. Les défenseurs y avaient répondu par une contre-rampe intérieure.

Bas-relief assyrien en pierre montrant des soldats et des machines de siège montant sur des rampes vers des remparts
Assaut de Lakish sur les reliefs du palais de Sennachérib à Ninive (vers 700 av. J.-C.), British MuseumCrédit : Zunkir · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Sennachérib fit sculpter l'assaut sur les murs d'une salle de son palais de Ninive. Ces reliefs de Lakish, aujourd'hui au British Museum à Londres, montrent les béliers, les archers et la déportation des habitants.

Les lettres de Lakish (vers 588–586 av. J.-C.)

Dans la porte incendiée par les Babyloniens, Starkey a découvert en 1935 des ostraca, lettres écrites à l'encre sur des tessons. La lettre n° 4 se termine par « nous ne voyons pas Azéqa », écho de Jérémie 34:7, où Lakish et Azéqa sont les dernières villes fortes de Juda.

Visiter le parc national de Tel Lakish

Le site est un parc national géré par l'Autorité israélienne de la nature et des parcs. Un centre d'accueil propose un film de présentation ; la visite du tell se fait ensuite librement par des sentiers balisés et une signalétique récente.

Le parcours

  • La porte de la ville et la montée d'accès : ville de Juda (âge du Fer), là où furent trouvées les lettres de Lakish.
  • Le podium du palais-forteresse au sommet, avec la vue sur la Shéphélah.
  • La rampe de siège assyrienne à l'angle sud-ouest, et un puits profond.
  • Le Bronze récent : les temples cananéens ont été fouillés, mais ils se lisent surtout grâce aux panneaux ; ne vous attendez pas à un temple cananéen restauré.

Accès & GPS

Tel Lakish : la cité cananéenne prise par Josué
Parc national de Tel Lakish, près du moshav Lakhish, à environ 5 km au sud-ouest de Beit Guvrin (Waze : « Tel Lachish National Park »)

Coordonnées GPS : 31.5655, 34.8492

Lancer la navigation avec :

Infos pratiques

Durée de visite
Environ 1 h 15 à 1 h 30 avec le film du centre d’accueil.
Horaires & tarifs
Variables selon la saison : se renseigner auprès de l’Autorité israélienne de la nature et des parcs (parks.org.il) avant la visite.
Réservation
L’entrée au centre d’accueil se réserve à l’avance sur le système de réservation de l’Autorité des parcs ; le film peut être demandé en anglais ou en arabe.
Accessibilité PMR
Parking, centre d’accueil, coin pique-nique ombragé et montée jusqu’au belvédère ombragé accessibles en fauteuil ; le reste du sentier ne l’est pas.
Saisons recommandées
Printemps et automne. En été, venir tôt : le tell offre très peu d’ombre.
À prévoir
Chaussures fermées, eau et chapeau.

Itinéraires suggérés

La campagne du sud (Josué 10)
Tel Gezer → Tel Azéqa → Tel Lakish
Juda face à l’Assyrie
Jérusalem (Cité de David) → Beit Guvrin → Tel Lakish

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Questions fréquentes

Où se trouve Lakish ?

Tel Lakish se trouve dans la Shéphélah, au sud d'Israël, près du moshav Lakhish, à environ 5 km au sud-ouest de Beit Guvrin et à une quarantaine de kilomètres au sud-ouest de Jérusalem à vol d'oiseau. Les coordonnées GPS figurent dans la rubrique « Accès & GPS ».

Josué a-t-il vraiment pris Lakish ?

Le livre de Josué le raconte (Josué 10:31-32). L'archéologie montre deux destructions de la ville cananéenne, vers 1200 puis vers 1150–1130 av. J.-C., sans indice sur leurs auteurs. La seconde, la mieux datée, est postérieure aux dates proposées pour Josué. La question reste ouverte et dépend aussi de la manière dont on date le récit lui-même.

Qu'est-ce que le temple du Fossé ?

Un sanctuaire cananéen construit au pied du tell, dans l'ancien fossé des fortifications du Bronze moyen, utilisé en trois phases du XVe au XIIIe siècle av. J.-C. Il a été fouillé dans les années 1930 et n'est pas aménagé pour la visite.

Qui étaient les rois de Lakish dans les lettres d'Amarna ?

Au XIVe siècle av. J.-C., des souverains comme Zimreddi (Zimrida) et Shipti-Baal écrivent au pharaon. Aucun ne porte le nom de Japhia, le roi cité en Josué 10:3 ; ces lettres ne couvrent d'ailleurs que quelques décennies du XIVe siècle.

Que voit-on aujourd’hui sur le site ?

Surtout la ville de Juda : la porte, le podium du palais-forteresse, les remparts, le puits et la rampe de siège assyrienne de 701 av. J.-C. Les niveaux cananéens sont expliqués par la signalétique et le film du centre d'accueil.

Où voir les reliefs de Lakish ?

Les originaux, provenant du palais de Sennachérib à Ninive, sont exposés au British Museum de Londres. Une partie des lettres de Lakish est conservée au musée d'Israël à Jérusalem.