
Tel Lakish : la cité cananéenne prise par Josué
Ville royale cananéenne sous tutelle égyptienne, Lakish figure parmi les cités du sud prises par Josué. Ses fouilles racontent une histoire plus complexe, et plus longue.

1500-1200 av. J.-C.
Une puissante cité cananéenne que le livre de Josué dit invaincue, citée par les pharaons d'Amarna et de Mérenptah, puis rebâtie sous Salomon.
Crédit : Davidbena · CC0 · Wikimedia Commons
À mi-chemin entre Jérusalem et Tel-Aviv, près du village de Karmei Yosef, le parc national de Tel Gezer occupe une colline qui domine la vallée d'Ayalon et la plaine côtière. Dans la Bible, Gezer (écrit « Guézer » dans la traduction Segond) apparaît dans le récit de la conquête : son roi Horam est battu par Josué alors qu'il vient au secours de Lakis, mais les Cananéens de la ville ne sont pas chassés (Josué 10:33 ; 16:10).
Tel Gezer est aussi l'un des sites les mieux documentés de la fin de l'âge du Bronze : ses rois écrivent au pharaon dans les lettres d'Amarna, et la stèle de Mérenptah affirme vers 1208 av. J.-C. que « Gezer est capturée ». Sur le terrain, on parcourt une porte cananéenne, un haut-lieu aux dix stèles dressées, un impressionnant système d'eau taillé dans le roc et une porte à six chambres de l'âge du Fer, attribuée à Salomon.
« Alors Horam, roi de Guézer, monta pour secourir Lakis. Josué le battit, lui et son peuple, sans laisser échapper personne. »
Josué 10:33
״אָז עָלָה הֹרָם מֶלֶךְ גֶּזֶר לַעְזֹר אֶת־לָכִישׁ וַיַּכֵּהוּ יְהוֹשֻׁעַ וְאֶת־עַמּוֹ עַד־בִּלְתִּי הִשְׁאִיר־לוֹ שָׂרִיד.״
יהושע י, לג
Gezer entre dans le récit biblique au chapitre 10 de Josué, pendant la campagne du sud. Alors que les Israélites assiègent Lakis, Horam, roi de Gezer, monte au secours de la ville voisine et il est vaincu. Le texte ne dit pas que Gezer elle-même soit prise : il s'agit d'une bataille livrée à l'armée de son roi, loin de ses murailles. Le « roi de Guézer » figure ensuite dans la liste des rois vaincus (Josué 12:12).
Le livre de Josué et le livre des Juges insistent sur un point remarquable : Gezer n'est pas conquise. La ville est attribuée à la tribu d'Éphraïm, mais ses habitants cananéens y restent.
« Ils ne chassèrent point les Cananéens qui habitaient à Guézer, et les Cananéens ont habité au milieu d'Éphraïm jusqu'à ce jour, mais ils furent assujettis à un tribut. »
Josué 16:10
״וְלֹא הוֹרִישׁוּ אֶת־הַכְּנַעֲנִי הַיּוֹשֵׁב בְּגָזֶר וַיֵּשֶׁב הַכְּנַעֲנִי בְּקֶרֶב אֶפְרַיִם עַד־הַיּוֹם הַזֶּה וַיְהִי לְמַס־עֹבֵד.״
יהושע טז, י
Le livre des Juges reprend le constat presque mot pour mot : « Éphraïm ne chassa point les Cananéens qui habitaient à Guézer » (Juges 1:29). Ce récit d'une conquête inachevée tranche avec l'image d'une prise totale du pays. Il rejoint ce que suggèrent les sources égyptiennes : au Bronze récent, Gezer reste une cité cananéenne liée à l'Égypte.
Dans le partage du pays, Gezer figure parmi les villes données aux Lévites de la famille de Kehath, avec ses pâturages (Josué 21:21). Le verset la nomme juste après Sichem, ville de refuge. La ville appartient donc au territoire d'Israël sur le papier, mais le récit reconnaît qu'elle reste entre des mains cananéennes.
Gezer ne passe aux mains d'Israël, selon la Bible, que bien plus tard, au Xe siècle av. J.-C. Un pharaon, dont le texte ne donne pas le nom, s'en empare, l'incendie et l'offre en dot à sa fille, épouse de Salomon. Le roi la rebâtit avec Jérusalem, Hatsor et Meguiddo.
« Pharaon, roi d'Égypte, était venu s'emparer de Guézer, l'avait incendiée, et avait tué les Cananéens qui habitaient dans la ville. Puis il l'avait donnée pour dot à sa fille, femme de Salomon. »
1 Rois 9:16
״פַּרְעֹה מֶלֶךְ־מִצְרַיִם עָלָה וַיִּלְכֹּד אֶת־גֶּזֶר וַיִּשְׂרְפָהּ בָּאֵשׁ וְאֶת־הַכְּנַעֲנִי הַיֹּשֵׁב בָּעִיר הָרָג וַיִּתְּנָהּ שִׁלֻּחִים לְבִתּוֹ אֵשֶׁת שְׁלֹמֹה.״
מלכים א ט, טז
Ce prolongement dépasse la période de l'Exode et de la conquête, mais il éclaire la fin de l'histoire cananéenne de Gezer. Le texte biblique reste la seule source qui mentionne ce don de la ville.
Peu de villes de Canaan sont aussi présentes dans les archives égyptiennes du Nouvel Empire. Ces textes n'évoquent ni Josué ni les Israélites à Gezer, mais ils montrent ce qu'était la ville au moment où le récit biblique situe la conquête.
🔎 Ce que disent ces sources
Au Bronze récent, Gezer apparaît comme une cité-État cananéenne importante, vassale de l'Égypte. Cela s'accorde avec Josué 16:10, qui décrit des Cananéens restés à Gezer. En revanche, aucun texte égyptien ne mentionne une attaque israélite contre la ville, et l'archéologie ne permet pas de dater la bataille d'Horam.
Gezer est l'une des premières villes bibliques identifiées grâce à des inscriptions. À partir de 1874, Charles Clermont-Ganneau découvre autour du tell des pierres gravées en hébreu (ou araméen) et en grec, dont le texte signifie « limite de Gezer ». Elles datent des derniers siècles av. J.-C. Le tell est ensuite fouillé par R. A. S. Macalister pour le Palestine Exploration Fund (1902-1905, puis 1907-1909), puis par William G. Dever et le Hebrew Union College (1964-1973, avec des reprises en 1984 et 1990). De 2006 à 2017, Steven Ortiz et Samuel Wolff ont dirigé le Tel Gezer Excavation and Publication Project, sous l'égide du Tandy Institute for Archaeology puis du centre Lanier (Lipscomb University). La publication de leurs résultats se poursuit.
Au Bronze moyen, Gezer devient une grande ville fortifiée. Sur le flanc sud-ouest, les fouilles ont dégagé une porte flanquée de tours, avec des murs de briques crues sur socle de pierre. Une tour massive la protège. Un rempart de terre et de craie enduit renforçait le pied des murailles.

Au nord du tell se dresse l'ensemble le plus spectaculaire du site : une rangée de dix pierres dressées (masseboth), orientées nord-sud. La plus haute mesure environ trois mètres. Devant elles, un grand bassin de pierre servait peut-être aux libations. Dégagé par Macalister, réétudié en 1968, l'ensemble est daté des environs de 1600 av. J.-C. : sa fonction exacte reste débattue. On y voit souvent un « haut-lieu » cananéen, et parfois un monument commémorant des alliances entre villes.
⚠️ Attention aux dates
Les stèles de Gezer datent du Bronze moyen, vers 1600 av. J.-C. : elles sont antérieures à 1500, donc plus anciennes que la période où l'on situe l'Exode et la conquête. Elles ne sont ni un monument de Josué ni une trace des Israélites. Elles illustrent la religion cananéenne dont parle la Bible, par exemple quand Deutéronome 12:3 ordonne de briser les « statues » (en hébreu matsevot, les stèles dressées) des Cananéens.
Un tunnel oblique d'une soixantaine de mètres, taillé dans le roc, descend jusqu'à la nappe d'eau souterraine. Il permettait aux habitants de s'approvisionner à l'intérieur de la ville. Mis au jour par Macalister, il a été entièrement dégagé de 2010 à 2017 par une équipe du New Orleans Baptist Theological Seminary et de l'Autorité des parcs. Ses fouilleurs le datent du Bronze moyen, ce qui en ferait l'un des plus anciens de son type dans le pays. Cette datation est encore discutée.

Les niveaux du Bronze récent (vers 1550-1200 av. J.-C.) sont plus discrets sur le terrain. Ils sont pourtant bien documentés : bâtiments monumentaux sur l'acropole, scarabées et sceaux égyptiens, dont un grand scarabée au nom d'Amenhotep III. Ils éclairent le contexte des lettres d'Amarna. Les fouilles d'Ortiz et Wolff ont dégagé une grande demeure incendiée à la fin du XIIIe siècle, où reposaient les squelettes de trois personnes. Les fouilleurs attribuent cette destruction à la campagne de Mérenptah. Pour d'autres chercheurs, le lien avec la stèle reste possible mais non démontré.
Sur le flanc sud, la porte dite « de Salomon » présente trois paires de chambres de garde de part et d'autre du passage. Elle est reliée à un mur à casemates. Macalister l'avait prise pour une citadelle maccabéenne. En 1957, Yigael Yadin la rapproche des portes identiques de Hatsor et de Meguiddo et de 1 Rois 9:15. Les fouilleurs récents la datent du Xe siècle av. J.-C. ; les partisans d'une « chronologie basse » la placent plutôt au IXe siècle. Dans tous les cas, elle est postérieure de plusieurs siècles à la période de Josué.

En 1908, Macalister découvre une petite tablette de calcaire gravée : le calendrier de Gezer. Elle énumère les mois selon les travaux agricoles (récolte des olives, semailles, moisson de l'orge…). Datée en général du Xe siècle av. J.-C., elle compte parmi les plus anciennes inscriptions connues de la région ; les spécialistes discutent encore pour savoir si sa langue est déjà de l'hébreu ou un dialecte cananéen voisin. L'original est conservé au musée archéologique d'Istanbul ; une reproduction agrandie est présentée sur le parcours.
Le parcours proposé par l'Autorité israélienne de la nature et des parcs est une boucle piétonne balisée. Depuis le parking, où subsistent des traces du camp de la première expédition de fouilles, on franchit l'entrée du tell. On passe alors devant la reproduction du calendrier de Gezer et le point de vue sud, vers Karmei Yosef.
🧭 Ce que l'on voit, et de quelle époque
Porte, tour, stèles et système d'eau : Bronze moyen, avant 1500 av. J.-C. Niveaux du Bronze récent : peu visibles, connus surtout par les fouilles et les objets. Porte à six chambres : âge du Fer, Xe-IXe siècle. Aucun vestige ne peut être rattaché directement à Horam ou à Josué.
Gezer s'associe bien aux autres villes de la Shéphéla évoquées dans Josué 10, comme Lakis et Azéqa. Pour le contexte d'ensemble, voir la période de l'Exode et de la conquête de Canaan.
Tel Gezer : la cité cananéenne de Josué à Salomon
Parc national de Tel Gezer, accès par la route 44 près de Karmei Yosef (entre Ramla et Beit Shemesh)
Coordonnées GPS : 31.8597, 34.9225
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Ville royale cananéenne sous tutelle égyptienne, Lakish figure parmi les cités du sud prises par Josué. Ses fouilles racontent une histoire plus complexe, et plus longue.

Sur une colline boisée qui commande la vallée d'Ela, Azéqa marque le terme de la poursuite des rois amorites. Les fouilles y révèlent une ville cananéenne détruite par le feu.

Une ville cananéenne que la Bible dit vaincue mais jamais dépossédée : quatre millénaires d'histoire au carrefour de l'Égypte et de la Mésopotamie.

« Autrefois la principale ville de tous ces royaumes » : la plus grande cité cananéenne du pays, sa destruction par le feu et un débat archéologique toujours ouvert.
Tel Gezer se trouve dans la Shéphéla, à mi-chemin entre Jérusalem et Tel-Aviv, près de Karmei Yosef. On y accède par la route 44 puis un chemin agricole balisé. Les coordonnées GPS et les liens Waze, Google Maps et Apple Plans figurent dans la rubrique « Accès & GPS ».
Selon l'Autorité israélienne de la nature et des parcs, le site est ouvert sans horaires ni droit d'entrée (information vérifiée le 29 septembre 2026). La présence y est interdite la nuit. Ces conditions peuvent changer : vérifiez auprès du gestionnaire avant de partir.
Non, selon la Bible elle-même. Josué bat Horam, roi de Gezer, venu secourir Lakis (Josué 10:33), mais le texte précise que les Cananéens de Gezer ne furent pas chassés (Josué 16:10 ; Juges 1:29). La ville ne devient israélite qu'à l'époque de Salomon (1 Rois 9:16-17).
Non. Le haut-lieu aux dix stèles date du Bronze moyen, vers 1600 av. J.-C., soit avant 1500. Il est antérieur à la période de l'Exode et de la conquête. C'est un monument cananéen, dont la fonction exacte reste débattue.
Cette inscription du pharaon Mérenptah, datée vers 1208 av. J.-C., affirme que Gezer a été capturée lors de sa campagne en Canaan. Elle mentionne aussi « Israël », la plus ancienne attestation connue de ce nom. Les fouilleurs récents associent un incendie de la fin du XIII<sup>e</sup> siècle à cette campagne.
L'original, découvert en 1908, est conservé au musée archéologique d'Istanbul. Une reproduction agrandie est présentée sur le parcours du parc national.
Oui, environ 175 marches mènent au fond du tunnel. Il fait sombre après quelques dizaines de marches : prenez une lampe et des chaussures adaptées, et attention au sol glissant. Les chiens n'y sont pas admis.
Avec les autres villes de Josué 10 dans la Shéphéla, comme Tel Azéqa et Tel Lakis, ou avec Meguiddo et Hatsor, qui possèdent des portes à six chambres comparables.