
Tel Lakish : la cité cananéenne prise par Josué
Ville royale cananéenne sous tutelle égyptienne, Lakish figure parmi les cités du sud prises par Josué. Ses fouilles racontent une histoire plus complexe, et plus longue.

1500-1200 av. J.-C.
Sur une colline boisée qui commande la vallée d'Ela, Azéqa marque le terme de la poursuite des rois amorites. Les fouilles y révèlent une ville cananéenne détruite par le feu.
Crédit : AVRAMGR · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Tel Azéqa (Azéka dans la Bible Segond, Azekah en anglais, Tell Zakariya en arabe) domine la vallée d'Ela, au cœur de la Shéphélah de Juda, dans le parc Britannia géré par le KKL. Le livre de Josué y fait aboutir la poursuite des cinq rois amorites après la bataille de Gabaon : l'Éternel fait tomber du ciel de grosses pierres de grêle « jusqu'à Azéka » (Josué 10:10-11).
Depuis 2012, les fouilles de l'expédition Lautenschläger ont mis au jour une ville cananéenne du Bronze récent, avec un temple et plusieurs victimes, détruite par le feu dans la seconde moitié du XIIe siècle av. J.-C. Le site est aujourd'hui avant tout un belvédère et un lieu de promenade : on y lit dans le paysage Josué, David et Goliath, et les dernières heures du royaume de Juda.
Cinq rois amorites, ceux de Jérusalem, Hébron, Jarmuth, Lakish et Églon, assiègent Gabaon, alliée d'Israël. Josué monte de Guilgal pendant la nuit, surprend la coalition et la met en fuite. Le texte suit la retraite des vaincus, de Gabaon par la montée de Beth-Horon, jusqu'aux collines de la Shéphélah.
« L'Éternel les mit en déroute devant Israël ; et Israël leur fit éprouver une grande défaite près de Gabaon, les poursuivit sur le chemin qui monte à Beth-Horon, et les battit jusqu'à Azéka et à Makkéda. Comme ils fuyaient devant Israël, et qu'ils étaient à la descente de Beth-Horon, l'Éternel fit tomber du ciel sur eux de grosses pierres jusqu'à Azéka, et ils périrent ; ceux qui moururent par les pierres de grêle furent plus nombreux que ceux qui furent tués avec l'épée par les enfants d'Israël. »
Josué 10:10-11
וַיְהֻמֵּם יְהוָה לִפְנֵי יִשְׂרָאֵל וַיַּכֵּם מַכָּה־גְדוֹלָה בְּגִבְעוֹן וַיִּרְדְּפֵם דֶּרֶךְ מַעֲלֵה בֵית־חוֹרֹן וַיַּכֵּם עַד־עֲזֵקָה וְעַד־מַקֵּדָה. וַיְהִי בְּנֻסָם מִפְּנֵי יִשְׂרָאֵל הֵם בְּמוֹרַד בֵּית־חוֹרֹן וַיהוָה הִשְׁלִיךְ עֲלֵיהֶם אֲבָנִים גְּדֹלוֹת מִן־הַשָּׁמַיִם עַד־עֲזֵקָה וַיָּמֻתוּ רַבִּים אֲשֶׁר־מֵתוּ בְּאַבְנֵי הַבָּרָד מֵאֲשֶׁר הָרְגוּ בְּנֵי יִשְׂרָאֵל בֶּחָרֶב
יהושע י, י-יא
Azéka apparaît ici comme une borne géographique : le point extrême de la déroute, là où les collines de Benjamin laissent place à la Shéphélah. Le texte ne dit pas que la ville elle-même fut attaquée ou prise.
C'est au cours de la même journée que Josué adresse sa célèbre parole : « Soleil, arrête-toi sur Gabaon, et toi, lune, sur la vallée d'Ajalon ! » (Josué 10:12-13). Le récit cite pour cela le « livre du Juste », un recueil poétique perdu. La vallée d'Ajalon et Gabaon se trouvent à une vingtaine et une trentaine de kilomètres au nord et au nord-est d'Azéqa : on ne voit pas ce décor depuis le tell, mais on y voit l'aboutissement de la poursuite.
Dans la liste des villes de Juda, Azéka figure parmi celles de la plaine, aux côtés de Jarmuth, Adullam et Soco (Josué 15:35). Les mêmes noms se retrouvent autour de la vallée d'Ela, ce qui aide à localiser le site.
🔎 Une identification solide
Le tell, appelé Tell Zakariya au XIXe siècle, est identifié à Azéqa depuis le XIXe siècle. L'identification repose surtout sur la géographie biblique (Soco et la vallée d'Ela toutes proches, Lakish plus au sud) et sur l'importance de ses fortifications ; elle fait aujourd'hui l'objet d'un large consensus.
Tel Azéqa fut l'un des tout premiers sites fouillés en Terre sainte : en 1898–1899, Frederick J. Bliss et R. A. Stewart Macalister, pour le Palestine Exploration Fund, y dégagent une forteresse, des tours et des grottes, puis rebouchent leurs tranchées. Un siècle plus tard, on croyait le site épuisé. En 2012 débute la Lautenschläger Azekah Expedition, menée par Oded Lipschits et Yuval Gadot (Université de Tel-Aviv) et Manfred Oeming (Université de Heidelberg), avec notamment Ido Koch et Sabine Kleiman. Des volontaires du monde entier y participent chaque été.
Fortifiée dès le Bronze moyen, Azéqa est au Bronze récent une ville riche, liée à l'administration égyptienne qui contrôle alors Canaan : scarabées, amulettes et objets égyptiens y abondent. Les datations au carbone 14 montrent que l'occupation se poursuit au XIIe siècle av. J.-C., après la crise qui frappe la Méditerranée orientale vers 1200.
Sur le rebord oriental du tell, face à la vallée d'Ela, les fouilleurs ont dégagé un temple cananéen. Au XIIIe siècle av. J.-C., c'est un sanctuaire à ciel ouvert orienté vers le lever du soleil, avec un grand autel rond enduit et son bassin, près d'un pilier de calcaire. Au XIIe siècle, il devient un bâtiment fermé et couvert, au plan symétrique ; ses fondations ont livré sept dépôts rituels « lampe et bol ». On y a trouvé une petite figurine de bronze d'un dieu, sans doute Baal, une statuette de faïence du dieu égyptien Bès et une amulette égyptienne.
Dans la seconde moitié du XIIe siècle av. J.-C., la ville est détruite par le feu. Dans un grand bâtiment, quatre personnes ont été retrouvées écrasées sous les débris, dans des positions qui trahissent une catastrophe soudaine ; au temple, les restes de cinq hommes gisaient sous les murs effondrés. Les fouilleurs datent cette destruction vers 1130 av. J.-C. ou un peu plus tard, et ne lui attribuent pas d'auteur connu.
En 2019, une jarre complète portant quelques mots en hiératique, l'écriture cursive des scribes égyptiens, a été découverte dans cette couche de destruction. Publiée en 2026 dans la revue Tel Aviv, l'inscription mentionnerait un fonctionnaire chargé des livraisons de l'impôt ; l'analyse de l'argile montre que la jarre a été fabriquée à Tell es-Safi/Gath, à environ 8 km à l'ouest. C'est à ce jour le texte hiératique daté le plus tardif du sud du Levant : l'administration égyptienne fonctionnait encore dans la région peu avant la chute de la ville.
⚖️ Et Josué ?
La destruction de l'Azéqa cananéenne se situe après 1200 av. J.-C., bien après les dates habituellement proposées pour Josué (vers 1400 ou au XIIIe siècle). Le texte biblique, de son côté, ne raconte pas la prise de la ville. Rien ne permet donc de relier ces victimes au récit de Josué 10 ; le recul de l'Égypte, les rivalités entre cités ou la montée en puissance de Gath, la voisine philistine, sont des hypothèses envisagées.
Azéqa reste un nom-clé de l'histoire biblique bien après l'époque de Josué ; ces épisodes relèvent de la période des Juges et des Rois.
C'est entre Soco et Azéka que les Philistins établissent leur camp avant le combat de David contre Goliath.
« Les Philistins réunirent leurs armées pour faire la guerre, et ils se rassemblèrent à Soco, qui appartient à Juda ; ils campèrent entre Soco et Azéka, à Éphès-Dammim. »
1 Samuel 17:1
וַיַּאַסְפוּ פְלִשְׁתִּים אֶת־מַחֲנֵיהֶם לַמִּלְחָמָה וַיֵּאָסְפוּ שֹׂכֹה אֲשֶׁר לִיהוּדָה וַיַּחֲנוּ בֵּין־שׂוֹכֹה וּבֵין־עֲזֵקָה בְּאֶפֶס דַּמִּים
שמואל א יז, א

Réoccupée à l'âge du Fer, Azéqa devient une ville frontière du royaume de Juda. Une tablette assyrienne fragmentaire du British Museum, dite « inscription d'Azéqa », décrit sa prise, souvent attribuée à la campagne de Sennachérib en 701 av. J.-C. : une ville perchée « sur une crête » dont les murailles semblaient toucher le ciel.
Lors de l'invasion babylonienne, Jérémie note que Lakish et Azéka sont les dernières villes fortes de Juda.
« Et l'armée du roi de Babylone combattait contre Jérusalem et contre toutes les autres villes de Juda, contre Lakis et Azéka, car c'étaient des villes fortes qui restaient parmi les villes de Juda. »
Jérémie 34:7
וְחֵיל מֶלֶךְ־בָּבֶל נִלְחָמִים עַל־יְרוּשָׁלִַם וְעַל כָּל־עָרֵי יְהוּדָה הַנּוֹתָרוֹת אֶל־לָכִישׁ וְאֶל־עֲזֵקָה כִּי הֵנָּה נִשְׁאֲרוּ בְּעָרֵי יְהוּדָה עָרֵי מִבְצָר
ירמיהו לד, ז
Un ostracon découvert à Lakish, la lettre n° 4, se termine ainsi : « nous surveillons les signaux de Lakish selon tous les signes que mon seigneur a donnés, car nous ne voyons pas Azéqa ». Certains y lisent la chute d'Azéqa ; d'autres pensent que l'auteur, posté ailleurs, ne pouvait simplement pas la voir. Le lien avec Jérémie 34:7 reste l'une des rencontres les plus parlantes entre texte biblique et archéologie.
Le tell se trouve à la lisière nord du parc Britannia, une vaste forêt plantée et naturelle du KKL (Keren Kayemeth LeIsrael). Une aire de pique-nique est aménagée au pied de la colline ; un court sentier, environ deux minutes de montée selon le KKL, mène au sommet.

Au sommet, des bancs de pierre gravés de versets de 1 Samuel 17 font face à la vallée d'Ela. Vers l'est, on suit la vallée où la tradition place le combat de David et Goliath ; vers l'ouest, par temps clair, on aperçoit Tel Tsafit (Gath des Philistins) et la plaine côtière. C'est le meilleur endroit pour se représenter la géographie de Josué 10 : une frontière entre les collines et la plaine.
Les secteurs de fouille occupent plusieurs parties du sommet. Ils ne sont pas forcément ouverts ni signalés pour le public : ils peuvent être clôturés ou recouverts entre deux saisons. Les vestiges visibles au sommet appartiennent en outre à des époques variées, jusqu'à une forteresse d'époque hellénistique ou hasmonéenne. Pour voir les fouilles en cours, le plus simple est de venir pendant la saison d'été de l'expédition, en respectant les consignes de l'équipe.
Tel Azéqa : la poursuite des rois amorites (Josué 10)
Tel Azéqa, parc Britannia (KKL), près du moshav Zekharia, à environ 8 km au sud-ouest de Beit Shemesh
Coordonnées GPS : 31.6992, 34.9359
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Ville royale cananéenne sous tutelle égyptienne, Lakish figure parmi les cités du sud prises par Josué. Ses fouilles racontent une histoire plus complexe, et plus longue.

Une puissante cité cananéenne que le livre de Josué dit invaincue, citée par les pharaons d'Amarna et de Mérenptah, puis rebâtie sous Salomon.

Rahab, le passage du Jourdain et la chute des murailles : le récit de Josué face à un siècle de fouilles, sur l'un des plus anciens sites urbains du monde.

« Autrefois la principale ville de tous ces royaumes » : la plus grande cité cananéenne du pays, sa destruction par le feu et un débat archéologique toujours ouvert.
Tel Azéqa se trouve dans la Shéphélah, au-dessus de la vallée d'Ela, dans le parc Britannia du KKL, à environ 8 km au sud-ouest de Beit Shemesh. Les coordonnées GPS figurent dans la rubrique « Accès & GPS ».
Après la bataille de Gabaon, Josué poursuit les cinq rois amorites « jusqu'à Azéka et à Makkéda », et une grêle de grosses pierres frappe les fuyards jusqu'à Azéka (Josué 10:10-11). Le texte ne raconte pas la prise de la ville elle-même.
Elles montrent une ville cananéenne détruite par le feu, avec des victimes, dans la seconde moitié du XIIe siècle av. J.-C. Cette destruction est postérieure aux dates proposées pour Josué et son auteur reste inconnu : elle ne peut pas être reliée directement au récit.
Selon 1 Samuel 17:1, les Philistins campent « entre Soco et Azéka », au bord de la vallée d'Ela, avant le combat de David contre Goliath. Le belvédère du sommet porte des versets de ce chapitre.
C'est la fin de la lettre n° 4 de Lakish, un ostracon de l'époque de l'invasion babylonienne (début du VIe siècle av. J.-C.). Elle fait écho à Jérémie 34:7, où Lakish et Azéka sont les dernières villes fortes de Juda. Son sens exact, chute d'Azéqa ou simple problème de visibilité, est discuté.
Le sommet et le belvédère sont accessibles librement, mais les secteurs de fouille ne sont pas forcément ouverts ni aménagés. Pendant la saison d'été, l'expédition travaille sur place : on peut observer de loin, sans entrer dans les zones de fouille.
Environ 45 minutes à 1 heure. Tel Azéqa se combine facilement avec Khirbet Qeiyafa, Beit Guvrin ou Tel Lakish dans la même journée.