Où se trouve le jardin d'Éden ? Personne ne le sait. La Genèse le place « du côté de l'orient » et le décrit arrosé par un fleuve qui se divise en quatre bras, dont le Tigre et l'Euphrate : le texte regarde donc vers la Mésopotamie, l'Irak actuel. Les deux autres fleuves n'ont jamais été identifiés, et aucune découverte archéologique ne permet de situer le jardin.
La tradition juive apporte une autre réponse, spirituelle plutôt que géographique : Adam et Ève reposeraient à Hébron, dans la grotte de Makpéla, et cette grotte serait la porte du jardin d'Éden. Voici ce que dit le texte, ce qu'en ont tiré les chercheurs et ce que racontent les traditions.
- TexteGenèse 2:8-14 (paracha Berechit)
- Indice principalLe Tigre et l'Euphrate
- LocalisationInconnue, aucune preuve archéologique
- En IsraëlHébron et Jérusalem, selon les traditions
Que dit la Bible sur l'emplacement du jardin d'Éden ?
Le second récit de la Création (Genèse 2:4–3:24) est le seul passage qui donne une géographie. Il distingue d'abord deux choses : Éden, une région, et le jardin que Dieu y plante.
« Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Éden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé. »
Genèse 2:8
L'orient est vu depuis le pays de celui qui écrit, c'est-à-dire depuis Canaan. La même direction revient deux fois : les chérubins gardent le jardin « à l'orient » (Genèse 3:24), et Caïn s'installe au pays de Nod, « à l'orient d'Éden » (Genèse 4:16).
Les quatre fleuves de Genèse 2
Le texte ajoute ensuite une description qui ressemble à une carte.
« Un fleuve sortait d'Éden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras. »
Genèse 2:10
וְנָהָר יֹצֵא מֵעֵדֶן לְהַשְׁקוֹת אֶת־הַגָּן וּמִשָּׁם יִפָּרֵד וְהָיָה לְאַרְבָּעָה רָאשִׁים
בראשית ב, י
| Fleuve | Ce que dit le texte | Identification |
|---|---|---|
| Pishon | Il entoure le pays de Havila, où il y a de l'or, du bdellium et la pierre de shoham (Genèse 2:11-12) | Inconnu |
| Guihon | Il entoure le pays de Koush (Genèse 2:13) | Inconnu |
| Hiddékel | Il coule à l'orient d'Assour, l'Assyrie (Genèse 2:14) | Le Tigre |
| Perat | Aucune précision (Genèse 2:14) | L'Euphrate |
Deux noms sur quatre sont donc sûrs. Le Tigre et l'Euphrate prennent leur source dans les montagnes de l'est de la Turquie, traversent la Syrie et l'Irak, puis se rejoignent avant le golfe Persique. Un problème demeure : dans la réalité, ces fleuves ne sortent pas d'une source commune. C'est ce décalage qui nourrit les hypothèses.
Que veut dire le mot « Éden » ?
En hébreu, la racine 'dn exprime le plaisir et l'abondance : éden évoque le « délice ». La Septante, la traduction grecque de la Bible, a rendu le jardin par paradeisos, un mot d'origine perse qui désignait un parc clos, d'où notre « paradis ». On a longtemps rapproché éden du sumérien edin, la « steppe », mais l'assyriologue Alan Millard a montré en 1984 que ce lien était fragile et qu'un sens « lieu d'abondance » s'appuyait sur un parallèle araméen plus sûr.
Quelles sont les principales hypothèses sur sa localisation ?
Le sud de la Mésopotamie
C'est l'hypothèse la plus répandue chez les chercheurs. Le Tigre et l'Euphrate y forment de vastes marais, et les rois de Mésopotamie aimaient les jardins irrigués, plantés d'arbres et de plantes venus de loin. Les auteurs de la Genèse auraient puisé dans ce paysage, et dans des récits mésopotamiens comme celui de Dilmun, terre pure des mythes sumériens, l'image d'un jardin idéal. La page Les Origines présente ces parallèles avec les textes de Babylone.
Sous les eaux du golfe Persique
Dans les années 1980, l'archéologue américain Juris Zarins a proposé de chercher l'Éden au fond du golfe Persique, une plaine à sec pendant la dernière glaciation, que la mer a recouverte ensuite. Sur des images satellites, il identifiait le Pishon au Wadi al-Batin, une vallée aujourd'hui sèche venue d'Arabie, et le Guihon au Karoun, un fleuve d'Iran. L'idée a eu un grand écho, notamment dans le Smithsonian Magazine en 1987, mais elle n'a jamais été confirmée par des fouilles.
Les montagnes du nord
D'autres lecteurs prennent le texte dans l'autre sens : si un fleuve « sort » d'Éden, il faut remonter vers les sources. Celles du Tigre et de l'Euphrate se trouvent dans les hauts plateaux de l'est de la Turquie et de l'Arménie, la région du mont Ararat, où la Genèse fait aussi arriver l'arche de Noé (voir notre fiche du mont Ararat). Cette lecture a l'avantage du relief, mais n'identifie pas mieux le Pishon et le Guihon.
Le Nil et le Gange : les lectures anciennes
Les lecteurs de l'Antiquité voyaient beaucoup plus grand. La Septante traduit le pays de Koush par « Éthiopie », ce qui fait du Guihon le Nil. Au Ier siècle, l'historien juif Flavius Josèphe identifie le Pishon au Gange et le Guihon au Nil (Antiquités juives I, 1, 3). Au XIe siècle, Rachi voit dans le Pishon le Nil, « le fleuve d'Égypte ». Pour ces auteurs, les quatre fleuves embrassaient le monde connu.
Un lieu qui n'est pas sur la carte
Beaucoup de lecteurs, juifs comme chrétiens, et une partie des chercheurs considèrent que la question est mal posée. Pour eux, le jardin d'Éden est un lieu idéal, le « jardin de Dieu », que la Bible elle-même place ailleurs dans d'autres textes : le prophète Ézéchiel l'associe à « la sainte montagne de Dieu » (Ézéchiel 28:13-14). La géographie de Genèse 2 servirait alors à dire que ce jardin est la source de la vie de toute la terre, plutôt qu'à donner une adresse.
🔎 Ce que dit l'archéologie
Aucune fouille n'a mis au jour un site que l'on puisse identifier au jardin d'Éden, et les archéologues ne s'attendent pas à en trouver un. Ce récit relève d'un autre registre que l'histoire datable : il répond à des questions sur l'humanité, la liberté et la perte.
Pourquoi dit-on que l'entrée du jardin d'Éden est à Hébron ?
Hébron, monts de JudéeTombeau des Patriarches – HébronSite sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.Voir la fiche →
La tradition juive ne dit pas que le jardin d'Éden se trouvait à Hébron. Elle dit qu'Adam et Ève y sont enterrés, et que leur tombe ouvre sur le jardin. Ce lien repose sur plusieurs textes, du Talmud au Moyen Âge.
Adam et Ève dans la grotte de Makpéla
La Bible appelle Hébron d'un autre nom, Kiryat-Arba, littéralement la « ville des quatre » : « Sara mourut à Kirjath-Arba, qui est Hébron, dans le pays de Canaan » (Genèse 23:2). Le Talmud explique ce nom par les quatre couples qui reposeraient dans la grotte de Makpéla : Adam et Ève, Abraham et Sarah, Isaac et Rébecca, Jacob et Léa (Érouvin 53a). Le Midrash Bereshit Rabba (58:4) donne la même liste parmi d'autres explications.
La Bible, elle, ne mentionne dans la grotte que les patriarches et leurs épouses (Genèse 23, 25:9-10, 49:29-31 et 50:13). La présence d'Adam et Ève est une tradition, ancienne et largement transmise, mais sans appui dans le texte biblique.

Abraham et le parfum du jardin
Un midrash du VIIIe siècle, les Pirké de Rabbi Eliézer (chapitre 36), raconte pourquoi Abraham tenait tant à cette grotte. Quand il reçoit trois visiteurs à Mamré et court chercher un veau (Genèse 18:7), l'animal s'enfuit et entre dans la grotte. Abraham le suit et y trouve Adam et Ève couchés, des lumières allumées au-dessus d'eux et une odeur de parfum autour. C'est pour cela qu'il voudra plus tard l'acheter pour y enterrer Sarah.
Le Zohar, livre majeur de la Kabbale (XIIIe siècle), reprend le récit et va plus loin (Zohar I, 127a) : Abraham comprend que la grotte est l'entrée du jardin d'Éden. Dans cette tradition, c'est par la grotte de Makpéla que les âmes des justes rejoignent le Gan Éden. C'est ce texte qui est à l'origine de l'idée selon laquelle « le jardin d'Éden est à Hébron ».
« Le plus grand homme parmi les Anakim »
Un verset du livre de Josué a renforcé le lien. Il dit qu'Hébron s'appelait autrefois Kiryat-Arba et que ce nom venait de « l'homme le plus grand parmi les Anakim », un peuple de géants (Josué 14:15). En hébreu, « l'homme » se dit ha-adam.
וְשֵׁם חֶבְרוֹן לְפָנִים קִרְיַת אַרְבַּע הָאָדָם הַגָּדוֹל בָּעֲנָקִים הוּא
יהושע יד, טו
Vers 405, saint Jérôme a traduit ce passage en latin, dans la Vulgate, par « Adam, le plus grand parmi les Énacim, a été déposé là ». Pendant des siècles, les lecteurs chrétiens de la Bible latine ont donc lu qu'Adam était enterré à Hébron.
Le champ de terre rouge des pèlerins
Au Moyen Âge, les pèlerins chrétiens ajoutaient une étape à leur visite d'Hébron : le « champ damascène » (ager damascenus), où Adam aurait été façonné avec de la terre rouge, en écho au jeu de mots hébreu entre adam et adamah, le sol. Au XIIIe siècle, le dominicain Burchard du Mont-Sion le situe « à une bonne portée d'arc de la double grotte ». Malgré son nom, ce champ n'a rien à voir avec Damas.
🔎 Texte, tradition, géographie
Ces traditions ne contredisent pas la Genèse, elles la lisent autrement. Le texte biblique place l'Éden à l'orient, près du Tigre et de l'Euphrate ; la tradition place à Hébron la tombe du premier couple et un passage vers le jardin. L'une parle d'une région, l'autre d'un lieu de mémoire.
Quels autres lieux d'Israël sont liés à Adam et à l'Éden ?
Le mont Moriya, lieu de la création d'Adam
Jérusalem, Vieille VilleMont Moriah : l'épreuve d'Abraham, du récit biblique au Mont du TempleLà où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.Voir la fiche →
Une autre tradition juive situe à Jérusalem non pas le jardin, mais la création d'Adam. Selon Maïmonide (Michné Torah, lois du Temple 2:2), Adam a été formé avec la terre de l'endroit où se dressera l'autel du Temple, et y a offert le premier sacrifice. Les Sages le disent en une phrase : « l'homme a été créé du lieu de son expiation ».
Les prophètes, de leur côté, utilisent le jardin d'Éden comme une image du pays restauré : Dieu « rendra son désert semblable à un Éden » (Ésaïe 51:3). Et le nom d'un des quatre fleuves, Guihon, est aussi celui de la source qui alimente Jérusalem, où Salomon fut sacré roi (1 Rois 1:33-39). Le Talmud, enfin, envisage une « porte » du jardin en terre d'Israël : selon Rech Lakich, si le Gan Éden est en Israël, son entrée est à Beit Shéan (Érouvin 19a).
Le Golgotha et la chapelle d'Adam
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Les chrétiens ont une tradition différente pour la tombe d'Adam : plusieurs Pères de l'Église la placent sous le Golgotha, à Jérusalem, là où Jésus fut crucifié. Le crâne que l'on voit au pied de nombreux crucifix renvoie à cette idée. Dans la basilique du Saint-Sépulcre, la chapelle d'Adam, sous le Calvaire, montre une fissure dans le rocher.
Voir ces lieux en Israël
On ne peut pas visiter le jardin d'Éden, mais on peut se rendre dans les lieux que les traditions y rattachent. À Hébron, à une trentaine de kilomètres au sud de Jérusalem, l'enceinte du Tombeau des Patriarches se visite ; la grotte elle-même, en contrebas, n'est pas ouverte au public. Le site est sensible : vérifiez les consignes de sécurité avant de partir. À Jérusalem, le mont du Temple et la basilique du Saint-Sépulcre, avec la chapelle d'Adam, sont dans la vieille ville.
Ces étapes s'ajoutent facilement à un itinéraire sur les pas d'Abraham, présenté dans notre article Abraham, père du monothéisme. Pour organiser votre voyage jour par jour, composez votre parcours avec l'outil gratuit Créer mon tour.
Sources et références
- Genèse 2:8-14 (texte hébreu et traductions sur Sefaria)
- Talmud de Babylone, Érouvin 53a : les quatre couples de Kiryat-Arba (Sefaria)
- Talmud de Babylone, Érouvin 19a : l'entrée du Gan Éden selon Rech Lakich (Sefaria)
- Bereshit Rabba 58:4 (Sefaria)
- Pirké de Rabbi Eliézer, chapitre 36 (Sefaria)
- Maïmonide, Michné Torah, lois du Temple 2:2 (Sefaria)
- Rachi sur Genèse 2:11 (Sefaria)
- Flavius Josèphe, Antiquités juives, livre I (traduction anglaise de W. Whiston, Projet Gutenberg)
- Vulgate, Josué 14:15 (texte latin)
- N. Golding, « Cave of the Patriarchs (Machpelah) », Chabad.org : la grotte comme entrée du jardin d'Éden selon le Zohar
- A. Hilhorst, « Ager Damascenus: Views on the Place of Adam's Creation », Warszawskie Studia Teologiczne 20/2 (2007), présentation sur Medievalists.net
- Encyclopaedia Judaica, « Garden of Eden » (Jewish Virtual Library)
- C. Moss, « Was the Garden of Eden a real place? Here's what archaeologists think », National Geographic, 19 septembre 2025
Questions fréquentes sur le jardin d'Éden
Où se trouve le jardin d'Éden aujourd'hui ?
On ne le sait pas. La Genèse le place « du côté de l'orient », arrosé par un fleuve qui se divise en quatre bras dont le Tigre et l'Euphrate, ce qui oriente vers la Mésopotamie, l'Irak actuel. Les deux autres fleuves, le Pishon et le Guihon, n'ont jamais été identifiés, et aucune fouille n'a retrouvé le jardin.
Le jardin d'Éden est-il à Hébron ?
Pas selon le texte biblique, qui le place à l'orient. Mais selon la tradition juive, Adam et Ève sont enterrés dans la grotte de Makpéla, à Hébron (Talmud, Érouvin 53a), et le Zohar fait de cette grotte l'entrée du jardin d'Éden, par laquelle passent les âmes des justes.
Quels sont les quatre fleuves du jardin d'Éden ?
Le Pishon, qui entoure le pays de Havila ; le Guihon, qui entoure le pays de Koush ; le Hiddékel, c'est-à-dire le Tigre ; et le Perat, c'est-à-dire l'Euphrate (Genèse 2:10-14). Seuls le Tigre et l'Euphrate sont identifiés avec certitude.
Adam et Ève sont-ils enterrés à Hébron ?
C'est une tradition juive ancienne : le Talmud explique le nom de Kiryat-Arba, la « ville des quatre », par les quatre couples enterrés dans la grotte de Makpéla, dont Adam et Ève. La Bible ne cite dans la grotte que les patriarches et leurs épouses. La tradition chrétienne place plutôt la tombe d'Adam sous le Golgotha.
Le jardin d'Éden a-t-il existé ?
L'archéologie ne peut pas répondre : aucun site n'a été identifié au jardin d'Éden. Beaucoup de chercheurs y voient un récit inspiré des jardins et des paysages de Mésopotamie, et beaucoup de croyants une vérité spirituelle plutôt qu'un point sur la carte.
Que veut dire le mot Éden ?
En hébreu, éden évoque le délice et l'abondance. La traduction grecque de la Bible a rendu le jardin par paradeisos, un mot d'origine perse désignant un parc clos, d'où le mot « paradis ».
Peut-on visiter des lieux liés au jardin d'Éden en Israël ?
Oui, ceux que les traditions y rattachent : le Tombeau des Patriarches à Hébron, où reposeraient Adam et Ève, le mont du Temple à Jérusalem, lieu de la création d'Adam selon Maïmonide, et la chapelle d'Adam au Saint-Sépulcre. Vous pouvez les intégrer à votre itinéraire avec Créer mon tour.
Lieux à visiter

Tombeau des Patriarches – Hébron
Site sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.

Mont Moriah : l'épreuve d'Abraham, du récit biblique au Mont du Temple
Là où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.

Le Saint-Sépulcre à Jérusalem : Golgotha, tombeau et visite
Le rocher du Calvaire et le tombeau vénéré depuis le IVe siècle, sous un même toit partagé par six communautés chrétiennes : récit des Évangiles, histoire, archéologie et visite.
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