Grille dorée du cénotaphe de Sarah à Hébron, avec une plaque en hébreu et deux bannières noires brodées de textes de la tradition juive
  • Patriarches

Qui était Sarah, la femme d'Abraham ?

La Genèse dit en quelques mots que Sarah était belle. Un rouleau araméen trouvé près de la mer Morte la décrit de la tête aux pieds, lui donne la parole et change plusieurs détails de son histoire.

Crédit : A ntv · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons

Par Publié le 8 min de lecture

En bref

Sarah est l'épouse d'Abraham et la mère d'Isaac, qu'elle met au monde à 90 ans selon la Genèse. Elle meurt à Hébron à 127 ans et repose, selon le texte, dans la grotte de Makpéla. Aucune source extérieure à la Bible ne la mentionne. Un manuscrit de la mer Morte, l'Apocryphe de la Genèse, développe son histoire et décrit longuement sa beauté.

  • La Genèse en fait la demi-sœur d'Abraham, de dix ans sa cadette ; le Talmud l'identifie à Yiska, sa nièce.
  • L'Apocryphe de la Genèse, trouvé dans la grotte 1 de Qumrân, décrit son visage, ses mains et ses pieds, et lui prête une grande sagesse.
  • Ce texte éclaire ce que des lecteurs juifs de l'Antiquité pensaient d'elle, mais il ne prouve pas son existence historique.

Sarah, d'abord appelée Saraï, est l'épouse d'Abraham et la mère d'Isaac. Presque tout ce que l'on sait d'elle vient de la Genèse, chapitres 11 à 23 : le départ d'Ur, l'épisode d'Égypte, la longue stérilité, le rire à l'annonce d'une naissance, la mort à Hébron à 127 ans. Aucune inscription ni aucune découverte archéologique ne la mentionne : son existence historique ne peut pas être démontrée.

Une paracha entière porte son nom : la paracha 'Hayé Sarah, « la vie de Sarah » (Genèse 23:1 à 25:18). C'est la seule des 54 parachiot qui porte le nom d'une femme. Elle s'ouvre pourtant sur sa mort, puis raconte l'achat de la grotte de Makpéla, le mariage d'Isaac et la mort d'Abraham. Vous la retrouverez, avec ses lieux, dans notre liste des parachiot.

La Bible reste brève sur sa célèbre beauté. Un manuscrit de la mer Morte, l'Apocryphe de la Genèse, comble ce silence avec un portrait d'une précision rare dans la littérature juive antique. Voici ce que dit le texte biblique, ce qu'ajoute ce rouleau, et où suivre ses traces aujourd'hui en Israël.

  • TexteGenèse 11 à 23 (paracha 'Hayé Sarah pour sa mort)
  • Âge au décès127 ans (Genèse 23:1)
  • SépultureGrotte de Makpéla, à Hébron
  • ManuscritApocryphe de la Genèse, grotte 1 de Qumrân

Qui est Sarah dans la Bible ?

De Saraï à Sarah

Saraï apparaît dans la Genèse au moment où Abraham, parti d'Ur, prend la route avec son père Térach vers Harran (Genèse 11:31). Le texte la présente d'abord par un manque : « Saraï était stérile : elle n'avait point d'enfants » (Genèse 11:30). Dieu lui donne plus tard son nouveau nom, Sarah, en même temps qu'Abram devient Abraham (Genèse 17:15). Les deux formes sont généralement rapprochées du mot hébreu qui signifie « princesse ».

Agar, Ismaël et le renvoi

Faute d'enfant, Saraï propose à Abram sa servante égyptienne Agar, qui met au monde Ismaël (Genèse 16). Après la naissance d'Isaac, Sarah exige leur départ. Abraham s'y oppose, et c'est Dieu qui tranche en faveur de Sarah : « Accorde à Sara tout ce qu'elle te demandera » (Genèse 21:12). L'hébreu dit littéralement « écoute sa voix ».

Le rire et la naissance d'Isaac

Quand trois visiteurs annoncent à Abraham, près des chênes de Mamré, qu'elle aura un fils, Sarah écoute à l'entrée de la tente et réagit sans détour.

« Elle rit en elle-même, en disant : Maintenant que je suis vieille, aurais-je encore des désirs ? Mon seigneur aussi est vieux. »

Genèse 18:12

וַתִּצְחַק שָׂרָה בְּקִרְבָּהּ לֵאמֹר אַחֲרֵי בְלֹתִי הָיְתָה־לִּי עֶדְנָה וַאדֹנִי זָקֵן

בראשית יח, יב

Elle a 90 ans à la naissance d'Isaac, dont le nom hébreu, Yitshak, vient du verbe « rire ». Sarah y revient elle-même : « Dieu m'a fait un sujet de rire » (Genèse 21:6).

Sarah était-elle la sœur d'Abraham ?

Deux fois, Abraham la présente comme sa sœur pour ne pas être tué à cause d'elle : devant le pharaon d'Égypte (Genèse 12) et devant Abimélec, roi de Guérar (Genèse 20). Il s'en justifie auprès d'Abimélec avec une précision que le texte ne donne nulle part ailleurs.

« De plus, il est vrai qu'elle est ma sœur, fille de mon père ; seulement, elle n'est pas fille de ma mère ; et elle est devenue ma femme. »

Genèse 20:12

Selon la Genèse, Sarah serait donc sa demi-sœur. La tradition juive propose une autre lecture : le Talmud l'identifie à Yiska, fille d'Haran, le frère d'Abraham (Genèse 11:29 ; Méguila 14a), ce qui ferait d'elle sa nièce. Quant à leur écart d'âge, il est donné par Abraham lui-même : il a 100 ans quand elle en a 90 (Genèse 17:17).

L'Apocryphe de la Genèse, un rouleau de Qumrân sur Abraham et Sarah

Ce rouleau fait partie des sept premiers trouvés, fin 1946 ou début 1947, dans la grotte 1 de Qumrân, parmi les manuscrits de la mer Morte. Écrit en araméen, il raconte à sa manière l'histoire biblique, de Lamech, le père de Noé, jusqu'à Abraham. Dans la partie consacrée à Abram, celui-ci parle à la première personne.

Son parcours moderne est lui aussi étonnant. Il fait partie des quatre rouleaux mis en vente par petite annonce dans le Wall Street Journal en juin 1954, puis achetés pour Israël. Trop abîmé pour être ouvert rapidement, il a longtemps été appelé « rouleau de Lamech », du nom du personnage qu'on avait réussi à y lire. Il reçoit son nom actuel lors de sa première publication, en 1956, par Nahman Avigad et Yigael Yadin.

Quelle date pour ce texte ?

Les chercheurs ne s'accordent pas. L'écriture de la copie conservée la situe entre 25 av. et 50 apr. J.-C. environ, et les propositions pour la rédaction du texte vont du IIIe siècle av. J.-C. au Ier siècle apr. J.-C.

Que dit le manuscrit sur la beauté de Sarah ?

La Genèse se limite à quelques mots : « une femme belle de figure » (Genèse 12:11), « fort belle » (Genèse 12:14). Le manuscrit met dans la bouche de Hirqanosh, l'un des trois princes égyptiens qui ont rencontré Abram, un éloge adressé au pharaon. Le début du passage est perdu, mais voici ce qu'on en lit.

« Comme il est beau et superbe, le dessin de son visage ! Et comme elle est agréable et douce, la chevelure de sa tête ! Comme ses yeux sont jolis ! Et comme son nez est gracieux, ainsi que tout l'éclat de son visage ! Comme sa poitrine est belle ! (…) Et comme ses jambes sont parfaites ! Nulle vierge, nulle fiancée qui entre dans la chambre nuptiale ne sera aussi belle qu'elle. »

Apocryphe de la Genèse 20, 2-7, traduction de Michael Langlois

L'éloge passe aussi par les bras, les mains, les paumes et les longs doigts fins. Il se conclut sur un autre registre : à toute cette beauté, Sarah joint une grande sagesse, et l'ouvrage de ses mains est beau. Les commentateurs y entendent des échos du Cantique des Cantiques et de la « femme vaillante » du livre des Proverbes (31:10-31).

🔎 Quel âge a-t-elle dans cette scène ?

Abraham a 75 ans en quittant Harran (Genèse 12:4), et Sarah dix ans de moins : elle a donc environ 65 ans en arrivant en Canaan. Le manuscrit ajoute deux ans à Hébron puis cinq ans en Égypte avant la visite des princes. Selon ce calcul, le portrait décrit une femme d'environ 72 ans. Le texte ne le dit pas lui-même, et le calcul dépend de ces chronologies.

Genèse et manuscrit de Qumrân : ce qui change dans l'histoire de Sarah

L'épisode d'Égypte tient en onze versets dans la Genèse (12:10-20). Il occupe l'essentiel des colonnes 19 et 20 du manuscrit, avec des différences importantes.

PointGenèse 12Apocryphe de la Genèse
La ruseAbram craint d'être tué et demande à Saraï de se dire sa sœurIl rêve d'un cèdre qu'on veut abattre et d'un palmier qui le sauve, et comprend qu'il s'agit d'eux
La parole de SarahElle ne dit pas un motElle écoute le récit du rêve, pleure, et dit elle-même au roi qu'Abram est son frère
La duréeNon préciséeElle évite les regards pendant cinq ans, puis reste deux ans chez le pharaon
Le pharaon« Je l'ai prise pour ma femme » (12:19), sans autre précisionUn esprit mauvais l'empêche de l'approcher, et il jure ne pas l'avoir touchée
La guérisonIl renvoie le coupleLot révèle la vérité, puis Abram prie et impose les mains au roi
AgarUne servante égyptienne (16:1), sans dire comment elle est arrivée auprès de SaraïLe roi remet à Sarah de l'argent, de l'or, du lin, de la pourpre, et aussi Agar

Ces ajouts répondent à des questions que le texte biblique laisse ouvertes : pourquoi Abram ment-il, et Saraï a-t-elle été touchée par le pharaon ? D'où vient Agar ? Pour la bibliste Jacqueline Vayntrub, le rouleau transforme une Saraï silencieuse en personnage qui agit et qui parle. Pour Hanna Tervanotko, la description relève de la physiognomonie antique : le corps y révèle des qualités intérieures, et ce sont des étrangers qui les reconnaissent.

Le manuscrit éclaire donc la façon dont des lecteurs juifs de l'Antiquité comprenaient Sarah. Il ne constitue pas un témoignage sur la personne elle-même, et il ne prouve pas que les événements ont eu lieu.

Ce qu'ajoutent le judaïsme, le christianisme et l'islam

Ces éléments viennent des traditions postérieures, pas du texte de la Genèse.

  • Prophétesse : le Talmud la compte parmi les sept prophétesses d'Israël (Méguila 14a), et Rachi déduit de Genèse 21:12 qu'Abraham lui était inférieur en prophétie.
  • Beauté : elle figure parmi les quatre femmes d'une beauté exceptionnelle citées par le Talmud (Méguila 15a). Un midrash raconte qu'Abram l'aurait cachée dans un coffre pour passer la douane égyptienne (Bereshit Rabba 40:5).
  • Sa tente : tant qu'elle vivait, une nuée restait suspendue à l'entrée (Bereshit Rabba 60:16). Une version de cette tradition est brodée sur la bannière de droite, à côté de son cénotaphe, sur la photo en tête de cet article.
  • Sa mort : Rachi, sur Genèse 23:2, explique qu'elle meurt en apprenant qu'Isaac a failli être sacrifié.
  • Christianisme : le Nouveau Testament la cite comme modèle de foi (Hébreux 11:11 ; 1 Pierre 3:6).
  • Islam : le Coran évoque l'épouse d'Abraham qui rit à l'annonce de la naissance (11:71) sans la nommer. Le nom de Sarah vient de la tradition musulmane.

Où Sarah est-elle enterrée ?

Sarah meurt à Hébron, et aucune autre femme de la Bible n'a son âge au décès précisé.

« La vie de Sara fut de cent vingt-sept ans : telles sont les années de la vie de Sara. Sara mourut à Kirjath-Arba, qui est Hébron, dans le pays de Canaan (…). »

Genèse 23:1-2

וַיִּהְיוּ חַיֵּי שָׂרָה מֵאָה שָׁנָה וְעֶשְׂרִים שָׁנָה וְשֶׁבַע שָׁנִים שְׁנֵי חַיֵּי שָׂרָה

בראשית כג, א

Pour l'enterrer, Abraham paie 400 sicles d'argent à Éphron le Hittite pour la caverne de Makpéla et son champ (Genèse 23:16-19). C'est sa première terre en Canaan. Le site traditionnel est aujourd'hui le Tombeau des Patriarches, à Hébron.

Le mur hérodien du Tombeau des Patriarches à Hébron, en grands blocs de pierre, au-dessus d'un escalier
L'enceinte hérodienne du Tombeau des Patriarches, à Hébron (Ier s. av. n. è.)Crédit : eman · domaine public · Wikimedia Commons

Le cénotaphe de Sarah est un monument commémoratif bien plus tardif que le récit biblique. La grotte elle-même se trouve en contrebas et n'est pas ouverte au public.

Sur les traces de Sarah en Israël

Trois lieux permettent de suivre son histoire, de la Genèse jusqu'au manuscrit. Hébron et Mamré se trouvent en Judée-Samarie, et Qumrân dans le désert de Judée : renseignez-vous sur les conditions d'accès avant de partir.

Hébron : le Tombeau des Patriarches

Hébron, monts de JudéeTombeau des Patriarches – HébronSite sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.Voir la fiche →

L'enceinte hérodienne abrite les cénotaphes des patriarches et des matriarches. Le manuscrit y fait aussi vivre Abram deux ans avant son départ pour l'Égypte. Le site est un lieu de culte actif, partagé entre juifs et musulmans, et l'accès change selon les jours.

Mamré : la scène du rire

Ramat el-Khalil, au nord d’Hébron, Judée-SamarieMamré près d’Hébron : Abraham et les trois visiteursAu nord d’Hébron, Ramat el-Khalil conserve les vestiges d’un lieu de mémoire associé à Abraham et à l’hospitalité de Genèse 18.Voir la fiche →

Au nord d'Hébron, Ramat el-Khalil conserve les vestiges d'un lieu de mémoire associé à Abraham et à l'annonce de la naissance d'Isaac.

Qumrân et le Sanctuaire du Livre : le manuscrit

Rive nord-ouest de la mer MorteQumrân, le site des manuscrits de la mer Morte : fouilles et visiteDes bergers bédouins, onze grottes et près de 900 manuscrits : le site qui a livré les plus anciennes copies connues de la Bible hébraïque, et l'énigme de ceux qui les ont cachés.Voir la fiche →
Dôme blanc du Sanctuaire du Livre à Jérusalem, en forme de couvercle de jarre, entouré de jets d'eau, sous un ciel bleu
Le Sanctuaire du Livre, au Musée d'Israël à Jérusalem, où sont conservés les principaux rouleaux de QumrânCrédit : Suicasmo · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons

Les grottes de la falaise se voient à Qumrân, mais les manuscrits sont à Jérusalem, au Sanctuaire du Livre du Musée d'Israël. L'Apocryphe de la Genèse est fragile et rarement montré : un fragment a été présenté en 2018 dans une vitrine spéciale, éclairée seulement 30 secondes à la demande. Vérifiez auprès du musée ce qui est exposé avant votre visite.

Pour relier ces étapes jour par jour, créez votre parcours biblique gratuit, et ajoutez-y d'autres lieux de l'époque des patriarches.

Sources et références

Questions fréquentes sur Sarah, la femme d'Abraham

Quel est le lien de parenté entre Abraham et Sarah ?

Dans la Genèse, Abraham dit qu'elle est sa demi-sœur : « fille de mon père », mais pas de sa mère (Genèse 20:12). Le Talmud propose une autre lecture et l'identifie à Yiska, fille de son frère Haran, ce qui ferait d'elle sa nièce (Méguila 14a).

Quelle est la différence d'âge entre Abraham et Sarah ?

Dix ans. Selon Genèse 17:17, Abraham a 100 ans quand Sarah en a 90, à la naissance d'Isaac. Elle meurt à 127 ans (Genèse 23:1), Abraham ayant alors 137 ans d'après ce calcul.

Peut-on voir la tombe de Sarah ?

On peut voir son cénotaphe, un monument commémoratif situé dans le Tombeau des Patriarches, à Hébron. La grotte de Makpéla elle-même se trouve en contrebas et n'est pas ouverte au public. Le site est un lieu de culte en Judée-Samarie : vérifiez l'accès avant de partir.

Peut-on voir l'Apocryphe de la Genèse au musée ?

Rarement. Le rouleau appartient aux collections du Sanctuaire du Livre, au Musée d'Israël à Jérusalem, mais il est fragile et les originaux y sont exposés par rotation. Un fragment a été montré en 2018. Vérifiez auprès du musée avant de prévoir votre visite pour ce seul manuscrit.

Le manuscrit de Qumrân prouve-t-il que Sarah a existé ?

Non. L'Apocryphe de la Genèse est une réécriture de l'histoire biblique datant de l'Antiquité, autour de l'époque du Second Temple. Il montre comment des lecteurs juifs de l'Antiquité voyaient Sarah. Aucune inscription ni aucune découverte archéologique ne la mentionne.

Peut-on visiter Hébron et Qumrân le même jour ?

Mieux vaut prévoir deux journées depuis Jérusalem : Hébron se trouve au sud, Qumrân à l'est près de la mer Morte, et Hébron a des règles d'accès qui varient selon les jours. Comptez aussi 2 à 3 heures pour le Sanctuaire du Livre. Vous pouvez organiser ces étapes dans votre parcours.

L'enceinte de pierre du Tombeau des Patriarches à Hébron et ses deux minarets, au-dessus d'un grand escalier
Hébron, monts de Judée ⏱ 90 min

Tombeau des Patriarches – Hébron

Site sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.

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