
Massada, la forteresse d'Hérode au-dessus de la mer Morte
Un palais suspendu au bord du désert, le dernier bastion de la révolte juive contre Rome et un récit célèbre que l'archéologie éclaire sans tout trancher.

1200-586 av. J.-C.
Des sources au pied des falaises du désert de Judée : le refuge de David fuyant Saül, les « vignes d'En-Guédi » du Cantique, un temple de 5 500 ans et une synagogue qui maudit quiconque trahit « le secret de la ville ».
Crédit : Radosław Botev · CC BY 3.0 PL · Wikimedia Commons
Sur la rive occidentale de la mer Morte, là où des sources jaillissent au pied des falaises du désert de Judée, Ein Gedi (En-Guédi) est l'une des oasis les plus célèbres de la Bible. Son nom hébreu signifie « la source du chevreau ». Les lecteurs de la Vulgate la connaissent sous la forme latine Engaddi. C'est dans le « désert d'En-Guédi » que le jeune David, pourchassé par le roi Saül, se cache avec ses hommes, et dans une grotte de ces parages qu'il coupe en silence le pan du manteau de Saül au lieu de le tuer (1 Samuel 24).
Aujourd'hui, Ein Gedi réunit un kibboutz, la réserve naturelle d'Ein Gedi gérée par l'Autorité israélienne de la nature et des parcs (INPA), avec le wadi David et sa cascade, le wadi Arugot, les bouquetins et les damans, et un parc archéologique où l'on visite la synagogue d'Ein Gedi et sa célèbre inscription. Cette fiche distingue ce que dit le texte biblique, ce que montrent les fouilles et ce que l'on peut voir sur place.
Le récit se situe à l'époque des Juges et des premiers rois. David, vainqueur de Goliath et devenu gendre de Saül, a dû fuir la cour : le roi voit en lui un rival. Traqué de refuge en refuge dans le désert de Juda (1 Samuel 22-23), il gagne la côte de la mer Morte.
« De là David monta vers les lieux forts d'En-Guédi, où il demeura. »
1 Samuel 24:1 (23:29 dans certaines traductions)
Informé, Saül prend trois mille hommes d'élite et cherche David « jusque sur les rochers des boucs sauvages » (1 Samuel 24:3). Le mot hébreu désigne le yaël, le bouquetin de Nubie, que l'on croise encore aujourd'hui sur les pentes de la réserve. Le décor du récit, fait de falaises, de parcs à moutons et de grottes, correspond bien au paysage d'Ein Gedi.
Saül entre seul dans une caverne « pour se couvrir les pieds », un euphémisme biblique pour un besoin naturel, sans savoir que David et ses gens sont cachés au fond. Les compagnons de David y voient le jour où Dieu leur livre l'ennemi.
« Les gens de David lui dirent : Voici le jour où l'Éternel te dit : Je livre ton ennemi entre tes mains ; traite-le comme bon te semblera. David se leva, et coupa doucement le pan du manteau de Saül. »
1 Samuel 24:5
David regrette aussitôt ce geste et retient ses hommes : il refuse de porter la main sur « l'oint de l'Éternel » (24:7). Sorti de la grotte, il montre à Saül le morceau de tissu, preuve qu'il aurait pu le tuer. Le roi pleure et reconnaît : « Maintenant voici, je sais que tu régneras, et que la royauté d'Israël restera entre tes mains » (24:21). Les deux hommes se séparent ; David et ses gens remontent « au lieu fort » (24:23).
🔎 Quelle grotte ?
Le texte ne donne aucun repère précis, et les falaises d'Ein Gedi comptent de nombreuses cavités. Aucune grotte n'a été identifiée archéologiquement comme celle du récit. Les guides montrent parfois telle ou telle cavité près des sources : il s'agit d'une évocation, pas d'une identification. De même, rien ne permet d'assimiler les « lieux forts » à la forteresse de Massada, plus au sud.
Déclarée réserve naturelle à la fin de 1971, la réserve d'Ein Gedi couvre environ 14 000 dounams (1 400 hectares) entre le plateau du désert de Judée et la mer Morte. Quatre sources permanentes (David, Shulamit, Ein Gedi et Arugot) alimentent deux canyons, le wadi David (Nahal David) et le wadi Arugot (Nahal Arugot), où poussent acacias, jujubiers, peupliers de l'Euphrate et pommiers de Sodome.

C'est le parcours le plus connu : un sentier remonte le canyon de bassin en bassin jusqu'à la cascade de David. Une section aménagée pour les fauteuils roulants mène au premier bassin. Plus haut, des sentiers plus exigeants rejoignent la source de Shulamit, la grotte dite « des Amants » (Dodim), la source d'Ein Gedi et le temple chalcolithique. Le nom du wadi reprend le récit de 1 Samuel 24 ; c'est un nom moderne, pas une localisation établie.
Plus au sud, le wadi Arugot est plus long, plus sauvage et plus physique. Son sentier suit un cours d'eau permanent entre de hautes parois, vers des bassins et une cascade dite « cachée ». L'INPA le présente comme un itinéraire réservé aux marcheurs en bonne condition, avec une heure limite d'entrée plus précoce que le reste de la réserve.

Les bouquetins de Nubie fréquentent les pentes et les abords des sentiers ; les damans des rochers, petits mammifères trapus, se chauffent sur les blocs. Tous deux figurent déjà dans la Bible, dans un même verset :
« Les montagnes élevées sont pour les boucs sauvages, Les rochers servent de retraite aux damans. »
Psaume 104:18
⚠️ Après la crue de mai 2025
Le 4 mai 2025, une crue exceptionnelle a ravagé les wadis David et Arugot : sentiers emportés, escaliers et passerelles détruits. Les parcours ont rouvert par étapes. Selon l'INPA, citée par la presse israélienne le 24 septembre 2026, le dernier tronçon encore fermé, le bas du wadi David jusqu'à la cascade, devait rouvrir fin septembre 2026. Les bassins, envahis de sédiments, sont désormais peu profonds, et la baignade sous la cascade de David reste interdite à cause des chutes de pierres. Vérifiez les conditions du jour auprès de l'INPA avant de partir.
L'eau abondante a attiré les hommes bien avant David. Les fouilles de l'Université hébraïque de Jérusalem et de la Société d'exploration d'Israël, dirigées par Benjamin Mazar de 1961 à 1965, puis celles de Yizhar Hirschfeld sur le village romain et byzantin (1996-2002), ont retracé plus de cinq mille ans d'histoire.

Sur une terrasse qui domine la source d'Ein Gedi, une enceinte de pierre entoure une cour, un bâtiment principal allongé et une petite construction annexe. Repéré en 1956 par Yohanan Aharoni, sondé en 1957 par Yosef Naveh puis fouillé en 1962 sous la direction de Mazar, avec David Ussishkin sur le terrain, cet édifice de la culture ghassoulienne date d'environ 3500 av. J.-C. Aucun village contemporain n'a été trouvé autour : il aurait servi de sanctuaire régional à des populations semi-nomades. Ussishkin a proposé d'y rattacher le célèbre trésor de cuivre de Nahal Mishmar, découvert en 1961 dans une grotte plus au sud ; cette hypothèse reste discutée.
Le premier village permanent connu s'installe sur Tel Goren, une butte proche des sources, à la fin de la période royale : vers le milieu ou la seconde moitié du VIIe siècle av. J.-C. (certains indices suggèrent la fin du VIIIe siècle). Mazar y a trouvé des installations équipées de jarres et de bassins qu'il a reliées à une production artisanale, peut-être celle du parfum de baumier. Aucun vestige de village ne remonte à l'époque attribuée à David. Cela ne contredit pas le récit de 1 Samuel, qui décrit un refuge dans le désert et non une ville.
La richesse d'Ein Gedi venait des dattes et surtout du baumier (balsamier), un arbuste dont on tirait un parfum et un remède très coûteux, cultivé seulement dans quelques oasis de la région, comme Jéricho.
Mise au jour par hasard dans les années 1960, dans les champs du kibboutz, la synagogue d'Ein Gedi a été fouillée au début des années 1970 par Dan Barag, Yosef Porat et Ehud Netzer. Construite modestement au IIIe siècle, elle a été agrandie à plusieurs reprises, avec une niche pour l'arche de la Torah et des rangées de piliers. Elle a été détruite par un incendie : au VIe siècle selon plusieurs auteurs, peut-être sous Justinien, ou au début du VIIe selon d'autres.

Le sol de la salle de prière est couvert d'une mosaïque géométrique. Au centre, un médaillon montre quatre oiseaux ; des paons et d'autres oiseaux ornent les angles. On n'y voit aucune figure humaine, contrairement à d'autres synagogues de la même époque.
Dans le bas-côté ouest, un long panneau en hébreu et en araméen dresse d'abord une liste : les ancêtres de l'humanité d'Adam à Japhet, les signes du zodiaque, les douze mois de l'année, Abraham, Isaac et Jacob, puis Hanania, Mishaël et Azaria, les trois compagnons de Daniel. D'autres lignes remercient des donateurs. Une dernière partie contient une malédiction unique dans l'épigraphie juive antique. Elle vise quiconque sème la discorde entre un homme et son prochain, calomnie son ami auprès des non-Juifs, vole les biens d'autrui ou révèle « le secret de la ville » :
« Celui dont les yeux parcourent toute la terre et qui voit les choses cachées, il tournera sa face contre cet homme et contre sa descendance, et l'arrachera de dessous le soleil. Et tout le peuple dit : Amen, amen, sélah. »
Inscription de la synagogue d'Ein Gedi (traduction d'après les publications de l'inscription)
Personne ne sait avec certitude quel était ce secret. L'explication la plus souvent retenue, proposée par le talmudiste Saul Lieberman, y voit le savoir-faire de la culture du baumier ou de la fabrication de son parfum, source de la richesse locale. D'autres interprétations restent possibles. Plusieurs sources indiquent que le panneau original est aujourd'hui exposé à Jérusalem, au campus national d'archéologie de l'Autorité des antiquités d'Israël.
En 1970, les fouilleurs ont trouvé près de l'arche un rouleau entièrement carbonisé, impossible à ouvrir. En 2015-2016, une équipe de l'Université du Kentucky (Brent Seales), avec l'Autorité des antiquités d'Israël, l'a « déroulé » virtuellement à partir d'une tomographie : il contient les premiers versets du Lévitique, dans un texte identique au texte massorétique. Sa datation est discutée : IIIe-IVe siècle d'après le radiocarbone, plus ancienne d'après l'écriture.
Désert de Judée, rive ouest de la mer MorteMassada, la forteresse d'Hérode au-dessus de la mer MorteUn palais suspendu au bord du désert, le dernier bastion de la révolte juive contre Rome et un récit célèbre que l'archéologie éclaire sans tout trancher.Voir la fiche →
L'INPA divise la réserve en trois zones : le wadi David, le wadi Arugot et le parc des antiquités (la synagogue). Les deux sentiers se réservent séparément en ligne ; le billet d'une zone donne accès aux autres le même jour. La synagogue se visite sans réservation, avec un billet propre si l'on ne vient que pour elle. Elle est accessible par des allées revêtues et abritée sous une grande toile blanche.
Fondé en 1953 par des pionniers du Nahal, le kibboutz entretient un jardin botanique d'environ 100 dounams, où les maisons sont plantées au milieu de centaines d'espèces. Il propose aussi de l'hébergement. La réserve est à environ 1 km au nord, le long de la route 90.
Non, en principe. Le recul rapide de la mer Morte a fait apparaître des centaines de dolines, des effondrements soudains du sol. La plage publique d'Ein Gedi est fermée depuis des années, et l'ancienne station thermale du kibboutz n'accueille plus de baigneurs selon les informations disponibles. Pour se baigner, on va en général sur les plages aménagées d'Ein Bokek, une trentaine de kilomètres plus au sud. Ne vous aventurez jamais hors des accès balisés au bord de la mer.
Ein Gedi se combine facilement avec les autres sites de la rive ouest : Massada, à une vingtaine de kilomètres au sud ; Qumrân et ses grottes des manuscrits, plus au nord ; et, au sud de la mer Morte, les paysages du mont Sodome associés au récit de Sodome et Gomorrhe.
Ein Gedi, l'oasis où David se cacha de Saül : réserve, synagogue et visite
Réserve naturelle d'Ein Gedi, route 90, rive ouest de la mer Morte, environ 1 km au nord du kibboutz Ein Gedi (Waze : « En Gedi Nature Reserve »)
Coordonnées GPS : 31.4665, 35.3940
Lancer la navigation avec :

Un palais suspendu au bord du désert, le dernier bastion de la révolte juive contre Rome et un récit célèbre que l'archéologie éclaire sans tout trancher.

Des bergers bédouins, onze grottes et près de 900 manuscrits : le site qui a livré les plus anciennes copies connues de la Bible hébraïque, et l'énigme de ceux qui les ont cachés.

Du récit de la Genèse aux fouilles de Bab edh-Dhra' et de Tall el-Hammam : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore, des villes détruites près de la mer Morte.

Rahab, le passage du Jourdain et la chute des murailles : le récit de Josué face à un siècle de fouilles, sur l'un des plus anciens sites urbains du monde.
Ein Gedi (En-Guédi) est surtout connue comme le refuge de David fuyant Saül : dans une grotte du « désert d'En-Guédi », David coupe le pan du manteau du roi au lieu de le tuer (1 Samuel 24). L'oasis apparaît aussi dans la liste des villes de Juda (Josué 15:62), dans le Cantique des cantiques (« les vignes d'En-Guédi », 1:14), en 2 Chroniques 20:2 sous le nom de Hatsatson-Thamar et dans la vision d'Ézéchiel 47:10.
C'est le même lieu. « Ein Gedi » transcrit l'hébreu moderne עין גדי et figure sur les panneaux en Israël ; « En-Guédi » est la forme des Bibles françaises, dont Louis Segond ; « Engaddi » vient du latin de la Vulgate et des textes anciens. Le nom signifie « source du chevreau ».
Le wadi David est le plus court et le plus fréquenté ; il convient aux familles, avec une partie accessible en fauteuil roulant jusqu'au premier bassin. Le wadi Arugot est plus long, plus sauvage et plus exigeant, réservé aux marcheurs en forme, avec une heure limite d'entrée plus précoce. Les deux se réservent auprès de l'INPA ; vérifiez l'état des sentiers depuis la crue de mai 2025.
En principe non. La plage publique d'Ein Gedi est fermée depuis des années à cause des dolines provoquées par le recul de la mer Morte. Pour se baigner, on va en général à Ein Bokek, plus au sud, où des plages aménagées sont ouvertes. Dans la réserve, la baignade sous la cascade de David est interdite à cause des chutes de pierres.
Le panneau en hébreu et en araméen énumère les ancêtres d'Adam à Japhet, les signes du zodiaque, les mois, les patriarches et les compagnons de Daniel, remercie des donateurs, puis maudit quiconque sème la discorde, calomnie auprès des non-Juifs, vole ou « révèle le secret de la ville ». Ce secret pourrait être le savoir-faire du baumier et de son parfum, mais rien n'est certain.
Oui, c'est l'enchaînement le plus courant : les deux sites sont à une vingtaine de kilomètres l'un de l'autre par la route 90. On monte à Massada tôt le matin, avant la chaleur, puis on marche à Ein Gedi. Il faut réserver les sentiers d'Ein Gedi et tenir compte de l'heure de dernière entrée.
Personne ne le sait. Le texte ne donne pas d'emplacement précis et les falaises d'Ein Gedi comptent de nombreuses grottes. Les cavités parfois montrées aux visiteurs relèvent de l'évocation, pas d'une identification archéologique.
C'est un sanctuaire en pierre construit vers 3500 av. J.-C. sur une terrasse au-dessus de la source d'Ein Gedi, fouillé en 1962 par l'équipe de Benjamin Mazar et David Ussishkin. Il est bien antérieur à toute période biblique et se visite par les sentiers hauts du wadi David, s'ils sont ouverts.