Massada, la forteresse d'Hérode au-dessus de la mer Morte
Un palais suspendu au bord du désert, le dernier bastion de la révolte juive contre Rome et un récit célèbre que l'archéologie éclaire sans tout trancher.
Posée sur un plateau rocheux qui domine de plus de 400 m la rive ouest de la mer Morte, Massada (en hébreu Metsada, « la forteresse ») est l'un des sites archéologiques les plus visités d'Israël. Le roi Hérode y fit bâtir, au Ier siècle av. J.-C., un palais-forteresse spectaculaire. Un siècle plus tard, la forteresse de Massada devint le dernier bastion des insurgés juifs contre Rome, tombé en 73 ou 74 apr. J.-C. après un siège dont les traces se lisent encore dans le paysage.
L'histoire de Massada nous est connue presque uniquement par l'historien Flavius Josèphe, qui raconte la mort collective des défenseurs plutôt que la captivité. Les fouilles de Yigael Yadin, dans les années 1960, ont révélé palais, synagogue, manuscrits et une rampe romaine intacte, tout en ouvrant des débats qui durent encore. Qu'on l'écrive Massada ou Masada, le site, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2001, se visite par le sentier du serpent, par le téléphérique ou, côté ouest, par la rampe romaine.
⏱ Visite : environ 180 minMis à jour le
L'histoire de Massada, d'Hérode à la révolte juive
Période principaleFin du Ier s. av. J.-C. – 73/74 apr. J.-C.
BâtisseurHérode le Grand, à partir des années 30 av. J.-C.
PlateauEnviron 550 × 270 m, falaises de tous côtés
Source principaleFlavius Josèphe, Guerre des Juifs, livre VII
StatutParc national, patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001
Un rocher fortifié avant Hérode
Selon Josèphe, le rocher fut fortifié pour la première fois par un « grand prêtre Jonathan », que la plupart des historiens identifient au roi hasmonéen Alexandre Jannée (103-76 av. J.-C.). Les fouilles ont livré des monnaies hasmonéennes, mais presque aucune construction qu'on puisse attribuer avec certitude à cette époque. En 40 av. J.-C., fuyant l'invasion parthe et son rival Antigone, Hérode y met sa famille à l'abri sous la garde de son frère Joseph ; les assiégés, à court d'eau, auraient été sauvés par une averse qui remplit les citernes (Guerre des Juifs I).
Le palais-forteresse d'Hérode
Devenu roi de Judée, Hérode transforme le plateau en refuge royal : muraille à casemates sur tout le pourtour, entrepôts pour des années de vivres, citernes géantes creusées dans la roche et alimentées par les crues des oueds, thermes à la romaine et deux palais. Le plus célèbre, le palais nord, descend en trois terrasses sur la pointe de la falaise ; ses fresques et ses colonnes stuquées montrent l'influence de l'art romain à la cour hérodienne. C'est l'un des grands chantiers du règne, avec le Temple de Jérusalem, Hérodion et Césarée (voir la période du Second Temple).
Le plateau de Massada vu du ciel, avec le palais nord à sa pointeCrédit : Godot13 · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Les sicaires et la révolte contre Rome
En 66 apr. J.-C., au début de la grande révolte juive, un groupe de rebelles s'empare de la garnison romaine de Massada. Josèphe les appelle sicaires, du nom du poignard (sica) qu'ils utilisaient, et leur chef est Éléazar ben Yaïr. Après la destruction de Jérusalem et du Temple en 70, Massada devient l'un des derniers points de résistance, avec Hérodion et Machéronte. Des familles s'y installent ; elles réaménagent les salles d'Hérode en logements et ajoutent des bains rituels (mikvaot).
Le siège romain et le récit de Flavius Josèphe
En 73 ou 74 apr. J.-C. (la date exacte est discutée), le gouverneur Lucius Flavius Silva vient assiéger Massada avec la Xe légion Fretensis et des troupes auxiliaires, soit plusieurs milliers d'hommes. Les Romains entourent le rocher d'un mur de circonvallation et de huit camps, puis construisent sur un éperon naturel du versant ouest une rampe de siège de terre et de pierres qui permet d'amener un bélier contre la muraille.
L'un des huit camps romains du siège, encore lisible au pied de la forteresseCrédit : Godot13 · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
La nuit du 15 Xanthicos selon Josèphe
Dans le livre VII de la Guerre des Juifs, Josèphe raconte qu'une fois la muraille ouverte, Éléazar persuade les défenseurs, par deux longs discours, de mourir libres plutôt que de devenir esclaves. Les hommes tuent leur famille, puis dix d'entre eux, tirés au sort, tuent les autres ; un dernier, désigné lui aussi par le sort, met fin à ses jours après avoir incendié le palais. Au matin, les Romains ne trouvent que des morts : 960 personnes selon Josèphe. Deux femmes et cinq enfants, cachés dans un conduit d'eau, auraient survécu et rapporté les faits.
Josèphe n'était pas présent : ancien chef rebelle passé au service des Flaviens, il écrit à Rome quelques années plus tard, probablement à partir des rapports de l'armée. Les discours d'Éléazar sont, comme souvent dans l'historiographie antique, une composition littéraire de l'auteur.
La rampe de siège romaine sur le versant ouest, aujourd'hui empruntée par le sentier de la rampeCrédit : David Shankbone · CC BY-SA 3.0 · Wikimedia Commons
Massada et l'archéologie : les fouilles de Yadin et les débats
Les fouilles de Yigael Yadin (1963-1965)
Après les relevés du XIXe siècle et une première exploration israélienne dans les années 1950, l'archéologue Yigael Yadin (Université hébraïque de Jérusalem) dirige deux grandes campagnes, d'octobre 1963 à avril 1965, avec des volontaires venus de dizaines de pays. Presque tout le plateau est dégagé et partiellement restauré : palais nord et palais ouest, thermes, entrepôts, muraille à casemates, citernes. Ehud Netzer a ensuite publié l'architecture du site ; depuis 2017, Guy Stiebel (Université de Tel-Aviv) y a repris les fouilles.
Dans la muraille nord-ouest, Yadin identifie une salle bordée de gradins comme une synagogue, l'une des plus anciennes connues ; elle aurait été aménagée par les rebelles dans une salle hérodienne. Sous son sol et ailleurs sur le site sont apparus des fragments de manuscrits : passages de la Genèse, du Lévitique, du Deutéronome, d'Ézéchiel (dont la vision des ossements desséchés, Ézéchiel 37) et des Psaumes, un rouleau hébreu de Ben Sira (Siracide) et une copie des Chants du sacrifice du sabbat, texte liturgique aussi connu à Qumrân. Ces textes, très proches du texte massorétique pour les livres bibliques, sont antérieurs à 73/74.
Les ostraca « des sorts »
Près du palais nord, Yadin trouve une douzaine de tessons (ostraca) portant chacun un nom, dont l'un se lit « ben Yaïr ». Il y voit les sorts du récit de Josèphe. L'hypothèse est séduisante mais invérifiable : ces tessons ont pu servir à bien d'autres usages (rations, tours de garde).
Les squelettes
Les restes humains retrouvés sont peu nombreux : trois individus dans les thermes du palais nord et environ 25 dans une grotte du versant sud, mêlés à des ossements de porc. Ils ont été inhumés solennellement en 1969 comme « défenseurs de Massada ». L'anthropologue Joe Zias, entre autres, a contesté cette identification ; faute d'accès aux ossements, la question reste ouverte.
🔎 L'archéologie confirme-t-elle Josèphe ?
Oui pour le cadre : le palais d'Hérode, l'occupation rebelle, la rampe, les huit camps et le mur de siège correspondent à sa description, et une couche d'incendie marque la fin du site. Non pour le cœur du récit : aucune preuve matérielle ne permet de confirmer ou d'infirmer le suicide collectif ni le chiffre de 960 morts. Des historiens comme Shaye Cohen (1982) ou le sociologue Nachman Ben-Yehuda (The Masada Myth, 1995) ont souligné les écarts entre le texte et les vestiges, et la manière dont le récit est devenu un symbole national en Israël au XXe siècle. En 2024, une étude de l'Université de Tel-Aviv (Journal of Roman Archaeology), fondée sur des relevés par drone, estime que le dispositif de siège a pu être bâti en deux semaines environ : le siège aurait duré quelques semaines, et non des années.
Massada est-elle dans la Bible ? La « forteresse » des récits de David
Le nom de Massada n'apparaît pas dans la Bible, et la forteresse d'Hérode est bien plus tardive que l'Ancien Testament. Le mot hébreu, lui, est biblique : metsada ou metsouda désigne un lieu fort, un refuge escarpé. Il revient dans l'histoire de David fuyant Saül, précisément dans le désert qui borde la mer Morte :
« De là David monta vers les lieux forts d'En-Guédi, où il demeura. »
1 Samuel 24:1
Après avoir épargné Saül dans une grotte, « David et ses gens montèrent au lieu fort » (1 Samuel 24:23) ; plus tôt, David avait déjà séjourné dans « la forteresse » pendant que ses parents étaient en Moab (1 Samuel 22:4-5). Le même mot devient une image de Dieu dans les Psaumes :
« Éternel, mon rocher, ma forteresse, mon libérateur ! Mon Dieu, mon rocher, où je trouve un abri ! »
Psaume 18:3
📖 Une identification non établie
Certains auteurs ont proposé que « la forteresse » de 1 Samuel 22 et 24 soit le rocher de Massada, à une vingtaine de kilomètres au sud d'Ein Guédi. Rien ne permet de l'affirmer : le texte parle de « lieux forts » en général, aucun vestige de l'époque de David n'a été identifié sur le plateau, et d'autres hauteurs du désert de Judée conviennent aussi bien. On peut en revanche lire à Massada, sur place, les versets qui ont donné son nom au site.
Visiter Massada : sentier du serpent, téléphérique et lever du soleil
Trois façons de monter
Le sentier du serpent, côté est (depuis la route 90 et le centre d'accueil) : un chemin en lacets déjà décrit par Josèphe, qui l'appelle « le Serpent ». Compter 45 minutes à 1 heure de montée soutenue pour un peu plus de 300 m de dénivelé.
Le téléphérique, du même côté : quelques minutes jusqu'à la porte du sentier du serpent, près du sommet. C'est l'option des groupes, des familles et des personnes à mobilité réduite.
Le sentier de la rampe, côté ouest : accessible uniquement par Arad (route 3199), il suit la rampe romaine et se monte en une vingtaine de minutes.
Le lever du soleil sur la mer Morte
Monter à pied avant l'aube pour voir le soleil se lever sur les montagnes de Moab et la mer Morte est un classique. Le sentier du serpent ouvre avant le lever du jour à certaines périodes : vérifiez l'heure d'ouverture du jour sur le site de l'Autorité israélienne de la nature et des parcs, prévoyez une lampe frontale et partez tôt en été, les sentiers pouvant fermer aux heures chaudes.
Que voir au sommet
Le parcours balisé mène au palais nord (terrasses inférieures par un escalier raide), aux thermes, aux entrepôts, à la synagogue, au palais ouest et à ses mosaïques, aux citernes, à une église byzantine (Ve-VIe siècle) et aux points de vue sur la rampe et les camps romains. Une ligne noire peinte sur les murs sépare les parties d'origine des parties restaurées. Au centre d'accueil, un musée présente les objets des fouilles de Yadin.
Le spectacle son et lumière côté ouest
En saison, un spectacle nocturne est projeté sur le versant ouest, entre la rampe et le palais nord. Il n'est accessible que par Arad : il n'y a pas de liaison routière entre les deux côtés du parc. Jours et dates varient ; consultez le programme officiel avant de réserver.
Massada se combine facilement avec les autres sites de la rive ouest : Ein Guédi au nord, Qumrân plus loin, et au sud les paysages associés à Sodome et Gomorrhe autour du mont Sodome.
Massada, la forteresse d'Hérode au-dessus de la mer Morte Parc national de Massada, route 90 (accès est, téléphérique et sentier du serpent) ; accès ouest par Arad, route 3199. Environ 20 km au sud d'Ein Guédi.
2 h 30 à 3 heures avec le téléphérique ; une demi-journée si l'on monte à pied par le sentier du serpent pour le lever du soleil.
Horaires & tarifs
Se renseigner auprès de l'Autorité israélienne de la nature et des parcs (Israel Nature and Parks Authority, parks.org.il), gestionnaire du parc national, pour le site, le téléphérique et le spectacle nocturne.
Saisons recommandées
D'octobre à avril. En été, la chaleur est extrême : monter à l'aube, et vérifier les heures de fermeture des sentiers.
Accessibilité PMR
Le téléphérique et une partie du plateau sont accessibles ; les terrasses inférieures du palais nord et les sentiers pédestres ne le sont pas. Se renseigner auprès du parc avant la visite.
À prévoir
Beaucoup d'eau (au moins 1 à 2 litres par personne), chapeau, crème solaire, chaussures de marche ; lampe frontale pour le lever du soleil. Peu d'ombre au sommet.
Itinéraires suggérés
Massada, Ein Guédi et la mer Morte en une journée
Massada (téléphérique ou sentier du serpent) → Ein Guédi → baignade à Ein Bokek
Au temps du Second Temple
Jérusalem → Qumrân → Ein Guédi → Massada
Aube et spectacle, côté ouest
Arad → spectacle son et lumière → nuit à Arad → montée par le sentier de la rampe à l'aube
Sites connexes
Rive ouest de la mer Morte, désert de Judée⏱ 180 min
Des sources au pied des falaises du désert de Judée : le refuge de David fuyant Saül, les « vignes d'En-Guédi » du Cantique, un temple de 5 500 ans et une synagogue qui maudit quiconque trahit « le secret de la ville ».
Des bergers bédouins, onze grottes et près de 900 manuscrits : le site qui a livré les plus anciennes copies connues de la Bible hébraïque, et l'énigme de ceux qui les ont cachés.
Du récit de la Genèse aux fouilles de Bab edh-Dhra' et de Tall el-Hammam : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore, des villes détruites près de la mer Morte.
Là où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.
Voir la fiche →
Questions fréquentes
Que s'est-il passé à Massada ?
Forteresse aménagée en palais par Hérode, Massada fut prise en 66 apr. J.-C. par des rebelles juifs menés par Éléazar ben Yaïr. Assiégée par la Xᵉ légion romaine, elle tomba en 73 ou 74. Selon Flavius Josèphe, ses 960 défenseurs choisirent la mort plutôt que l'esclavage.
L'archéologie confirme-t-elle le récit de Flavius Josèphe ?
En partie. Les palais, la rampe, les huit camps romains et le mur de siège correspondent à sa description. En revanche, rien ne permet de prouver ou de réfuter le suicide collectif : les ostraca portant des noms et les quelques squelettes retrouvés restent diversement interprétés.
Faut-il écrire Massada ou Masada ?
Les deux se rencontrent en français. « Massada » (avec deux s) rend la prononciation, « Masada » est la graphie internationale et anglaise. Le nom hébreu, <em>Metsada</em>, signifie « la forteresse ».
Sentier du serpent ou téléphérique : que choisir ?
Le sentier du serpent (45 min à 1 h de montée, un peu plus de 300 m de dénivelé) demande une bonne condition physique et se fait de préférence à l'aube. Le téléphérique monte en quelques minutes. Beaucoup de visiteurs montent à pied et redescendent en cabine.
Peut-on voir le lever du soleil à Massada ?
Oui, c'est l'une des expériences les plus prisées : on monte à pied par le sentier du serpent, qui ouvre avant l'aube à certaines périodes, pour voir le soleil se lever sur la mer Morte et les montagnes de Moab. Les horaires du jour sont à vérifier auprès du parc national.
Massada est-elle dans la Bible ?
Non, pas sous ce nom. Le mot hébreu <em>metsada</em> / <em>metsouda</em> (« forteresse ») apparaît dans les récits de David près d'En-Guédi (1 Samuel 22-24) et dans les Psaumes (Psaume 18:3), mais rien ne permet d'identifier ces « lieux forts » avec Massada.
Peut-on faire Massada, Ein Guédi et la mer Morte en une journée ?
Oui, c'est un programme classique depuis Jérusalem (environ 1 h 30 à 2 h de route jusqu'à Massada) : Massada tôt le matin, Ein Guédi en fin de matinée, puis baignade dans la mer Morte, par exemple à Ein Bokek. La journée est longue ; en été, commencer à l'aube.
Qui gère le site de Massada ?
Massada est un parc national géré par l'Autorité israélienne de la nature et des parcs. Le site est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2001.