
Jaffa, l'antique Joppé : port de Jonas et de Pierre
Des cèdres du Liban débarqués pour le Temple à la vision de Pierre sur le toit de Simon le tanneur : quatre mille ans d'histoire sur une colline au bord de la Méditerranée.

30 – 70 apr. J.-C.
Le grand port d'Hérode, capitale des gouverneurs romains, où Pierre baptise Corneille et où Paul reste deux ans prisonnier : un parc archéologique au bord de la Méditerranée.
Crédit : Abraham Graicer · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Sur la côte méditerranéenne, à mi-chemin entre Tel Aviv et Haïfa, Césarée est l'une des villes les plus spectaculaires fondées par Hérode le Grand. Bâtie vers 22-10 av. J.-C. sur l'ancien comptoir phénicien de la Tour de Straton et dédiée à l'empereur Auguste (Caesar), Césarée maritime (Caesarea Maritima) possédait un port artificiel, Sebastos, un théâtre, un palais sur un promontoire et un hippodrome au bord des vagues. Elle devient ensuite la capitale des gouverneurs romains de Judée.
C'est aussi un grand lieu de Césarée dans la Bible : les Actes des Apôtres y placent le baptême du centurion Corneille par Pierre, la maison de Philippe l'évangéliste et les deux années de captivité de Paul. En 1961, les fouilles du théâtre y ont livré la célèbre pierre de Pilate. Aujourd'hui, le parc national de Césarée et l'aqueduc sur la plage font partie des sites antiques les plus visités d'Israël.
Césarée n'apparaît que dans le Nouveau Testament : la ville n'existait pas à l'époque de l'Ancien Testament. Elle est citée une quinzaine de fois dans les Actes des Apôtres, qui en font la porte par laquelle le message chrétien s'ouvre aux non-Juifs et gagne Rome. Pour replacer ces récits dans l'ensemble de la période, voir les Apôtres et l'Église naissante.
Après avoir baptisé l'eunuque éthiopien sur la route de Gaza, Philippe, l'un des sept diacres, prêche dans les villes de la côte : il « alla jusqu'à Césarée, en évangélisant toutes les villes par lesquelles il passait » (Actes 8:40). Il semble s'y être installé : des années plus tard, Paul et ses compagnons logent chez lui. « Il avait quatre filles vierges qui prophétisaient » (Actes 21:8-9).
« Il y avait à Césarée un homme nommé Corneille, centenier dans la cohorte dite italienne. Cet homme était pieux et craignait Dieu, avec toute sa maison. »
Actes 10:1-2
Averti par une vision, Corneille envoie chercher Pierre à Jaffa, à une soixantaine de kilomètres au sud. De son côté, Pierre reçoit sur la terrasse de Simon le corroyeur la vision de la nappe descendue du ciel. Arrivé à Césarée, il entre chez un païen, ce que sa tradition déconseillait, et déclare : « Dieu ne fait point acception de personnes » (Actes 10:34). Le Saint-Esprit descend sur les auditeurs et Pierre fait baptiser Corneille et sa maison (Actes 10:44-48). Pour les Actes, c'est le premier baptême d'un non-Juif incirconcis, un tournant repris ensuite au « concile » de Jérusalem (Actes 15:7-11).
Hérode Agrippa Ier, petit-fils d'Hérode le Grand et roi de Judée de 41 à 44, descend à Césarée après l'évasion de Pierre (Actes 12:19). Devant les délégués de Tyr et de Sidon, revêtu de ses habits royaux, il est acclamé comme un dieu ; « au même instant, un ange du Seigneur le frappa […] et il expira, rongé des vers » (Actes 12:21-23). L'historien Flavius Josèphe raconte la même mort subite à Césarée, lors de jeux donnés au théâtre en l'honneur de l'empereur (Antiquités juives 19.343-350) : deux sources indépendantes pour un même événement.
Paul passe plusieurs fois par le port (Actes 9:30 ; 18:22). Arrêté au Temple de Jérusalem en 57 environ, il est conduit de nuit sous forte escorte jusqu'au gouverneur Félix, à Césarée, qui ordonne « qu'on le gardât dans le prétoire d'Hérode » (Actes 23:35). « Deux ans s'écoulèrent ainsi » (Actes 24:27). Il comparaît devant Félix, puis devant son successeur Porcius Festus, et enfin devant le roi Agrippa II et Bérénice (Actes 25:23 à 26:32). Craignant d'être livré à ses adversaires, il fait valoir sa citoyenneté romaine :
« J'en appelle à César. Alors Festus, après avoir délibéré avec le conseil, répondit : Tu en as appelé à César ; tu iras devant César. »
Actes 25:11-12
C'est de Césarée que Paul embarque pour Rome, au terme d'un voyage marqué par le naufrage de Malte (Actes 27).
Avant Hérode, le site n'est qu'un petit mouillage phénicien, la Tour de Straton, fondé vers le IVe siècle av. J.-C. Rome l'attribue à Hérode en 30 av. J.-C. Le roi y lance l'un des plus grands chantiers de son règne, décrit par Flavius Josèphe (Guerre des Juifs 1.408-415 ; Antiquités juives 15.331-341) : une ville en damier, un temple dédié à Rome et à Auguste dominant le port, un théâtre, un palais et un « amphithéâtre » pour les courses et les jeux. L'inauguration a lieu vers 10-9 av. J.-C.
Faute de baie naturelle, les ingénieurs d'Hérode construisent en pleine mer deux grands môles qui abritent un bassin d'environ dix hectares : l'un des plus vastes ports artificiels de son temps. Ils utilisent un béton hydraulique à base de pouzzolane, une cendre volcanique importée de la baie de Naples, coulé dans des caissons de bois immergés. Affaibli par des mouvements du sol et peut-être par un tsunami, le port s'ensable et devient inutilisable à la fin de l'Antiquité ; ses fondations se visitent aujourd'hui en plongée.


En juin 1961, la mission archéologique italienne dirigée par Antonio Frova, qui dégage le théâtre, met au jour un bloc de calcaire d'environ 82 × 65 cm, remployé au IVe siècle dans un escalier. Il porte une dédicace latine mutilée, où l'on lit notamment TIBERIEVM, [PONTI]VS PILATVS et [PRAEF]ECTVS IVDA[EA]E : Ponce Pilate, préfet de Judée, a dédié un bâtiment en l'honneur de l'empereur Tibère (un « Tibérieum », dont la nature exacte reste discutée). C'est la seule inscription contemporaine connue portant le nom du gouverneur qui, selon les Évangiles, fit crucifier Jésus. Elle montre aussi que son titre officiel était « préfet », alors que Tacite l'appelle « procurateur ». L'original est conservé au Musée d'Israël à Jérusalem ; une copie est exposée sur le site.
Sur la pointe rocheuse au sud du théâtre, les fouilles d'Ehud Netzer (Université hébraïque) à partir de 1976, puis celles de Kathryn Gleason et Barbara Burrell et de Yosef Porath (Autorité des antiquités d'Israël) dans les années 1990, ont dégagé un palais hérodien à deux niveaux : en bas, des appartements autour d'une grande piscine taillée dans le rocher, face à la mer ; en haut, une cour et des salles d'apparat. Beaucoup de chercheurs y voient le palais d'Hérode devenu résidence des gouverneurs romains, c'est-à-dire le « prétoire d'Hérode » où Paul fut gardé (Actes 23:35). L'identification est vraisemblable, mais aucun vestige ne peut être rattaché directement à sa détention.
Le port englouti est exploré depuis les années 1980 par une équipe d'archéologie sous-marine menée par Avner Raban (Université de Haïfa) et Robert Hohlfelder, qui a documenté les techniques de construction romaines. D'autres missions (notamment la Joint Expedition to Caesarea Maritima dans les années 1970) ont fouillé la ville basse et ses quartiers. En 2019, un vaste programme financé par la fondation Edmond de Rothschild avec l'Autorité des antiquités, la Société de développement de Césarée et l'Autorité de la nature et des parcs a restauré les voûtes du podium du temple d'Auguste, qui abritent un nouveau centre d'accueil.
Le parc national s'étend le long de la mer sur plus d'un kilomètre. On peut commencer au sud, par le théâtre, et remonter vers le port et la ville croisée.

Construit par Hérode puis agrandi à l'époque romaine, le théâtre fait face à la mer. Ses gradins ont été en grande partie restaurés après les fouilles italiennes des années 1960, et il accueille à nouveau des concerts. La copie de la pierre de Pilate se trouve à proximité.
Juste au nord, on marche sur les sols du palais d'Hérode, autour du bassin creusé dans le rocher et battu par les vagues. Il longe l'hippodrome hérodien, une piste de près de 300 m bordée de gradins, où se tenaient courses de chars et spectacles ; Flavius Josèphe l'appelle « amphithéâtre ».
Plus au nord, les voûtes restaurées du podium du temple d'Auguste abritent le centre d'accueil (objets de fouille et film sur la construction de la ville). On traverse ensuite l'enceinte croisée de Saint Louis, avec ses glacis et son fossé, pour rejoindre l'ancien port, aujourd'hui bordé de restaurants et de galeries.

Au nord du parc, hors de l'enceinte, l'aqueduc de Césarée court sur la dune le long d'une plage publique. Cet aqueduc « haut » amenait l'eau des sources situées au pied du mont Carmel. Longtemps attribué à Hérode, il a connu plusieurs phases : un premier canal au Ier siècle, doublé sous Hadrien, comme l'indiquent des inscriptions des légions romaines qui y ont travaillé. Au large, le parc national marin de Césarée protège les vestiges engloutis du port.
Le Nouveau Testament mentionne deux Césarée différentes, à environ 150 km l'une de l'autre :
Quand les Actes disent simplement « Césarée », il s'agit toujours de la ville côtière. La ville moderne de Césarée (Keisarya), à l'est du parc, a été développée au XXe siècle avec le soutien de la famille de Rothschild.
Césarée maritime, la ville d'Hérode : théâtre, aqueduc et visite
Parc national de Césarée, Césarée (Caesarea), sur la côte méditerranéenne, à environ 55 km au nord de Tel Aviv et 40 km au sud de Haïfa
Coordonnées GPS : 32.5003, 34.8918
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Des cèdres du Liban débarqués pour le Temple à la vision de Pierre sur le toit de Simon le tanneur : quatre mille ans d'histoire sur une colline au bord de la Méditerranée.

Le feu tombé du ciel, la petite nuée venue de la mer et les ermites qui ont donné son nom à l'ordre du Carmel : une montagne qui domine la vallée de Jezréel et la baie de Haïfa.

Une ville cananéenne que la Bible dit vaincue mais jamais dépossédée : quatre millénaires d'histoire au carrefour de l'Égypte et de la Mésopotamie.
Césarée maritime se trouve sur la côte méditerranéenne d'Israël, entre Tel Aviv (environ 55 km au sud) et Haïfa (environ 40 km au nord), près de la ville moderne de Césarée. Les vestiges antiques forment le parc national de Césarée.
Césarée apparaît dans les Actes des Apôtres : Philippe l'évangéliste y habite (Actes 8:40 ; 21:8), Pierre y baptise le centurion Corneille (Actes 10), Hérode Agrippa Iᵉʳ y meurt (Actes 12:19-23) et Paul y reste deux ans prisonnier avant d'en appeler à César (Actes 23-26).
Ce sont deux villes distinctes. Césarée maritime, sur la côte, est le port d'Hérode et la ville des Actes des Apôtres. Césarée de Philippe (Banias), au pied du mont Hermon, est le lieu de la confession de Pierre dans les Évangiles (Matthieu 16:13-20).
C'est un bloc de calcaire découvert en 1961 dans le théâtre de Césarée par la mission italienne d'Antonio Frova. Son inscription latine mentionne Ponce Pilate, préfet de Judée : c'est la seule inscription connue de son époque portant son nom. L'original est au Musée d'Israël à Jérusalem, une copie est exposée sur le site.
Dans le parc national : le théâtre romain, le palais du promontoire, l'hippodrome hérodien, les voûtes du temple d'Auguste et le centre d'accueil, les remparts croisés et l'ancien port. Au nord, hors du parc, l'aqueduc sur la plage.
En voiture, comptez environ 45 minutes à 1 heure par la route 2 (sortie Césarée). En transports en commun, prendre le train jusqu'à Binyamina ou Césarée–Pardes Hanna, puis un bus peu fréquent ou un taxi.
On l'a longtemps attribué à Hérode. Les recherches récentes datent le premier canal de l'aqueduc haut du Iᵉʳ siècle apr. J.-C. et son doublement de l'époque d'Hadrien (IIᵉ siècle), comme l'attestent des inscriptions de légions romaines.
Prévoyez 2 à 3 heures pour le parc national, plus un moment pour l'aqueduc. Césarée se combine facilement dans la journée avec Jaffa, le mont Carmel ou Megiddo.