
Sodome et Gomorrhe : les villes de la Plaine et la vallée de Siddim
Du récit de la Genèse aux fouilles de Bab edh-Dhra' et de Tall el-Hammam : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore, des villes détruites près de la mer Morte.
Époque biblique : Les Patriarches
De Genèse 14 à la stèle « Maison de David » : archéologie, nature et histoire biblique aux sources du Jourdain.
Au pied du mont Hermon, Tel Dan — l'antique Laïsh, appelée en arabe Tell el-Qāḍī — réunit un site archéologique majeur et une réserve naturelle traversée par les sources du Dan, le principal affluent du Jourdain. Selon Genèse 14, c'est « jusqu'à Dan » qu'Abraham poursuivit les quatre rois qui avaient capturé son neveu Lot.
Le tell conserve la Porte d'Abraham (Bab Ibrahim), porte à arches en briques crues du Bronze moyen (vers 1750 av. J.-C.), l'enceinte sacrée où Jéroboam Ier installa l'un de ses veaux d'or, et la porte israélite près de laquelle fut découverte la stèle de Tel Dan, qui mentionne la « Maison de David ». Sentiers ombragés, eaux vives et quatre millénaires d'histoire font de Tel Dan une étape incontournable du nord d'Israël.
En bref
Histoire et Bible
Récit biblique
Genèse 14 raconte la « guerre des rois » : quatre souverains venus de l'est, menés par Kedorlaomer, roi d'Élam, battent les cinq rois de la Plaine, pillent Sodome et Gomorrhe et emmènent Lot, installé à Sodome. Averti, Abram arme les 318 hommes de sa maison et les poursuit jusqu'à l'extrême nord du pays. Il les attaque de nuit, libère Lot, récupère le butin et pourchasse les vaincus jusqu'à Hoba, « à la gauche » — c'est-à-dire au nord — de Damas (Genèse 14:15).
« Dès qu'Abram eut appris que son frère avait été fait prisonnier, il arma trois cent dix-huit de ses plus braves serviteurs, nés dans sa maison, et il poursuivit les rois jusqu'à Dan. »
Genèse 14:14
À l'époque des patriarches, la ville s'appelait Laïsh (ou Léshem, Josué 19:47). Elle ne prit le nom de Dan qu'après sa conquête par la tribu du même nom (Juges 18). L'emploi de « Dan » en Genèse 14 est donc un anachronisme éditorial : le rédacteur actualise le toponyme pour ses lecteurs, pratique courante dans les textes anciens. Le nom de Laïsh apparaît d'ailleurs dans des sources extrabibliques du IIe millénaire av. J.-C., notamment les textes d'exécration égyptiens et les archives de Mari.
« Ils l'appelèrent Dan, d'après le nom de Dan, leur père, qui était né à Israël ; mais la ville s'appelait auparavant Laïs. »
Juges 18:29
Le récit suppose une longue marche depuis les chênes de Mamré, près d'Hébron. L'itinéraire exact reste inconnu ; on propose souvent la route des crêtes par Béthel, puis la vallée du Jourdain jusqu'à ses sources. Laïsh contrôlait l'un des passages naturels entre Canaan et la région de Damas : une position cohérente avec le cadre géographique du récit. Au retour, Abram est accueilli par Melchisédek, roi de Salem, qui le bénit (Genèse 14:18-20).
Ville la plus septentrionale du pays, Dan forme avec Beer-Sheva, dans le Néguev, l'expression biblique qui désigne tout Israël : « depuis Dan jusqu'à Beer-Schéba » (Juges 20:1 ; 1 Samuel 3:20). Des sources du Jourdain au Néguev, les deux sites encadrent la terre parcourue par Abraham.
Archéologie

Joyau du site, la porte dite « d'Abraham » appartient aux fortifications de la Laïsh cananéenne. Datée du Bronze moyen II (vers 1750 av. J.-C.), elle compte parmi les plus anciennes portes à arches complètes connues au monde. Mise au jour en 1979 par l'équipe d'Avraham Biran, elle a été consolidée et restaurée à la fin des années 2000 ; elle est aujourd'hui protégée par un abri.
Construite en briques séchées au soleil sur un soubassement de pierre, la porte était intégrée à un puissant rempart de terre. Son état de conservation exceptionnel s'explique par un paradoxe : peu après sa construction, elle fut comblée et enfouie dans le rempart, ce qui la protégea pendant près de quatre millénaires.
🔎 Tradition et archéologie
Le surnom « Porte d'Abraham » est pédagogique : la porte date d'une époque souvent associée au cadre des récits patriarcaux, mais aucune inscription ni aucun indice direct ne relie Abraham à ce passage précis. Elle illustre en revanche la puissance des cités cananéennes du Bronze moyen et donne vie au contexte de Genèse 14.
Archéologie
Tell el-Qāḍī (« la colline du juge », écho du nom hébreu Dan, qui signifie « juge ») a été occupé du Néolithique à l'époque romaine. Fouillé à partir de 1966 par Avraham Biran, puis par les équipes du Hebrew Union College, il compte parmi les sites les plus riches du nord d'Israël.
En 1993 puis en 1994, les fouilleurs découvrent près de la porte israélite trois fragments d'une stèle de basalte gravée en araméen (IXe siècle av. J.-C.). Un roi araméen y célèbre sa victoire sur un roi d'Israël et sur un roi de la « Maison de David » (bytdwd). C'est la plus ancienne mention extrabiblique généralement admise de la dynastie davidique : sans rien dire de la personne de David, elle montre qu'un siècle et demi environ après l'époque qu'on lui attribue, le royaume de Juda était désigné par le nom de son fondateur. L'original est exposé au musée d'Israël, à Jérusalem.
Au nord du tell, l'enceinte sacrée conserve une vaste plateforme en pierres de taille (bamah), l'emplacement d'un grand autel — dont une corne a été retrouvée — et des salles annexes ayant livré de petits autels à cornes, des pelles à encens et divers objets de culte. Une structure métallique matérialise aujourd'hui les dimensions de l'autel. Le texte biblique présente ce sanctuaire rival de Jérusalem, où Jéroboam plaça l'un de ses deux veaux d'or, comme « une occasion de péché » (1 Rois 12:30).
« Il plaça l'un de ces veaux à Béthel, et il mit l'autre à Dan. »
1 Rois 12:29
En contrebas, un imposant complexe de portes de l'âge du Fer (IXe-VIIIe s. av. J.-C.), avec sa place pavée, ses pierres dressées et un podium interprété comme la base d'un dais ou d'un trône, rappelle que c'est « à la porte » que l'on rendait la justice et que l'on traitait les affaires de la cité.


📌 À retenir
Tel Dan est à la fois un site archéologique de premier plan et une réserve naturelle protégée : les vestiges se découvrent au fil des sentiers, entre les eaux vives.
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Tel Dan
Réserve naturelle de Tel Dan, près du kibboutz Dan, route 99, Haute Galilée
Coordonnées GPS : 33.2486, 35.6522 (point de repère, pas l'entrée exacte)
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La réserve naturelle de Tel Dan entoure le tell et suit les sources du Dan, le plus abondant des trois cours d'eau qui forment le Jourdain (avec le Hasbani et le Banias). Alimentées par les pluies et la fonte des neiges du mont Hermon, les sources coulent toute l'année. Sentiers aménagés, passerelles au-dessus de l'eau, végétation luxuriante et faune riche (oiseaux, petits mammifères) composent un décor rare au Proche-Orient.
La visite est particulièrement agréable au printemps (floraison) et à l'automne (températures douces) ; en été, l'ombre et la fraîcheur des eaux font de la réserve un refuge apprécié.
Horaires, tarifs et conditions d'accès : consulter le site de l'Autorité israélienne de la nature et des parcs. Pour suivre les recherches en cours : Tel Dan Excavations, site officiel des fouilles.
Autour du lieu

Du récit de la Genèse aux fouilles de Bab edh-Dhra' et de Tall el-Hammam : ce que l'on sait, et ce que l'on ignore, des villes détruites près de la mer Morte.

Site sacré vénéré par les trois religions monothéistes, lieu de sépulture traditionnel d'Abraham, Isaac et Jacob.

Après Sichem, Abraham dresse un autel « entre Béthel et Aï » et y invoque le nom de l'Éternel, puis y revient après son séjour en Égypte (Genèse 12:8 ; 13:1-4).

À Beer-Sheva, Abraham scelle un pacte avec Abimélec autour d'un puits, plante un tamaris et invoque le Dieu d'éternité.
Le nom « Dan » est un anachronisme éditorial. À l'époque d'Abraham, la ville s'appelait Laïsh ; la tribu de Dan ne l'a conquise que plus tard (Juges 18), et les scribes ont actualisé le nom pour leurs lecteurs. C'est une pratique courante dans les textes anciens pour faciliter la localisation.
Non, pas au sens strict. La porte (vers 1750 av. J.-C.) date d'une époque souvent associée au cadre des récits patriarcaux, et son surnom est pédagogique. Aucun indice direct n'indique qu'Abraham soit passé par cette porte précise, mais elle illustre les fortifications des cités cananéennes du Bronze moyen et donne vie au contexte de Genèse 14.
Découverte en 1993-1994, c'est une stèle de basalte gravée en araméen (IXe siècle av. J.-C.) qui commémore la victoire d'un roi araméen. Elle mentionne la « Maison de David » (bytdwd) : c'est la plus ancienne mention extrabiblique généralement admise de la dynastie davidique. L'original est exposé au musée d'Israël, à Jérusalem.
Selon 1 Rois 12:28-30, Jéroboam Ier fit deux veaux d'or et en plaça un à Dan, l'autre à Béthel, pour concurrencer le Temple de Jérusalem. Aucun veau n'a été retrouvé, mais les fouilles ont mis au jour l'enceinte sacrée : une grande plateforme (bamah), l'emplacement d'un autel à cornes et de nombreux objets de culte.
Comptez 1 h à 2 h selon votre rythme : le circuit complet combine le site archéologique (Porte d'Abraham, enceinte sacrée, porte israélite) et les sentiers le long des sources du Dan. Ajoutez 30 à 60 min pour le musée Beit Ussishkin voisin.
En partie : un sentier sur caillebotis permet de découvrir les sources en fauteuil roulant, mais certaines parties du tell présentent des pentes et un terrain inégal. Renseignez-vous auprès de l'Autorité de la nature et des parcs avant la visite.
Le printemps (mars à mai) pour la floraison et l'automne (septembre à novembre) pour la douceur des températures. En été, l'ombre de la réserve reste agréable, mais l'affluence est plus forte.
Pour un itinéraire « Poursuite d'Abraham » : Hébron (point de départ), Béthel (autel d'Abraham), puis Tel Dan. Pour un circuit « Frontière nord » : Tel Dan, Banias (Césarée de Philippe, autre source du Jourdain) et Hazor, grande capitale cananéenne.