
Tel Hatsor (Hazor) : la capitale cananéenne de Josué 11
« Autrefois la principale ville de tous ces royaumes » : la plus grande cité cananéenne du pays, sa destruction par le feu et un débat archéologique toujours ouvert.

1500-1200 av. J.-C.
Une ville cananéenne que la Bible dit vaincue mais jamais dépossédée : quatre millénaires d'histoire au carrefour de l'Égypte et de la Mésopotamie.
Crédit : israeltourism from Israel · CC BY-SA 2.0 · Wikimedia Commons
Dominant la vallée de Jezréel, Tel Megiddo — la Meguiddo de la Bible Louis Segond, appelée en arabe Tell el-Mutesellim — fut pendant plus de deux millénaires l'une des plus puissantes cités de Canaan. Elle contrôlait le débouché du défilé de Wadi Ara, sur la route internationale qui reliait l'Égypte à la Syrie et à la Mésopotamie. Le livre de Josué cite son roi parmi les rois vaincus, mais précise aussi que la tribu de Manassé ne parvint pas à en chasser les Cananéens.
C'est cet angle cananéen que retient cette fiche : bataille du pharaon Thoutmosis III, lettres d'Amarna, palais et ivoires du Bronze récent, temples et autel rond bien plus anciens. Les monuments les plus célèbres du parc (porte à six chambres, « écuries », système d'eau) appartiennent en revanche à l'âge du Fer, bien après l'époque de l'Exode. Le site est un parc national inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2005, et la tradition chrétienne y situe Armageddon.
Meguiddo apparaît dans la liste des trente et un rois cananéens vaincus par Josué et les Israélites, à côté de Taanac, sa voisine de la vallée de Jezréel. Le texte ne raconte aucune prise de la ville : il mentionne seulement son roi.
« Le roi de Taanac, un ; le roi de Meguiddo, un. »
Josué 12:21
״מֶלֶךְ תַּעְנַךְ אֶחָד מֶלֶךְ מְגִדּוֹ אֶחָד״
יהושע יב, כא
Lors du partage du territoire, Meguiddo est attribuée à Manassé (Josué 17:11). Le texte ajoute aussitôt que la tribu ne put pas s'en emparer, pas plus que de Beth-Schean, Jibleam, Dor, En-Dor et Taanac.
« Les fils de Manassé ne purent pas prendre possession de ces villes, et les Cananéens voulurent rester dans ce pays. Lorsque les enfants d'Israël furent assez forts, ils assujettirent les Cananéens à un tribut, mais ils ne les chassèrent point. »
Josué 17:12-13
״וְלֹא יָכְלוּ בְּנֵי מְנַשֶּׁה לְהוֹרִישׁ אֶת־הֶעָרִים הָאֵלֶּה וַיּוֹאֶל הַכְּנַעֲנִי לָשֶׁבֶת בָּאָרֶץ הַזֹּאת״
יהושע יז, יב
Le livre des Juges répète le même constat : « Manassé ne chassa point les habitants […] de Meguiddo et des villes de son ressort ; et les Cananéens voulurent rester dans ce pays » (Juges 1:27). Le cantique de Débora évoque enfin une bataille « à Thaanac, aux eaux de Meguiddo » (Juges 5:19), dans le prolongement de la victoire sur Sisera et sur Jabin, roi de Hatsor.
« Les rois vinrent, ils combattirent, Alors combattirent les rois de Canaan, À Thaanac, aux eaux de Meguiddo ; Ils ne remportèrent nul butin, nul argent. »
Juges 5:19
🔎 Un récit nuancé
Pour Megiddo, la Bible elle-même ne décrit pas une conquête totale : la ville reste cananéenne pendant la période de l'installation. C'est cohérent avec l'archéologie, qui montre une cité cananéenne prospère au Bronze récent, puis une ville de culture encore cananéenne au XIIe siècle av. J.-C. Pour le cadre général, voir l'Exode et la conquête de Canaan.
Au XVe siècle av. J.-C., Megiddo prend la tête d'une coalition de cités cananéennes révoltées contre l'Égypte, avec l'appui du royaume du Mitanni. Le pharaon Thoutmosis III traverse le défilé étroit d'Arouna (Wadi Ara), écrase les coalisés dans la plaine au pied de la ville, puis assiège Megiddo pendant sept mois avant de la prendre. Ses annales, gravées dans le temple de Karnak, énumèrent un butin de centaines de chars et de milliers de chevaux. Cette bataille, datée vers 1457 av. J.-C. selon la chronologie la plus courante (d'autres proposent 1479 ou 1482), est souvent présentée comme la première bataille connue par un récit détaillé.
Au XIVe siècle av. J.-C., Megiddo est une cité vassale de l'Égypte. Parmi les lettres d'Amarna, archive diplomatique découverte en Égypte, six ont été envoyées au pharaon par Biridiya, roi de Megiddo. Il y rend compte des corvées et tributs fournis et se plaint des attaques de Labayu, roi de Sichem. Ces lettres donnent une image concrète du Canaan du Bronze récent : de petits royaumes rivaux, surveillés par l'Égypte, que le livre de Josué décrit plus tard comme gouvernés chacun par son « roi ».
Près de l'entrée actuelle du tell, les visiteurs découvrent une porte cananéenne à quatre chambres du Bronze récent. La ville n'était alors pas fortifiée par une muraille : cette porte, plus cérémonielle que défensive, menait au quartier du palais. Du palais cananéen lui-même ne subsistent sur place qu'un mur épais de deux mètres et des marches de basalte ; il mesurait au moins 50 mètres sur 30, avec une cour centrale entourée de pièces, selon un plan d'influence syrienne.
Dans l'une de ses salles, les fouilleurs de Chicago ont découvert en 1937 un trésor de plusieurs centaines d'objets en ivoire sculpté : plaques, boîtes, peignes, pièces de jeu, décorés de sphinx, de griffons et de scènes de cour. Ces ivoires de Megiddo datent de la fin du Bronze récent et du tout début de l'âge du Fer ; ils mêlent styles égyptien, syrien, hittite et égéen. Ils sont aujourd'hui partagés entre Jérusalem et Chicago.

Le palais est détruit par un incendie dans la seconde moitié du XIIe siècle av. J.-C. Un socle de statue au nom du pharaon Ramsès VI, retrouvé sur le site, montre que l'influence égyptienne s'y maintenait encore peu avant cette destruction.
Depuis le belvédère nord, on domine la profonde tranchée creusée par l'expédition de Chicago. Sa paroi montre plus de vingt villes superposées, jusqu'au rocher. Au fond s'étend l'aire sacrée, utilisée sans interruption pendant plus de deux mille ans, du IVe millénaire av. J.-C. au début de l'âge du Fer.

Le grand autel rond, en pierres des champs, conservé sur toute sa hauteur, est l'image la plus connue de Megiddo. De nombreux os d'animaux ont été trouvés à sa base. Il est antérieur de plus d'un millénaire à l'époque de Josué : il témoigne de l'ancienneté des cultes cananéens de la ville, non d'un événement du récit biblique.
La plupart des monuments qui ont fait la célébrité de Megiddo sont postérieurs à la ville cananéenne. Ils relèvent du royaume d'Israël, aux Xe-VIIIe siècles av. J.-C., et non de l'Exode ou de la conquête.
La ville est prise en 732 av. J.-C. par le roi assyrien Tiglath-Piléser III, qui en fait le chef-lieu d'une province. C'est aussi à Meguiddo que meurt le roi Josias, face au pharaon Néco, vers 609 av. J.-C. (2 Rois 23:29). Pour cette suite de l'histoire, voir la période des Juges et des Rois.
📌 Armageddon
Le livre de l'Apocalypse mentionne un lieu « appelé en hébreu Harmaguédon » (Apocalypse 16:16), que l'on explique généralement par Har Meguiddo, « la montagne de Meguiddo ». La tradition chrétienne y situe le combat final entre le bien et le mal. Cette mention, très postérieure, n'a pas de lien avec l'époque de Josué.
Une saison de fouilles était programmée du 27 juin au 23 juillet 2026, avec parmi ses objectifs les portes du Bronze moyen et la recherche des archives des rois du Bronze récent. Megiddo est ainsi l'un des sites clés du débat sur la datation de l'âge du Fer en Israël.
Le parc national de Megiddo est géré par l'Autorité israélienne de la nature et des parcs. Le pavillon d'entrée, construit par l'expédition de Chicago dans les années 1920, présente un court film, une maquette du tell et une exposition sur les fouilles. Le circuit, balisé et numéroté, passe par la porte cananéenne, le mur du palais, la porte israélite, les écuries du nord, le belvédère sur l'aire sacrée, le grand silo et les écuries du sud, avant de finir par la descente dans le système d'eau.
Horaires, tarifs et réservation : consulter le site de l'Autorité israélienne de la nature et des parcs. Megiddo se combine naturellement avec Tel Hatsor, l'autre grande cité cananéenne du nord, inscrite au même titre par l'UNESCO.
Tel Megiddo : une cité cananéenne au temps de Josué
Parc national de Megiddo, route 66, à environ 2 km au nord-ouest du carrefour de Megiddo, vallée de Jezréel
Coordonnées GPS : 32.5854, 35.1842
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« Autrefois la principale ville de tous ces royaumes » : la plus grande cité cananéenne du pays, sa destruction par le feu et un débat archéologique toujours ouvert.

Une puissante cité cananéenne que le livre de Josué dit invaincue, citée par les pharaons d'Amarna et de Mérenptah, puis rebâtie sous Salomon.

Entre le mont Ébal et le mont Garizim, le lieu de la première promesse divine et du premier autel d'Abraham en Terre promise (Genèse 12:6-7).

De Genèse 14 à la stèle « Maison de David » : archéologie, nature et histoire biblique aux sources du Jourdain.
La Bible cite le roi de Meguiddo parmi les rois vaincus (Josué 12:21), mais précise que la tribu de Manassé ne put pas prendre la ville et que les Cananéens y restèrent (Josué 17:11-13 ; Juges 1:27). Aucun récit de prise de la ville n'existe, et l'archéologie montre une cité cananéenne active jusqu'au XIIe siècle av. J.-C.
Le mot « Harmaguédon » (Apocalypse 16:16) est généralement compris comme Har Meguiddo, « la montagne de Meguiddo ». La tradition chrétienne y situe le combat final des derniers temps ; le texte est symbolique et bien postérieur à l'époque de Josué.
Au XVe siècle av. J.-C. (vers 1457 selon la chronologie courante), le pharaon Thoutmosis III vainc une coalition de cités cananéennes au pied de Megiddo, puis assiège la ville pendant sept mois. Ses annales sont gravées dans le temple de Karnak.
Un trésor de plusieurs centaines d'objets en ivoire sculpté découvert en 1937 dans le palais cananéen. Datés de la fin du Bronze récent et du début de l'âge du Fer, ils mêlent influences égyptiennes, syriennes, hittites et égéennes. Ils sont conservés à Jérusalem et à Chicago.
Non. Ces monuments sont de l'âge du Fer (Xe-VIIIe s. av. J.-C.). Longtemps attribués à Salomon ou à Achab, ils sont datés par les fouilleurs actuels plutôt du IXe ou du VIIIe siècle. Les vestiges cananéens contemporains du récit de Josué sont la porte et le palais du Bronze récent.
Oui, mais il est bien plus ancien que Josué : il date du Bronze ancien (IIIe millénaire av. J.-C.). Il mesure environ 8 mètres de diamètre et comporte sept marches.
Comptez 1 h 30 à 2 h. Le système d'eau, en fin de parcours, compte 187 marches à la descente et 77 à la remontée, et débouche sur un parking hors du site.
Tel Hatsor (autre « tel biblique » de l'UNESCO), Beth-Shéan et sa présence égyptienne, le mont Carmel et Nazareth, tous accessibles en moins d'une heure de route.