
Nazareth, la ville de Jésus : Annonciation, fouilles et visite
Le village de Galilée où les Évangiles situent l'Annonciation et l'enfance de Jésus, devenu la plus grande ville arabe d'Israël : sanctuaires, fouilles et conseils de visite.

Vers 27 – 30 apr. J.-C.
Le village de pêcheurs où Jésus s'installe, enseigne à la synagogue et loge chez Pierre : ce que disent les Évangiles, ce qu'ont trouvé les fouilles, ce que l'on visite aujourd'hui.
Crédit : AVRAMGR · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Sur la rive nord du lac de Tibériade, Capharnaüm est le village de pêcheurs que les Évangiles présentent comme « sa ville » : Jésus y quitte Nazareth pour s'y installer, enseigne à la synagogue et loge dans la maison de Simon-Pierre. Son nom hébreu, Kfar Nahum, signifie « village de Nahum » ; les Arabes appelaient ses ruines Tell Hum. C'est aujourd'hui le parc national de Kfar Nahum et le sanctuaire franciscain de la « Ville de Jésus ».
On y voit l'une des plus belles synagogues antiques de Galilée, en calcaire blanc, posée sur des fondations de basalte plus anciennes, et, à quelques mètres, les restes d'une maison du Ier siècle vénérée très tôt comme la maison de Pierre, que surplombe un mémorial moderne. Et si le mot « capharnaüm » désigne en français un joyeux désordre, c'est à cause de cette ville et de la foule qui s'y pressait autour de Jésus.
Capharnaüm n'apparaît pas dans l'Ancien Testament. Elle surgit dans les quatre Évangiles, où elle est le lieu le plus souvent cité du ministère de Jésus en Galilée après le lac lui-même. La traduction Louis Segond écrit « Capernaüm ».
Après son baptême et l'arrestation de Jean-Baptiste, Jésus quitte le village de son enfance, Nazareth, dans les collines, pour cette bourgade du rivage placée sur une route commerciale et à la frontière du territoire d'Hérode Antipas.
« Il quitta Nazareth, et vint demeurer à Capernaüm, située près de la mer, dans le territoire de Zabulon et de Nephthali. »
Matthieu 4:13
C'est au bord de ce lac qu'il appelle ses premiers disciples, les pêcheurs Simon-Pierre et André, puis Jacques et Jean (Matthieu 4:18-22), et, à Capharnaüm même, le collecteur d'impôts Lévi, appelé Matthieu (Marc 2:14 ; Matthieu 9:9). Matthieu finit par l'appeler simplement « sa ville » (Matthieu 9:1).
L'Évangile de Marc raconte une journée type : un jour de sabbat, Jésus enseigne dans la synagogue et libère un homme possédé ; les auditeurs sont « frappés de sa doctrine » (Marc 1:21-28). En sortant, il entre dans la maison de Simon et d'André et guérit la belle-mère de Simon, qui a de la fièvre (Marc 1:29-31). Le soir, « toute la ville était rassemblée devant sa porte » (Marc 1:33).
Quelques jours plus tard, on apprend que Jésus est « à la maison ». La foule est telle que quatre hommes qui portent un paralysé doivent découvrir le toit pour le descendre devant lui (Marc 2:1-12).
« Et il s'assembla un si grand nombre de personnes que l'espace devant la porte ne pouvait plus les contenir. Il leur annonçait la parole. »
Marc 2:2
🔎 Pourquoi dit-on « quel capharnaüm ! » ?
Le sens figuré est une particularité du français, apparue au XIXe siècle. Selon le Dictionnaire de l'Académie française, il vient de « Capharnaüm, ville de Galilée où Jésus fut assailli par une foule hétéroclite de malades » : de cette cohue devant la maison, le nom de la ville est passé à tout lieu où s'entassent des objets en désordre. Le lieu réel, lui, est l'un des sites les plus paisibles du lac.
C'est à Capharnaüm qu'un centurion romain demande la guérison de son serviteur. Les anciens du village plaident pour lui : « il aime notre nation, et c'est lui qui a bâti notre synagogue » (Luc 7:5 ; Matthieu 8:5-13). L'Évangile de Jean y situe aussi le long discours sur le pain de vie, prononcé après la multiplication des pains : « Jésus dit ces choses dans la synagogue, enseignant à Capernaüm » (Jean 6:59). C'est encore là que Pierre trouve un statère dans la bouche d'un poisson pour payer l'impôt du Temple (Matthieu 17:24-27).
Le récit se termine sur une note sombre. Avec Chorazin et Bethsaïde, les villages voisins, Capharnaüm est reprise pour n'avoir pas changé de vie malgré les miracles, et comparée à Sodome :
« Et toi, Capernaüm, seras-tu élevée jusqu'au ciel ? Non. Tu seras abaissée jusqu'au séjour des morts ; car, si les miracles qui ont été faits au milieu de toi avaient été faits dans Sodome, elle subsisterait encore aujourd'hui. »
Matthieu 11:23
Pour les lecteurs chrétiens, les ruines du village, abandonné au Moyen Âge, ont souvent été lues comme l'accomplissement de cette parole. Les fouilles montrent pourtant une histoire plus longue : le village a prospéré pendant encore six siècles après Jésus.

Au cœur du village de basalte noir se dresse un édifice de calcaire blanc apporté de loin : la synagogue la plus ornée découverte à ce jour en Galilée. Sa salle de prière mesure environ 23 × 17 m, avec des colonnades sur trois côtés, une probable galerie à l'étage et, sur le côté est, une cour à portiques. La façade, tournée vers Jérusalem, s'ouvre par trois portes.
Non, pas l'édifice que l'on voit. Longtemps, on l'a attribuée aux IIe-IIIe siècles d'après son style. Mais les fouilleurs franciscains Virgilio Corbo et Stanislao Loffreda ont trouvé, scellés sous le dallage et dans les remblais, des milliers de monnaies de la fin du IVe siècle et de la céramique qui placent la construction à la fin du IVe ou au Ve siècle. Cette datation basse est aujourd'hui la plus suivie, même si certains chercheurs la discutent encore. Elle en fait un témoignage remarquable de la vie juive en Galilée à l'époque byzantine, alors que les églises se multipliaient autour du lac.
Sous la synagogue blanche, les sondages ont mis au jour des murs et un sol de basalte plus anciens, qui suivent à peu près le même plan. Les fouilleurs y voient les restes d'une synagogue du Ier siècle, celle où, selon les Évangiles, Jésus enseignait, et que Luc attribue au centurion. L'hypothèse est sérieuse mais discutée : il n'est pas certain que ces vestiges appartiennent à un bâtiment public plutôt qu'à des maisons. On les distingue bien à la base des murs, où la pierre noire affleure sous la pierre blanche.
À une trentaine de mètres au sud de la synagogue, entre la rue principale et le rivage, les fouilles de 1968 ont dégagé un ensemble exceptionnel, que les archéologues appellent l'insula sacra, le « quartier sacré ».

Au départ, rien ne distingue cette demeure de ses voisines : des pièces en pierres de basalte sèches groupées autour de cours, avec des hameçons et des poids de filet dans les sols. Mais l'une des pièces connaît ensuite un sort à part. Ses murs sont enduits et réenduits, son sol soigné, et l'on y a trouvé des fragments de plâtre couverts de graffitis laissés par des visiteurs en grec, en syriaque, en araméen et en latin : invocations, croix, noms. Certains lecteurs, comme le franciscain Emmanuele Testa, y ont reconnu le nom de Pierre ; ces lectures restent débattues. À une date elle aussi discutée, entre le Ier et le IVe siècle, la pièce devient une domus ecclesia, une maison transformée en lieu de culte, puis elle est entourée d'un mur qui l'isole du village.
À la fin du IVe siècle, un récit de pèlerinage attribué à la voyageuse Égérie, transmis par le moine Pierre Diacre, note qu'à Capharnaüm « de la maison du prince des apôtres on a fait une église, dont les murs sont encore debout tels qu'ils étaient ».
Au Ve siècle, la maison-église est remplacée par une église en forme d'octogone, construite exactement au-dessus de la pièce vénérée, avec un sol de mosaïque (le motif central représente un paon). Ce plan centré, typique des sanctuaires qui marquent un lieu saint, montre que les chrétiens de l'époque considéraient cet endroit comme la maison de Pierre. L'archéologie ne peut évidemment pas prouver qui habitait là ; elle établit en revanche une vénération continue et très ancienne, ce qui est rare en Terre sainte.

En 1990, la Custodie franciscaine a inauguré au-dessus des ruines une église moderne conçue par l'architecte italien Ildo Avetta. Posée sur des piliers, elle évoque une barque suspendue au-dessus de la maison du pêcheur. Au centre, un sol de verre laisse voir les vestiges de la maison et de l'octogone byzantin ; depuis l'extérieur, on les observe aussi par-dessous, à l'ombre du bâtiment.
Le nom Kfar Nahum signifie « village de Nahum », sans que l'on sache de quel Nahum il s'agit ; la tradition l'a parfois rapproché du prophète, sans preuve. L'historien juif Flavius Josèphe, au Ier siècle, mentionne une source appelée Capharnaüm qui irrigue la plaine voisine de Génésareth (Guerre des Juifs III, 519) et raconte avoir été transporté, blessé, dans un village qu'il nomme Képharnokos (Autobiographie, 403). Le village, fondé vers le IIe siècle av. J.-C., compte sans doute entre quelques centaines et 1 500 habitants au temps de Jésus. Il vit de la pêche, de l'agriculture et du passage de la route qui longe le lac vers Damas.
Les fouilles franciscaines, publiées dans la série Cafarnao, ont révélé un village dense aux maisons de basalte groupées en îlots, sans grandes demeures ni édifices publics luxueux avant l'époque byzantine. Stanislao Loffreda, qui a consacré une grande partie de sa vie au site, est mort en 2025.
Le site est partagé en deux parties voisines, qui ont chacune leur entrée. Il fait partie du parc national de Kfar Nahum, créé par l'Autorité israélienne de la nature et des parcs, qui a aussi aménagé les abords et le rivage.
La partie ouest, la plus visitée, appartient à la Custodie franciscaine de Terre sainte. On y entre par un portail près du parking, où une grande statue de saint Pierre accueille les pèlerins. La visite suit les ruelles du village de basalte jusqu'à la synagogue blanche, que l'on peut parcourir, puis au mémorial, où l'on voit la maison de Pierre sous le sol de verre. Un petit jardin lapidaire expose des blocs sculptés de la synagogue (ménorah, étoile, arche sur roues). Une tenue couvrant les épaules et les genoux est demandée.

À quelques centaines de mètres à l'est, le monastère grec orthodoxe des Saints-Apôtres, qui relève du Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem, se reconnaît de loin à ses coupoles roses. L'église, fondée dans les années 1920 et reconstruite dans les années 1980, est entièrement couverte de fresques peintes à la fin des années 1990. Autour, des ruines du village byzantin et du début de l'époque islamique, là où les habitants s'étaient déplacés.
Capharnaüm forme avec ses voisins le « triangle évangélique » du nord du lac. À environ 3 km à l'ouest, Tabgha abrite l'église de la Multiplication des pains, avec sa célèbre mosaïque byzantine, et l'église de la Primauté de Pierre. Juste au-dessus, le mont des Béatitudes commémore le Sermon sur la montagne. Ces lieux sont présentés sur la page du ministère de Jésus en Galilée. Plus au nord, à une vingtaine de minutes de route, le grand tell cananéen et israélite de Hatsor permet de remonter mille ans plus tôt.
Capharnaüm, la ville de Jésus au bord du lac de Tibériade
Parc national de Kfar Nahum, rive nord du lac de Tibériade, accès par la route 87 (environ 16 km au nord de Tibériade)
Coordonnées GPS : 32.8811, 35.5750
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Le sens figuré, propre au français, apparaît au XIXe siècle. D'après le Dictionnaire de l'Académie française, il vient de Capharnaüm, la ville de Galilée où Jésus fut assailli par une foule de malades venus se faire guérir (Marc 1:33 et 2:2). Le nom de la ville est devenu synonyme d'un lieu encombré et en désordre. Le film de Nadine Labaki, <em>Capharnaüm</em> (2018), joue sur ce sens figuré.
Capharnaüm se trouve en Israël, sur la rive nord du lac de Tibériade (mer de Galilée), à environ 16 km au nord de Tibériade et à une heure de route de Nazareth. Le site est accessible par la route 87.
Oui. Kfar Nahum (« village de Nahum ») est le nom hébreu, dont dérivent le grec et le latin <em>Capharnaum</em>, puis le français Capharnaüm (Capernaüm dans la Bible Segond). Les ruines portaient en arabe le nom de Tell Hum. Le site est aujourd'hui le parc national de Kfar Nahum.
Jésus s'y installe après avoir quitté Nazareth (Matthieu 4:13). Il enseigne à la synagogue, guérit la belle-mère de Pierre, un paralytique descendu par le toit et le serviteur d'un centurion, appelle le collecteur d'impôts Matthieu et prononce le discours sur le pain de vie (Jean 6). Il finit par reprocher à la ville son manque de conversion (Matthieu 11:23).
La synagogue de calcaire blanc visible aujourd'hui date de la fin du IVe ou du Ve siècle, d'après les monnaies trouvées sous son dallage. En dessous, des murs et un sol de basalte plus anciens pourraient appartenir à la synagogue du Ier siècle où Jésus a enseigné, mais cette identification reste discutée.
Les fouilles ont dégagé une maison du Ier siècle transformée très tôt en lieu de culte, avec des graffitis chrétiens, puis recouverte au Ve siècle par une église octogonale. L'archéologie prouve une vénération très ancienne de cette maison comme celle de Pierre, pas l'identité de ses habitants. On la voit sous le sol de verre du mémorial construit en 1990.
Oui. Tabgha (église de la Multiplication des pains et de la Primauté de Pierre) est à environ 3 km à l'ouest, et le mont des Béatitudes domine Tabgha. Les trois sites se visitent facilement dans la même demi-journée.
C'est l'église grecque orthodoxe des Saints-Apôtres, à quelques centaines de mètres à l'est du site franciscain. Elle appartient au Patriarcat grec orthodoxe de Jérusalem et est décorée de fresques à l'intérieur.