
Césarée maritime, la ville d'Hérode : théâtre, aqueduc et visite
Le grand port d'Hérode, capitale des gouverneurs romains, où Pierre baptise Corneille et où Paul reste deux ans prisonnier : un parc archéologique au bord de la Méditerranée.

30 – 70 apr. J.-C.
Des cèdres du Liban débarqués pour le Temple à la vision de Pierre sur le toit de Simon le tanneur : quatre mille ans d'histoire sur une colline au bord de la Méditerranée.
Crédit : JRodSilva · CC BY-SA 4.0 · Wikimedia Commons
Posée sur une colline de grès au bord de la Méditerranée, au sud de Tel-Aviv, Jaffa est souvent présentée comme l'un des plus vieux ports du monde encore en activité. La Bible la connaît sous le nom de Japho, le Nouveau Testament sous celui de Joppé : c'est là que le prophète Jonas s'embarque pour fuir vers Tarsis, là qu'arrivent les cèdres du Liban destinés au Temple de Jérusalem, et là que l'apôtre Pierre ressuscite Tabitha puis séjourne chez Simon le tanneur, où il reçoit la vision qui ouvre la jeune Église aux non-Juifs (Actes 9-10).
Aujourd'hui quartier de la municipalité de Tel-Aviv-Jaffa, le vieux Jaffa (Old Jaffa) mêle ruelles restaurées, galeries, église franciscaine, mosquées et vestiges archéologiques. Sous la colline, les fouilles ont mis au jour une forteresse égyptienne et la porte monumentale de Ramsès II. Cette fiche fait le point sur ce que disent les textes, ce qu'ont trouvé les archéologues et ce que l'on peut voir aujourd'hui autour du port de Jaffa.
Sur une côte basse et sableuse, presque dépourvue d'abris naturels entre le Carmel et Gaza, Jaffa offre une petite rade protégée par une ligne de récifs. C'est ce qui explique son rôle : pendant des siècles, elle est le port le plus proche de Jérusalem, à une soixantaine de kilomètres à l'est.
La première mention biblique apparaît dans la liste des territoires tribaux : le lot de Dan s'étend jusqu'à « Mé-Jarkon et Rakkon, avec le territoire vis-à-vis de Japho » (Josué 19:46). Le texte ne dit pas que la ville elle-même appartient à Israël ; il la présente plutôt comme un repère sur la côte.
Pour bâtir le Temple, Salomon s'adresse à Hiram, roi de Tyr. Celui-ci promet d'expédier le bois par la mer jusqu'à Jaffa, d'où il sera acheminé par la route jusqu'à Jérusalem, sur le mont Moriah.
« Et nous, nous couperons des bois du Liban autant que tu en auras besoin ; nous te les expédierons par mer en radeaux jusqu'à Japho, et tu les feras monter à Jérusalem. »
2 Chroniques 2:16
Le même itinéraire est repris au retour d'exil : pour le second Temple, on paie Sidoniens et Tyriens « pour qu'ils amenassent par mer jusqu'à Japho des bois de cèdre du Liban » (Esdras 3:7). Une inscription phénicienne, celle du sarcophage d'Eshmunazar II, roi de Sidon (Ve siècle av. J.-C.), confirme que la côte de Dor et de Jaffa était alors confiée aux Sidoniens par le roi de Perse.
Le récit le plus célèbre est celui du prophète Jonas. Envoyé prêcher à Ninive, il prend la direction opposée :
« Et Jonas se leva pour s'enfuir à Tarsis, loin de la face de l'Éternel. Il descendit à Japho, et il trouva un navire qui allait à Tarsis ; il paya le prix du transport, et s'embarqua pour aller avec les passagers à Tarsis, loin de la face de l'Éternel. »
Jonas 1:3
La tempête, le grand poisson et la prédication à Ninive suivent. Le livre de Jonas ne donne pas d'autre détail sur la ville, mais il en fait durablement le port du départ et de la fuite.
🔎 Japho, Joppé, Jaffa, Yafo
Les noms désignent la même ville. L'hébreu Yafo (rendu « Japho » par Louis Segond) est souvent rapproché de yafé, « beau » ; une tradition juive tardive en attribue la fondation à Japhet, fils de Noé. Les Grecs l'appellent Ioppè, d'où « Joppé » dans les Actes des Apôtres ; l'arabe Yafa a donné « Jaffa ».
Dans les Actes des Apôtres, Joppé abrite l'une des premières communautés de disciples hors de Jérusalem. Pierre se trouve alors à Lydda (l'actuelle Lod, à une quinzaine de kilomètres) lorsqu'on vient le chercher.
« Il y avait à Joppé, parmi les disciples, une femme nommée Tabitha, ce qui signifie Dorcas » (Actes 9:36) : les deux noms, araméen et grec, veulent dire « gazelle ». Connue pour ses aumônes et les vêtements qu'elle confectionnait pour les veuves, elle vient de mourir. Pierre monte dans la chambre haute où l'on a déposé son corps.
« Pierre fit sortir tout le monde, se mit à genoux, et pria ; puis, se tournant vers le corps, il dit : Tabitha, lève-toi ! Elle ouvrit les yeux, et ayant vu Pierre, elle s'assit. »
Actes 9:40
L'épisode, précise le texte, « fut connu de tout Joppé », et Pierre demeure ensuite quelque temps en ville, « chez un corroyeur nommé Simon » (Actes 9:43). Le corroyeur, ou tanneur, travaillait les peaux : un métier malodorant, que l'on exerçait volontiers en périphérie et près de l'eau. Le livre précise d'ailleurs que sa maison « est près de la mer » (Actes 10:6).
Vers midi, Pierre monte prier sur le toit de la maison de Simon. Il a faim et tombe en extase : il voit descendre du ciel une grande nappe remplie d'animaux de toute sorte, purs et impurs selon la loi de Moïse.
« Et une voix lui dit : Lève-toi, Pierre, tue et mange. Mais Pierre dit : Non, Seigneur, car je n'ai jamais rien mangé de souillé ni d'impur. Et pour la seconde fois la voix se fit encore entendre à lui : Ce que Dieu a déclaré pur, ne le regarde pas comme souillé. »
Actes 10:13-15
Au même moment arrivent les envoyés du centurion romain Corneille. Pierre les suit à Césarée maritime, où il baptise le premier païen converti dans le récit des Actes. C'est ce qui donne à Jaffa une place particulière dans l'histoire chrétienne : la ville où la mission s'est ouverte au-delà du judaïsme. Pour replacer l'épisode dans son contexte, voir la période des Apôtres et de l'Église naissante.
📍 Le tombeau de Tabitha
Aucune trace archéologique ne permet d'identifier la maison de Tabitha. Une tradition russe orthodoxe place son tombeau dans une grotte funéraire du quartier d'Abu Kabir, à l'est du vieux Jaffa, où la Mission ecclésiastique russe a construit à la fin du XIXe siècle l'église Saint-Pierre-et-Sainte-Tabitha. Il s'agit d'une tradition, non d'une identification historique.
La colline du vieux Jaffa est un tell, une butte formée par l'accumulation des villes successives. On y a identifié des occupations depuis l'âge du Bronze moyen jusqu'à l'époque ottomane.
Jaffa figure parmi les villes soumises par le pharaon Thoutmôsis III au XVe siècle av. J.-C., et apparaît encore dans les lettres d'Amarna au siècle suivant. Un conte égyptien, conservé sur le papyrus Harris 500 (British Museum), raconte même sa prise par le général Djehouty : il aurait fait entrer dans la ville des soldats cachés dans des paniers, un stratagème qui rappelle le cheval de Troie. Le récit est littéraire, mais il montre l'importance que l'Égypte accordait à ce port. Comme Gezer plus à l'intérieur des terres, Jaffa était alors un relais du pouvoir égyptien en Canaan.

Dans les années 1950-1960, l'archéologue Jacob Kaplan dégage sur la colline des fragments d'une porte monumentale en pierre, gravée des titres et du nom de Ramsès II. Il met aussi au jour un bâtiment qu'il interprète comme un temple, surnommé « temple du Lion » à cause d'un crâne de lion trouvé à l'intérieur ; cette interprétation est aujourd'hui discutée.
Depuis 2007, le Jaffa Cultural Heritage Project, dirigé par Aaron A. Burke (université de Californie à Los Angeles) et Martin Peilstöcker (université Johannes Gutenberg de Mayence), a repris les fouilles et publié les découvertes de Kaplan. Ses travaux montrent que la porte a été détruite puis reconstruite, et que la forteresse a brûlé à deux reprises au XIIe siècle av. J.-C. : les datations au radiocarbone placent le dernier incendie vers 1125 av. J.-C., à la fin de la domination égyptienne. Les fouilleurs y voient la trace de révoltes locales. Une reconstitution de la porte se dresse aujourd'hui dans un petit jardin de la colline.
En 701 av. J.-C., les annales du roi assyrien Sennachérib citent Jaffa parmi les villes prises au roi d'Ascalon. À l'époque hellénistique, la ville est disputée par les Maccabées : Jonathan s'en empare (1 Maccabées 10:75-76), puis Simon en fait le port de la Judée hasmonéenne (1 Maccabées 14:5). Pendant la grande révolte juive, elle est détruite par les Romains en 66-67 apr. J.-C., selon Flavius Josèphe. Au Moyen Âge, les croisés en font le port d'arrivée des pèlerins et le siège du comté de Jaffa ; Saint Louis y fait restaurer les fortifications en 1252.

Le passage de Bonaparte, en mars 1799, reste l'un des épisodes les plus sombres de l'histoire de la ville : massacre de la garnison et de prisonniers, puis épidémie de peste dans l'armée française, immortalisée par le tableau de Gros Bonaparte visitant les pestiférés de Jaffa (1804, musée du Louvre).
Le vieux Jaffa se découvre à pied, en boucle depuis la tour de l'Horloge ottomane (début du XXe siècle) jusqu'au port. Tout est concentré sur une colline de quelques hectares.

Son clocher domine la vieille ville et se voit depuis toute la baie de Tel-Aviv. L'église actuelle, confiée aux franciscains de la Custodie de Terre sainte, a été construite entre 1888 et 1894 sur les restes d'une citadelle médiévale. Elle commémore le séjour de Pierre à Joppé ; à l'intérieur, on remarque les vitraux et la chaire sculptée en forme d'arbre. La tradition veut que Bonaparte ait logé dans le couvent en 1799.
À quelques ruelles de là, près de l'ancien phare, une maison de pierre est désignée par la tradition comme la maison de Simon le tanneur, où Pierre eut sa vision. Le lieu, propriété privée d'une famille arménienne, abrite aussi une ancienne petite mosquée. Il ne se visite pas en temps normal : on s'arrête devant la porte. Rien ne permet d'y localiser archéologiquement la maison des Actes, mais la position, au-dessus de la mer, correspond à la description du texte.
Au cœur de la vieille ville, la place Kedumim abrite sous son dallage un centre archéologique qui présente des vestiges hellénistiques et romains et retrace l'histoire de la ville. Le parc de la colline (Gan HaPisga) offre le plus beau panorama sur la côte de Tel-Aviv ; à proximité, le jardin de la porte de Ramsès expose la reconstitution de la porte égyptienne et une partie de la zone fouillée.

En contrebas, le port de Jaffa a perdu son trafic commercial au XXe siècle mais reste un port de pêche et de plaisance, bordé d'anciens entrepôts reconvertis en restaurants et en lieux culturels. À l'entrée de la rade, un groupe de récifs noirs porte le nom de rocher d'Andromède : des auteurs antiques (Strabon, Pline l'Ancien, Flavius Josèphe) situaient à Jaffa le mythe grec de la princesse enchaînée à un rocher et délivrée par Persée. Mythe grec et récit de Jonas se retrouvent ainsi dans le même paysage marin.
Jaffa, l'antique Joppé : port de Jonas et de Pierre
Vieux Jaffa (Old Jaffa), au sud de Tel-Aviv-Jaffa : colline de la place Kedumim et de l'église Saint-Pierre, port de Jaffa en contrebas (≈ 60 km de Jérusalem)
Coordonnées GPS : 32.0545, 34.7530
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Le grand port d'Hérode, capitale des gouverneurs romains, où Pierre baptise Corneille et où Paul reste deux ans prisonnier : un parc archéologique au bord de la Méditerranée.

Une puissante cité cananéenne que le livre de Josué dit invaincue, citée par les pharaons d'Amarna et de Mérenptah, puis rebâtie sous Salomon.

Là où la tradition situe l'épreuve d'Abraham s'élève aujourd'hui le Mont du Temple, lieu saint majeur du judaïsme et de l'islam.

Le feu tombé du ciel, la petite nuée venue de la mer et les ermites qui ont donné son nom à l'ordre du Carmel : une montagne qui domine la vallée de Jezréel et la baie de Haïfa.
Oui. Joppé est la forme grecque du nom, utilisée dans les Actes des Apôtres ; l'Ancien Testament de Louis Segond écrit « Japho », l'hébreu dit Yafo et l'arabe Yafa, d'où « Jaffa ». Toutes ces formes désignent la colline et le port situés aujourd'hui au sud de Tel-Aviv.
Jaffa sert de repère au territoire de Dan (Josué 19:46) et de port pour les cèdres du Liban destinés au Temple (2 Chroniques 2:16 ; Esdras 3:7). Jonas s'y embarque pour Tarsis (Jonas 1:3). Dans le Nouveau Testament, Pierre y ressuscite Tabitha et reçoit, chez Simon le tanneur, la vision qui le conduit chez Corneille à Césarée (Actes 9:36 - 10:23).
Jaffa est au sud de Tel-Aviv, dont elle fait partie depuis la fusion de 1950 (municipalité de Tel-Aviv-Jaffa). Le vieux Jaffa est à environ 3 km au sud du centre de Tel-Aviv : on peut y aller à pied ou à vélo par la promenade du bord de mer.
L'église Saint-Pierre, la maison dite de Simon le tanneur (vue de l'extérieur), la place Kedumim et son centre archéologique, le parc de la colline et son panorama, le jardin de la porte de Ramsès II, la tour de l'Horloge ottomane, et le port avec le rocher d'Andromède.
Le nom hébreu Yafo est traditionnellement rapproché de <em>yafé</em>, « beau ». Une tradition juive tardive le relie à Japhet, fils de Noé, et les Grecs à Iopé (Cassiopée), la mère d'Andromède. Le nom est en réalité bien plus ancien : les textes égyptiens du IIᵉ millénaire av. J.-C. l'écrivent déjà Yapu.
La variété, appelée Shamouti, est apparue au XIXᵉ siècle dans les vergers des environs de Jaffa et était exportée par son port, d'où son nom commercial. Les « Jaffa Cakes » britanniques tirent leur nom de ces oranges. Il n'y a aucun lien avec le texte biblique.
Non. La porte de Jaffa est une porte des remparts de la vieille ville de Jérusalem, à une soixantaine de kilomètres. Elle doit son nom à la route qui partait de là vers Jaffa et la côte.
La maison que la tradition attribue à Simon le tanneur, près du phare du vieux Jaffa, est une propriété privée qui ne se visite pas en temps normal ; on peut s'arrêter devant l'entrée. L'église Saint-Pierre voisine, qui commémore le séjour de l'apôtre, est en revanche ouverte aux visiteurs en dehors des offices.